patriarcat

Publié le 22 Novembre 2025

Bonjour les amis,

Hier il m'est arrivé quelque chose de peu habituel pour moi. Alors que je préparais le repas du soir j'apprenais par hasard vers 19 heures que la troupe de théâtre amateur de mon village donnerait une représentation à 20 heures à l'auditorium dans le cadre de la journée mondiale des Droits de la Femme.

Je bouclai rapidement la tambouille familiale et me précipitai vers la salle de spectacle où j'apprendrai que l'oeuvre s'intitule LA CASA DE BERNADA  ALBA et qu'elle a été écrite par Federico Garcia Lorca en 1936.

C'est donc l'une de ses dernières oeuvres du grand Lorca qui fut fusillé par des rebelles anti-républicains en août 1936, des rebelles qui, par cet assassinat lâche et odieux, envoyaient ad patres le plus grand poète et dramaturge espagnol du XXème siècle.

Mais revenons à LA MAISON DE BERNARDA  ALBA dont vous trouverez une présentation de l'argument et des personnages sur le lien ci-dessous.

Mais en fait, pour en savoir vraiment davantage sur le contenu de cette oeuvre et sur l'ensemble des thèmes abordés, il faut aller sur le lien wikipedia espagnol ci-dessous et utiliser le traducteur google pour pouvoir le lire éventuellement en français.

Je vous invite donc à en prendre connaissance avant d'aller plus loin dans la lecture de ce billet.

 

C'est donc une pièce très dense qui reflète la condition féminine du XX ème siècle et dans laquelle sont abordés les thèmes des apparences, de la haine, de l'envie, de la mort, de l'argent, de la luxure, de la lutte pour la liberté, de l'oppression, de ce qui peut se dire et de ce qui doit être tu.

Un ensemble de thèmes dont certains restent encore d'actualité tandis que d'autres nous permettent de comprendre nos racines et d'où nous venons en nous baignant dans le monde des valeurs de nos grands-parents. C'est une pièce avec un texte parfois très dynamique qui s'accélère et qui libère de manière violente les frustrations des personnages.

J'ai été impressionné par la qualité de l'interprétation de toutes les actrices de la troupe: aucun point faible dans la distribution des rôles, y compris chez les jeunes interprètes qui ont vraiment été à la hauteur.

Quant à Maria José Cardona, elle porte le rôle de Bernarda à bouts de bras.

J'ai été très impressionné par son caractère âpre et inflexible qui m'a fait penser à la grande Alice Sapritch, ce qui n'est pas un mince compliment.

Bernarda et sa fille Adela en arrière plan

Bernarda et sa fille Adela en arrière plan

La maison de Bernarda Alba
La maison de Bernarda Alba
La maison de Bernarda Alba
La maison de Bernarda Alba
La maison de Bernarda Alba

Liens d'intérêt.

Voici un bref article consacré à la représentation qui fut faite en Juillet 2025 et dans lequel la troupe est présentée.

https://elmiralldelamarina.es/el-grupo-adulto-de-emt-de-ondara-estrena-la-casa-de-bernarda-alba/

La pièce a été éditée en français dans la collection Folio

https://www.babelio.com/livres/Garcia-Lorca-La-Maison-de-Bernarda-Alba/69578

 

 

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Rédigé par alea-jacta-est

Publié dans #Littérature, #Théâtre, #Espagne, #Federico Garcia Lorca, #Drame, #Féminisme, #Patriarcat

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Publié le 24 Mai 2025

Bonjour les amis,

On savait déjà que les hommes sont les principales victimes des guerres, et que plus de 70% des accidents mortels au travail touchent les hommes mais il y a également un autre phénomène social dont on ne parle pratiquement jamais, c'est celui du suicide.

Les hommes, statistiquement et en moyenne, se suicident 3 fois plus que les femmes en Espagne, mais cette tendance est globale et se confirme dans tous les pays de la planète.

Je vous mets en lien un article espagnol que vous pourrez lire grâce au traducteur google au cas où vous ne comprendriez pas la langue de Cervantès.

