dictature

Publié le 29 Août 2025

Bonjour les amis,

Une de mes amies a eu la bonne idée de me prêter un livre de Boris Bajanov publié en 1977 et intitulé BAJANOV RÉVÈLE STALINE.

 

Le témoignage édifiant de Boris Bajanov sur la personnalité de Staline...

Voici la présentation de l'éditeur:

Au soir de sa vie, Boris Bajanov se décide à parler et il apporte le témoignage unique de celui qui, pendant plusieurs années, entrait librement dans le bureau de Staline et l'a vu éliminer ses rivaux : Trotski, Zinoviev, pour devenir maître absolu de l'U.R.S.S. Né en 1900, Bajanov connaît une carrière fulgurante, due à son génie d'organisateur. C'est à vingt-trois ans qu'il est nommé collaborateur particulier de Staline, avec le titre de «secrétaire du Politburo». Il organise toutes les séances de cette instance suprême du Parti et connaît tous les secrets. Bajanov voit de près Molotov, Zinoviev, Trotski, Kaménev, Boukharine, Litvinov, Iagoda, Radek... Il découvre peu à peu un pouvoir qui se fonde sur des dizaines, des milliers, bientôt des millions de morts. Comme dans Shakespeare, le bouffon côtoie le tragique. Les affrontements entre grands personnages du régime donnent souvent lieu à des scènes burlesques.
En 1928, Bajanov fuit l'U.R.S.S., et son escapade, par l'Iran et l'Inde, est à elle seule un roman. Émigré en France, il réussit à échapper aux tueurs de la Guépéou. Au secrétariat du Politburo, il est remplacé par Malenkov, qui succédera à Staline.
Chaque page de ce livre étonne, tant la vérité vue de près peut être inimaginable.

La présentation du livre est tout à fait correcte. On navigue sans cesse entre la tragédie et la bouffonerie avec toute une galerie de personnages profondément immoraux, certains d'entre eux. comme Grigori Kanner, étant par ailleurs des monstres criminels sans le moindre scrupule.

Le livre de Bajanov nous plonge au coeur de la lutte de succession pendant la maladie de Lénine et à sa mort.

Bajanov nous décrit un Staline profondément inculte, mauvais orateur, souvent rustre, qui n'est pas vraiment intelligent mais plutôt rusé, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Rien ne semble le passionner si ce n'est la soif de pouvoir.

Staline était extrêmement roublard. Au dire de Boris Bajanov, il disposait de quatre téléphones, et, dans l’un des tiroirs deson bureau, un autre était caché qui lui permettait d’écouter les conversations de dizaines de dirigeants communistes parmi les plus influents : sans passer par le standard du Kremlin, il avait directement accès à toutes les informations, ce qui devait l’alerter sur toute manigance ou complot dirigé contre lui . Ses secrétaires particuliers, comme Lev Mekhlis et Grigori Kanner, mettaient à exécution ses desseins les plus douteux. Avec ses adversaires, il était impitoyable : lorsque Kamenev l’interrogea sur la façon d’obtenir la majorité au parti, il lâcha d’un ton méprisant :

« Vous me demandez ce que j’en pense ? Eh bien, pour moi,savoir qui vote quoi n’a aucune espèce d’importance. Ce qui est primordial, c’est le décompte des voix et la publication des résultats! ». Il sous entendait par là qu’il s’attendait à ce que l’appareil du parti truque le vote s’il se révélait être en sa défaveur.

Staline, contrairement à Trotski, ne fera jamais preuve du moindre courage lors des épisodes qui amèneront la révolution russe de 17. Petit propagandiste révolutionnaire il se tient toujours prudemment à l'arrière-plan.

Mais ce qui frappe dans le témoignage de Bajanov c'est que les nombreux défauts de Staline, qu'il décrit très bien, finissent par servir ses desseins.

Lénine l'avait introduit au comité central car il ne craignait aucune concurrence de la part de cet homme peu cultivé et politiquement sans envergure. Mais c'est pour cette même raison que Zinoviev et Kamenev l'ont fait secrétaire général du parti: ils le considéraient comme politiquement insignifiant, voyaient en lui un adjoint commode, mais non un rival. 

