Publié le 20 Mai 2026
Bonjour les amis.
"Por qué cantamos" (pourquoi nous chantons) est un poème emblématique de l'auteur uruguayen Mario Benedetti, souvent chanté par des artistes engagés comme Fausta ou Osvaldo Torres.
Benedetti a écrit ce texte durant l'exil imposé par la dictature uruguayenne (1973-1985). Il reflète la douleur d'une époque sombre.
Le poème répond à ceux qui se demandent comment il est possible de chanter ou de créer alors que le pays souffre et que les proches sont emprisonnés ou exilés. Chanter devient un acte de résistance, une façon de garder la mémoire vivante, de refuser la résignation et de croire en des lendemains meilleurs.
Avant de passer à la chanson vous trouverez ci-dessous le poème original, suivi d'une traduction française, ainsi que d'une vidéo dans laquelle Mario Benedetti en personne lit son poème.
Por qué cantamos
Si cada hora viene con su muerte
Si el tiempo es una cueva de ladrones
Los aires ya no son los buenos aires
La vida es nada más que un blanco móvil
Usted preguntará por qué cantamos
Si nuestros bravos quedan sin abrazo
La patria se nos muere de tristeza
Y el corazón del hombre se hace añicos
Antes aún que explote la vergüenza
Usted preguntará por qué cantamos
Si estamos lejos como un horizonte
Si allá quedaron árboles y cielo
Si cada noche es siempre alguna ausencia
Y cada despertar un desencuentro
Usted preguntará por qué cantamos
Cantamos porque el río está sonando
Y cuando suena el río, suena el río
Cantamos porque el cruel no tiene nombre
Y en cambio tiene nombre su destino
Cantamos por el niño y porque todo
Y porque algún futuro y porque el pueblo
Cantamos porque los sobrevivientes
Y nuestros muertos quieren que cantemos
Cantamos porque el grito no es bastante
Y no es bastante el llanto ni la bronca
Cantamos porque creemos en la gente
Y porque venceremos la derrota
Cantamos porque el sol nos reconoce
Y porque el campo huele a primavera
Y porque en este tallo, en aquel fruto
Cada pregunta tiene su respuesta
Cantamos porque llueve sobre el surco
Y somos militantes de la vida
Y porque no podemos ni queremos
Dejar que la canción se haga ceniza
Pourquoi nous chantons
Si chaque heure vient avec sa mort
si le temps est une grotte de voleurs
les airs ne sont plus les bons airs
la vie n'est rien de plus qu'un blanc mobile
vous demanderez pourquoi nous chantons
si nos braves sont laissés sans étreinte
la patrie nous meurt de tristesse
et le coeur de l'homme se brise en mille morceaux
avant même que la honte n'explose
vous demanderez pourquoi nous chantons
si nous sommes loin comme un horizon
s'il y avait là-bas des arbres et du ciel
si chaque nuit est toujours une absence
et chaque réveil une discorde
vous demanderez pourquoi nous chantons
nous chantons parce que la rivière est en train de sonner
et quand la rivière sonne / la rivière sonne
nous chantons parce que le cruel n'a pas de nom
et au contraire son destin a un nom
nous chantons pour l'enfant et pour tout
et parce qu'un certain futur et parce que le peuple
nous chantons parce que les survivants
et nos morts veulent que nous chantions
nous chantons parce que le cri ne suffit pas
et parce que ne sont pas assez les pleurs ou la colère
nous chantons parce que nous croyons aux gens
et parce que nous vaincrons la défaite
nous chantons parce que le soleil nous reconnaît
et parce que la campagne sent le printemps
et parce que dans cette tige, dans ce fruit
chaque question a sa réponse
nous chantons parce qu'il pleut sur le sillon
et nous sommes des militants de la vie
et parce que nous ne pouvons pas et ne voulons pas
laisser la chanson se transformer en cendres.
Le texte est construit par une juxtaposition constante entre l'horreur du réel et les raisons de continuer.
À plusieurs reprises, Benedetti répète la phrase « vous demanderez pourquoi nous chantons ». Ce « vous » représente un observateur extérieur ou sceptique qui ne comprend pas comment il est possible d'éprouver de la joie ou une expression artistique au milieu de la douleur, de la mort, de la censure et de l'exil ( « si nous sommes aussi loin qu'un horizon » , « notre patrie se meurt de tristesse » ). Le chant apparaît ici comme la réponse collective qui permet de réaffimer (au delà des pleurs , de la colère, de la souffrance et des cris) la foi en l'avenir et dans le peuple.
Passons à la musique maintenant. C'est le compositeur argentin Alberto Favero qui a mis le poème en musique et qui a permis à la chanson de se convertir en un succès immédiat. Il existe beaucoup de versions et j'ai choisi pour vous l'interprétation très sensible de Sandra Mihanovich.
Cet été mon groupe choral polyphonique interprétera la composition d'Alberto Favero sur un arrangement choral de Liliana Cangiano, le même arrangement vocal qu'on entend sur les 2 vidéos ci-dessous.
Il est à noter que l'interprétation chorale est plus que pertinente pour une chanson militante qui est une forme d'hymne et d'appel collectif à la résistance.
Cette chanson n'est pas très connue en Europe (sauf en Espagne bien sûr). Moi-même je l'ai découverte seulement la semaine dernière mais vous pouvez imaginer, cher lecteur, qu'elle fait complètement partie de l'imaginaire collectif sud-américain. Cette chanson représente pour eux toute une époque de luttes dans les années 70. C'est une chanson qui leur parle et qui est indissociable de leur histoire.
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