 

Être un homme est donc en soi un facteur de risque face au suicide. Les experts attribuent cette tendance, en partie, aux attentes concernant la masculinité : être fort, déterminé, résolutif et subvenir aux besoins de la famille.

« Devoir être le plus fort, ne pas pouvoir demander de l'aide, ne pas reconnaître sa vulnérabilité, avoir une conception erronée de l'autosuffisance » a des conséquences qui touchent particulièrement les hommes.

Le facteur social est également l'un des éléments clés mentionnés par le psychologue Iñaki Lajud : « L'un des principaux impératifs de la masculinité est de ne pas parler de ses émotions, d'être froid et indépendant. Cela nous confère un statut. » Un homme peut avoir beaucoup d’amis, mais quel genre d’amis? Avoir un réseau solide dépend davantage de la qualité des relations que de leur quantité.

L’anthropologue Benno de Keijzer parle de « l’effondrement du système » qui survient chez de nombreux hommes à un âge avancé. « Les hommes retraités se retrouvent sans place ni identité, très concentrés sur leur travail et sans projet, faute d'en avoir construit ou préparé un. Nombre d'entre eux rentrent chez eux à temps plein, sans s'impliquer dans les tâches domestiques ou parentales, comme le font les femmes, retraitées ou non. Les femmes parviennent également à tisser des liens affectifs plus profonds et plus diversifiés que les hommes », explique-t-elle .

Voici donc certaines des pistes explicatives mais le problème est complexe et multifactoriel: dès le départ il est lié à la biologie et au système hormonal différencié entre hommes et femmes (cette fameuse testostérone !) et il est aussi profondément culturel (place assignée à l'homme dans nos sociétés).

Ce qui est frappant dans cet article du quotien EL DIARIO que je vous invite à consulter, ce sont les graphiques statistiques et les chiffres qui confirment ces tendances dans toutes les régions du monde et dans toutes les cultures. Aucun pays n'est épargné et le pire du pire c'est la Russie (6 fois plus chez les hommes que chez les femmes!)...Pour le monde russe et slave en général, j'ai ma petite idée: ils sont restés plus profondément machistes (et considèrent d'ailleurs que notre occident est décadent) et l'alcoolisme y fait des ravages également.

Je terminerai en disant que nous vivons à l'époque du wokisme et de la victimisation des ethnies, catégories et minorités de toutes sortes, et ce qui caractérise la masculinité c'est justement qu'elle ne se victimise pas, même quand elle pourrait le faire... Cette pudeur qui est à son honneur est aussi, malheureusement, son talon d'Achille.

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Publié le 4 Mai 2025

Bonjour les amis,

J'ai vu le film-documentaire de Shiori Ito, une journaliste japonaise qui a été victime d'un viol en 2015.

Voici le synopsis suivi de la bande-annonce.

Depuis 2015, Shiori Itō défie les archaïsmes de la société japonaise suite à son agression sexuelle par un homme puissant, proche du premier ministre. Seule contre tous et confrontée aux failles du système médiatico-judiciaire, la journaliste mène sa propre enquête, prête à tout pour briser le silence et faire éclater la vérité.

Le titre du film dont la traduction serait "Les carnets de la Boîte Noire" mérite une petite explication assez édifiante. Lorsque Ito s'est rendue à la police après l'agression, on lui a répondu que sa plainte était une « boîte noire » : l'affaire s'était déroulée à huis clos et était donc irrecevable. Apparemment les prédateurs ont pris bonne note de ce lamentable état de fait.

Ce film est un documentaire très particulier, très émouvant, assez poignant, dans lequel c'est la victime qui décide de prendre sa caméra au poing et de nous faire vivre sur plusieurs années sa bataille quotidienne pour sa dignité, pour que justice lui soit rendue, pour que triomphe la vérité et que cessent des pratiques coupables dont sont victimes certaines femmes japonaises.

Shioro témoigne et interpelle la société toute entière sur la manière avec laquelle elle a été traitée  ou plutôt maltraitée par la police et par la justice de son pays. 

On apprend dans son film qu'au Japon le non-consentement n'est pas un argument suffisant pour qualifier un abus de viol: la victime doit prouver qu'il y a eu menaces ou violences physiques.