Donc, c'est grâce à son apparente médiocrité et incapacité qu'il s'alliera les appuis de tous ceux qui prétendront succéder un jour à Lénine. Mais c'est lui qui, à la fin, deviendra le maître incontesté du Kremlin.

Dans le livre de Bajanov, tous ceux (ou presque) qui permettront à Staline d'accéder au pouvoir finiront soit fusillés, soit avec une balle dans la nuque lors des purges de 1938. On est parfois pris de vertige et atteint littéralement de nausée à la lecture de ce bouquin...

Tout collaborateur de Staline au courant de secrets inavouables se retrouve de facto en danger, et tôt ou tard, Staline le fera disparaître car il pourrait devenir un témoin gênant. Rarement dans l'histoire de l'humanité un tyran sera entouré de collaborateurs aussi serviles, la servilité étant la seule manière de survivre dans le système stalinien.

En lisant ce livre on pense à la chanson de Béart: " Le premier qui dit la vérité, il doit être éxécuté..."

Et quand on parle d'éxécutions sous Staline on ne parle pas que de quelques cas. Il est le plus grand criminel de tous les temps avec Hitler.

Un dernier détail. Hitler était un monstre sanguinaire mais savait être reconnaissant avec ses plus proches collaborateurs (qui étaient aussi monstrueux que lui).

Rien de tel avec Staline qui était profondément et viscéralement déloyal même, et surtout, avec ceux qui s'étaient sacrifiés pour lui.

Bajanov dans son livre lui prête cette phrase abominable:

" La gratitude est une maladie dont souffre les chiens".

PS: Boris Bajanov dresse des portraits très différenciés des leaders de la révolution russe qui n'ont pas du tout la même approche de ce que doit être le processus révolutionnaire. Mais dans son témoignage il y a un point commun qui frappe l'esprit: tous les leaders, que ce soit Lénine, Staline, Trotski, Zinoviev, Kamenev, etc... considèrent qu'une personne jugée contre-révolutionnaire mérite la peine de mort. Rien que ça ! Et, à l'époque, il ne fallait pas grand-chose pour être considéré comme contre-révolutionnaire.

PS nº 2 : Les premières révélations de Badajov sur la nature de la tyrannie stalinienne furent publiées en France en 1930. Il faudra attendre 1956 pour que lors du XX ème congrès du PCUS soient reconnus timidement une petite et infime partie de ces crimes qui sont aujourd'hui estimés entre 10 et 20 millions si on compte les éxécutions, les décès dans les goulags , les famines provoquées par l'homme et les déportations massives. 

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Rédigé par alea-jacta-est

Publié dans #URSS, #Staline, #Crimes, #Trotski, #Lénine, #Dictature, #communisme, #purges, #Bajanov

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Publié le 21 Novembre 2024

Bonjour les amis,

Je suis plongé dans la lecture d'un ouvrage absolument passionnant  intitulé LE SIÈCLE DU POPULISME, écrit par Pierre Rosanvallon professeur au collège de France.

Le siècle du populisme...

Il y a une très belle présentation de ce livre que je vous invite à lire sur le lien ci-dessous.

 

Le mérite de ce livre est de nous offrir d'abord une vision historique très complète qui va de la naissance du populisme (qui se décline de différentes manières sur les 5 continents) jusqu'à son essor au XXI ème siècle.

Il nous apprend à bien reconnaître le populisme à travers des indices clairs et bien précis qui ne trompent pas sur sa nature.

Tous les populismes se réclament du peuple. Mais bien évidemment la question qui se pose vite est la propre définition de ce peuple. Rosanvallon en explique bien tous les sens, le peuple pris comme corps civique constitué (celui de la déclaration de la constitution américaine: WE THE PEOPLE), ou peuple entendu comme entité ou catégorie sociale (celui qui prend d'assaut la Bastille).