Au Japon les études indiquent que seulement 4% des cas de viols sont dénoncés devant la police. 4%, autant dire que ces cas sont les exceptions qui confirment la règle du silence honteux qui entoure ces crimes.

En maintenant sa plainte contre son agresseur Ito joue gros car, quelque soit l'issue du procès sa vie professionnelle et sociale risque d'en être détruite ou, dans le meilleur des cas, complètement bouleversée. Pour beaucoup elle sera et restera avant tout "la violée" et pour d'autres elle sera "la pute"...

Je ne vais pas dévoiler les détails de l'enquête mais Shiori montre que de très graves irrégularités ont été commises de la part du chef de la police de Tokyo dont on peut supposer qu'il a cédé à des pressions "venues d'en haut".

Ce qui apparaît également dans le documentaire c'est le fort impact social qu'aura cette affaire. Le premier ministre sera interpellé au parlement sur le déroulement irrégulier de cette affaire et aussi sur le fait que la loi devrait évoluer (notamment sur la définition du viol).

 Il y a toujours une première fois et Shioro Ito sera historiquement le premier #MeeToo japonais.

Dans ce documentaire on voit comment la société nippone se déchire entre celles et ceux qui soutiennent Shioro Ito et qui pensent que l'heure est arrivée de de ne plus avoir peur de dénoncer publiquement les abus sexuels et celles et ceux qui pensent que Shiori Ito essaie de se faire de la publicité à bon compte en portant atteinte à l'image d'un personnage puissant proche du premier ministre.

On sent bien à la fin du documentaire que cette affaire va impacter profondément la société: tout ne sera plus jamais comme avant et, rien que pour ça, Shiori Ito mérite tout notre profond respect.

Son combat pour la vérité et pour la dignité des femmes touche profondément le spectateur. Je précise que ce documentaire n'est pas un brûlot caricatural contre tous les hommes en général car certains des intervenants et des témoins masculins la soutiennent aussi dans sa lutte pour la vérité.

L'intérêt du documentaire est aussi de nous faire mieux connaître le Japon qui est un mélange improbable de grande modernité technologique dans un monde fortement traditionnel, très pudique, dans lequel certaines questions sont difficilement abordables. C'est aussi justement cette grande pudeur des asiatiques qui protège les prédateurs.

Il faut savoir enfin que ce documentaire fait suite à un livre que Shiori Ito avait publié en 2019 et intitulé LA BOÎTE NOIRE. L'événement et les remous  provoqués par la sortie du livre sont relatés dans le documentaire. Voici un extrait du bouquin qui donne le ton. 

"Mais je ne me suis jamais sentie en danger lors de mes séjours et reportages dans ces régions reculées. C'est ici au Japon, le pays où je suis née, ce pays réputé pour être l'un des plus sûrs d'Asie, que j'ai connu l'insécurité. Et ce qui a suivi le viol a achevé de m'anéantir. Je n'ai trouvé de secours nulle part. Ni les hôpitaux, ni les lignes d'assistance téléphonique, ni la police ne m'ont apporté leur aide. J'ai découvert avec effarement un visage inconnu de la société où javais vécu jusque-là."

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Publié le 13 Avril 2024

Bonjour les amis,

J'ai vu hier IL RESTE ENCORE DEMAIN le film de Paola Cortellesi qui a déjà fait un carton en Italie et dont voici le synopsis suivi de la bande-annonce.

Mariée à Ivano, Delia, mère de trois enfants, vit à Rome dans la seconde moitié des années 40. La ville est alors partagée entre l’espoir né de la Libération et les difficultés matérielles engendrées par la guerre qui vient à peine de s’achever. Face à son mari autoritaire et violent, Delia ne trouve du réconfort qu’auprès de son amie Marisa avec qui elle partage des moments de légèreté et des confidences intimes. Leur routine morose prend fin au printemps, lorsque toute la famille en émoi s’apprête à célébrer les fiançailles imminentes de leur fille aînée, Marcella. Mais l’arrivée d’une lettre mystérieuse va tout bouleverser et pousser Delia à trouver le courage d’imaginer un avenir meilleur, et pas seulement pour elle-même.