Pierre Rosanvallon ne présente pas son ouvrage comme un brûlot anti-populiste mais nous invite à mieux  comprendre le phénomène populiste: de quoi il témoigne et de quels besoins non satisfaits il est l'expression.

Malgré tout, et bien qu'il s'en défende, son étude critique à la fin de l'ouvrage confirme  tout le mal que je pense personnellement des populismes, qu'ils soient de droite ou de gauche.

En fait son livre m'aide à mieux approfondir ma réflexion sur ce sujet, en l'élargissant et en me fournissant aussi plus d'arguments que ceux dont je disposais jusque maintenant.

Pour être précis le livre formule aussi des objections personnelles que j'avais parfois du mal à exprimer, notamment à l'époque de l'émergence du mouvement italien CINQUE ESTELLE ( 5 étoiles), un mouvement populiste qui me paraissait très dangereux avec ses idées de démocratie directe via internet (surtout quand on connaît mieux aujourd'hui les méfaits pervers des réseaux sociaux et des fake news).

En conclusion, c'est un livre riche, pas toujours facile à lire, un livre devenu NÉCESSAIRE aujourd'hui qui me permet de mieux penser le populisme de manière plus documentée et plus rigoureuse.

Le siècle du populisme...

PS: J'ai eu la bonne surprise de découvrir que ce livre est également traduit en espagnol. Donc j'en fais la promotion également dans tout mon entourage direct et sur les réseaux sociaux.

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Publié le 1 Mars 2023

Bonjour les amis,

Je vais vous parler aujourd'hui de  ARGENTINA,1985, un très bon film de Santiago Mitre qui est bien placé pour gagner l'oscar 2023 du meilleur film étranger.

Le film relate le procès des principaux membres de la junte militaire argentine qui a régné par le meurtre et la torture dans les années 70.

Voici la bande-annonce sous-titrée en anglais car je n'en ai pas trouvé une qui le soit en français. Sorry!

 

Voici ce que dit un spectateur sur la page d'allociné:

La bonne idée du scénario a été de choisir de suivre les faits et gestes du procureur de ce procès qualifié de "plus important depuis celui de Nuremberg." En humanisant ce personnage clé, le présentant notamment au sein de sa famille ou auprès de ses collaborateurs inexpérimentés, le film ne se prive pas de nombreux traits d'humour qui allègent avec style le poids émotionnel de certains scènes de témoignage, poignantes mais jamais dans l'indécence. Même si l'on connait peu ou prou le jugement final, Argentina, 1985 se voit comme un thriller à l'américaine, d'une grande efficacité, parfaitement équilibré entre gravité et légèreté et, fait assez exceptionnel, ne comportant aucune longueur sur une durée de 140 minutes. Quant à Ricardo Darin, que dire d'autre qu'il est bien entendu exceptionnel dans un rôle taillé pour son génie ? 

Après avoir vu ce film, on se prend à réfléchir aussi sur le fait que certains pays n'ont pas connu le grand procès historique qui leur était nécessaire pour aborder sur des bases saines leur avenir collectif. 

Un de mes amis espagnols m'a dit qu'il regrettait qu'il n'y ait jamais eu de procès du franquisme par exemple. Je peux comprendre son amertume.

Je me suis dit aussi que s'il y a bien un grand pays qui a provoqué de grandes tragédies avec des millions de  victimes et qui ne les a jamais jugées, c'est bien la Russie.

Or un pays qui n'affronte pas sa mémoire est condamné à répéter les mêmes erreurs, et c'est justement ce que nous vivons en ce moment de manière tragique avec l'agression barbare de la Russie contre l'Ukraine.

Verra-t-on un jour Poutine traduit devant sa propre justice comme le fut en son temps le sinistre général Videla?

Vu le soutien dont il bénéficie pour l'instant auprès de sa population on peut se dire que c'est très fortement improbable...Enfin, on peut toujours rêver...L'histoire effectue parfois des retournements brutaux et singuliers.

En tout cas si les russes qui se sentent victimes de la terreur poutinienne voient ce film de Santiago Mitre ils pourront se dire que, pour eux, tout le travail reste à faire.