Pour être tout à fait franc avec vous je redoutais un film féministe à sens unique dans lequel nous, les hommes, aurions une fois de plus le mauvais rôle de manière un peu caricaturale.

Mais la bonne surprise c'est la manière dont Paola Cortellesi a traité son sujet, notamment celui de la maltraitance des femmes.

Voici ce que dit LE PARISIEN:

"La force de ce film féministe, c’est qu’il traite d’un sujet sombre de façon très originale, oscillant entre humour, légèreté et drame. Les scènes de violences sont dansées, les personnages font sourire autant qu’ils peuvent nous glacer et le twist final est bien amené. Le film porte un souffle, une énergie qui fait un bien fou."

L'action se situe dans un quartier populaire de Rome à l'après-guerre, un quartier très vivant avec toute une galerie de personnages hauts en couleurs. On y voit le petit peuple romain qui souffre encore du rationnement.

Apparaissent 3 classes sociales différentes: les prolos qui vivent dans le dénuement, les nouveaux parvenus qui se sont enrichis grâce au marché noir et à leurs négoces avec l'occupant allemand et la grande bourgeoise traditionnelle romaine.

Dèlia (personnage principal interprétée par la metteur en scène Paola Cortellesi) vit de petits boulots mal payés et navigue entre ces 3 mondes. 

Etant donné mes origines familiales calabraises je me suis senti à l'aise dès le début du film. J´ai vite reconnu cette Italie populaire, noir et blanc, que nous dépeint le film, avec parfois cette ambiance roman-photo un peu rétro et désuète. Ce parti pris du noir en blanc est très pertinent d'autant plus que la photo et les lumières sont très travaillées et très soignées.

Dès le début du film le ton est donné car Dèlia se prend une baffe, de manière apparemment soumise, une baffe donnée sans aucune raison, de façon presque rituelle. Son mari n'est même pas antipathique, il est juste con, d'une connerie qui est fidèle à l'esprit machiste de son époque, d'une connerie qui fait peur aussi.

Il y a de l'authenticité dans les dialogues car les protagonistes parlent souvent en romanesco (dialecte  romain que je connais un peu). J'ai vu le film en VO bien sûr et parfois j'ai eu besoin des sous-titres pour capter certains mots ou expressions romanesco.

Le film évite soigneusement de tomber dans le mélo et sa prouesse tient aussi à son humour décalé. Il y a souvent un décalage entre les paroles des chansons romantiques qu'on entend et la réalité que l'on voit, ce qui nous donne par exemple une très belle scène avec Dèlia qui fait le ménage matinal dans son logement insalubre en sous-sol et une chanson qui clame l'arrivée du soleil et du  printemps.

Il y a aussi des savoureux décalages entre les propos hypocrites pleins de conventions sociales tenus par certains personnages et ce que le spectateur sait des sentiments réels qui les animent.

Et puis le scénario nous réserve quelques surprises que l'on ne voit absolument pas venir dont notamment la fin.

Je terminerai avec ce qui m'a le plus marqué, à savoir l'interprétation lumineuse, pleine d'humanité et de féminité de Paola Cortellesi. C'est fabuleux ce qu'elle arrive à transmettre.

La magie du film tient à ses expressions...le film est en noir et blanc disais-je mais il est aussi directement inspiré par le cinéma muet. Tout est dans le non-dit, dans ce que Paola exprime à travers son regard.

 Le spectateur reste constamment accroché à ses rires, ses peines, ses déceptions et ses espoirs aussi...

"Il reste encore demain"...une tragi-comédie italienne lumineuse...
"Il reste encore demain"...une tragi-comédie italienne lumineuse...
"Il reste encore demain"...une tragi-comédie italienne lumineuse...
"Il reste encore demain"...une tragi-comédie italienne lumineuse...
"Il reste encore demain"...une tragi-comédie italienne lumineuse...
"Il reste encore demain"...une tragi-comédie italienne lumineuse...
"Il reste encore demain"...une tragi-comédie italienne lumineuse...
"Il reste encore demain"...une tragi-comédie italienne lumineuse...

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