Je terminerai en vous recommandant chaudement un livre collectif qui fait un ratissage complet de tous les crimes déjà connus de Poutine et qui explique bien comment, sous sa férule, la Russie est redevenue une dictature terrifiante. 464 pages que je suis en train de lire doucement...à petites doses  ...une lecture qui donne souvent le vertige...

 

 

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Rédigé par alea-jacta-est

Publié dans #Argentine, #Dictature, #Videla, #Cinéma, #Oscar, #Russie, #Poutine

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Publié le 1 Décembre 2022

Bonjour les amis,

Le XX ème siècle a été incontestablement celui des dictateurs.

En général ceux-ci ont eu une fin tragique, mais pas toujours.

La fin de Staline, par exemple, est assez exemplaire et contient en elle-même une drôle de morale car le dictateur russe a fini par être lui-même victime du régime de terreur qu'il inspirait.

En effet le tyran avait souffert d'un AVC mais il y avait une telle méfiance envers les médecins depuis le prétendu "complot des blouses blanches" qu'aucun d'entre eux n'osa ou ne pût faire en temps et en heure les gestes nécessaires qui auraient pu le sauver. Staline a fini par mourir par manque de soins pendant que son entourage terrorisé n'osait prendre aucune initiative de peur d'avoir à en répondre plus tard et de finir devant un peloton d'exécution. 

Il se trouve que hier j'ai appris, tout à fait par hasard, que le dictateur portugais António de Salazar avait lui aussi été victime d'un AVC en septembre 1968 mais que, cette fois-ci, le dénouement avait été différent et, pour le moins, assez surprenant.

Suite à son accident vasculaire Salazar avait été immédiatement substitué par Marcelo Cayetano à la tête du gouvernement. Très rapidement Salazar s'était partiellement rétabli de son accident cérébral mais il était clair qu'il était très amoindri et qu'il ne pouvait plus travailler qu'une ou deux heures par jour.

Donc l'entourage de Salazar lui a fait croire qu'il était encore aux commandes de l'Etat portugais alors que ce n'était plus le cas:  tout était feint, tout n'était qu'une énorme mascarade dans la clinique où séjournait le dictateur.

Jusqu'à sa mort deux ans plus tard, le 27 juillet 1970, Salazar vécut sans savoir qu'il n'était plus le chef de l'Etat: on lui envoyait des "mémos", on lui faisait signer des rapports qui finissaient dans la corbeille à papiers, on imitait des réunions de travail complètement bidons, on lui apportait un faux journal édité en un seul exemplaire...🤦‍♀️🤦‍♀️🤦‍♀️

Voilà une supercherie incroyable, mais pourtant vraie, qui aurait pu inspirer une comédie burlesque de Woody Allen.

Encore un fois on voit à quel point les dictatures ont souvent un gros problème avec la simple vérité et qu'elles y font face parfois de manière complètement surréaliste, burlesque.

Par ailleurs, quand on voit ce qui s'est passé avec Salazar on peut imaginer, à postériori, la panique et la grave crise qui auraient eut lieu au Kremlin si Staline avait surmonté son AVC...

António de Salazar

António de Salazar

PS: je vous adjoins un long article sur la biographie d'Antonio de Salazar qui était à la base professeur d'université et qui possédait donc un profil assez atypique si on le compare à celui des dictateurs de son époque.

https://fr.topwar.ru/199720-strannyj-diktator-antoniu-di-salazar.html

PS nº 2: Il semblerait que la fin comico-tragique de Staline et de Salazar ne sera pas celle de Poutine.

En effet l'actuel dictateur russe qui souffre d'un cancer a tout prévu. En cas de pépin il sera substitué par un de ses fidèles qui sera encore pire que lui...

https://www.geo.fr/geopolitique/qui-prendrait-la-tete-de-la-russie-si-vladimir-poutine-venait-a-mourir-210351

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Rédigé par alea-jacta-est

Publié dans #Portugal, #António de Salazar, #URSS, #Satline, #Poutine, #Dictature, #AVC, #Histoire

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