De ces chrétiens persécutés dans l'indifférence générale...

Publié le 7 Décembre 2025

Bonjour les amis.

De l'ordre de 300 enfants catholiques ont été enlevés au Nigéria en Novembre dernier dans une grande indifférence internationale. Certaines de ces victimes ont pu échapper à leurs ravisseurs comme l'explique l'article mis en lien ci-dessous.

Abnousse Shalmani (journaliste, écrivain et réalisatrice française d'origine iranienne) écrivait ceci dans le journal LE POINT le 4 Décembre dernier.

Extrait:

Tout le monde s’en fout (des chrétiens).

Trois cent trois enfants catholiques enlevés au Nigeria ? Zéro manifestation, zéro post sur les réseaux sociaux. Car il n’y a aucun méchant Blanc à accuser. Entre le 17 et le 25 novembre 2025, 390 personnes ont été enlevées, dont 303 enfants et adolescents âgés de 10 à 18 ans, au moins 3 morts confirmés, des otages revenus contre le paiement d’une importante rançon, mais plus de 264 personnes sont toujours captives. Cela s’est déroulé au Nigeria, dans des écoles et des églises. S’il existe une véritable industrie du kidnapping que nul ne viendrait à nier, il n’empêche que les attaques ciblent systématiquement les églises et les écoles catholiques, que les assaillants posent souvent la question : « Es-tu chrétien ou musulman ? » avant d’exécuter leurs victimes et que les enlèvements surviennent lors des fêtes chrétiennes.


Abnousse Shalmani s'indigne à juste titre du traitement wokiste de l'information quand elle concerne les atrocités commises contre les catholiques. Cette information sur les enlèvements, vous pouvez la trouver sur le net, bien sûr, mais il faut la chercher car elle ne fait pas de gros titres et n'est pas relayée sur les réseaux.

Il faut toutefois faire une mise au point importante. Au Nigéria les attaques sont certainement ciblées mais elles touchent pratiquement tout autant les populations musulmanes que les chrétiennes. Il ne faut pas tomber dans le piège inverse et ne pas voir l'ensemble des victimes.

Voici ce que disait Donald Trump le 2 Novembre dernier, donc avant les récents enlèvements.

«Si le gouvernement nigérian continue de tolérer les meurtres de chrétiens, les États-Unis cesseront immédiatement toute aide au Nigeria, et pourraient très bien aller dans ce pays désormais déshonoré en défouraillant à tout-va, pour anéantir complètement les terroristes islamistes qui commettent ces atrocités horribles », a tonné le président américain sur sa plateforme Truth Social.

Comme toujours avec Trump, on ne sait pas si ses menaces sont à prendre au sérieux où si elles n'ont d'autre but que renforcer son soutien chez les évangéliques américains. Quoiqu'il en soit, il est clair qu'au Nigéria le problème est plus large qu'il ne le laisse entendre et affecte chrétiens et musulmans.

Elargissons maintenant le champ de la caméra et essayons d'avoir une perspective mondiale du problème de la persécution des chrétiens.

Plus de 380 millions de chrétiens sont fortement persécutés ou victimes de discrimination dans 78 pays à travers le monde. La situation globale montre une augmentation de la persécution, souvent motivée par le djihadisme, l'autoritarisme et les conflits civils.

Voici la liste des pays les plus dangereux pour les cathos.
Corée du Nord : reste le pays le plus dangereux, où être chrétien peut mener à la mort ou aux camps de travaux forcés.
Somalie : La persécution y est également extrême.
D'autres pays comme le Nigeria, la Syrie, et l'Inde (classée 11e) connaissent des niveaux très élevés de violence et de discrimination.

Combien de personnes aujourd'hui sont-elles réellement au courant de l'étendue de ces persécutions et de ces discriminations?

Cette indifférence internationale dont parle Shalmani vient de loin et ne date pas d'hier, malheureusement, comme le montre cet article de 2015 que je mets en lien.

Il ne peut y avoir deux poids et deux mesures comme le font les gauchistes wokistes occidentaux: victimes sont tous ceux qui souffrent, et pas seulement ceux dont les persécutions servent à alimenter un discours politique anti-blanc, anti-chrétien, antisémite, anti-capitaliste ou anti-occidental.

Et, en cela, je donne raison à Abnousse Shalmani.

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C
Un article qui nuance la situation au Nigéria :<br /> <br /> CE QUE TRUMP DEVRAIT SAVOIR AVANT DE SE LANCER À CORPS PERDU DANS UNE OFFENSIVE AU NIGÉRIA<br /> Le pays est déchiré par une violence effroyable, mais l'antichristianisme n'en est pas la cause principale et les auteurs de ces actes ne sont pas tous les mêmes.<br /> Par Taiwo Hassan<br /> <br /> En un seul week-end, le président américain Donald Trump a non seulement détérioré les relations auparavant cordiales avec un important allié africain, mais a également promis une intervention militaire américaine dans l'un des contextes de conflit les plus complexes au monde.<br /> <br /> Le 31 octobre, Trump a désigné le Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique et l'une de ses puissances économiques, comme un « pays particulièrement préoccupant » en raison de la « menace existentielle » qui pèserait sur les chrétiens de ce pays d'Afrique de l'Ouest, lesquels seraient victimes, selon lui, de « massacres de masse » perpétrés par des « islamistes radicaux ».<br /> <br /> Le lendemain, il a averti que si le gouvernement nigérian continuait à permettre le massacre de chrétiens, les États-Unis cesseraient immédiatement toute aide et assistance au Nigeria et « pourraient très bien intervenir, armes au poing, dans ce pays désormais déshonoré».<br /> Bien que ce ne soit pas la première fois que Trump s'en prenne à ce pays riche en pétrole d'environ 230 millions d'habitants, la menace d'une action militaire est néanmoins une nouveauté et constitue une escalade sans précédent.<br /> <br /> Washington considère le Nigéria comme l'un de ses partenaires les plus importants en Afrique . Jusqu'en février, date à laquelle Trump a gelé l'aide étrangère, le Nigéria occupait le troisième rang des pays bénéficiaires de l'aide humanitaire américaine en Afrique subsaharienne. Malgré cela, une coopération significative s'est maintenue entre les deux pays, notamment dans le domaine de la lutte contre le terrorisme.<br /> <br /> Depuis 2017, le Nigéria a bénéficié d'une aide américaine en matière de sécurité estimée, en janvier, à environ 650 millions de dollars, dont 500 millions au titre des ventes d'armes à l'étranger. En août, l'Agence américaine de coopération en matière de sécurité de la défense a approuvé une vente d'armes d'une valeur de 346 millions de dollars afin de soutenir le Nigéria dans sa lutte contre le terrorisme islamiste et le trafic d'armes dans le golfe de Guinée.<br /> <br /> Ébranlé par les menaces de Trump, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a contesté la description que ce dernier faisait de la situation dans son pays, tout en assurant Washington de son engagement à protéger la vie de tous les Nigérians, sans distinction de religion. Pourtant, nombreux sont les Nigérians qui, témoins depuis des années de l'impuissance de l'État face à l'escalade de l'insécurité, et qui accueillent favorablement la menace d'une intervention militaire de Trump si celle-ci parvienait à résoudre les problèmes de violence sur lesquels le gouvernement a échoué.<br /> <br /> En réalité, les critiques de Trump à l'égard du Nigeria ne sortent pas de nulle part. Elles sont la conséquence directe d'années d'incapacité des gouvernements nigérians successifs à protéger leurs citoyens face aux massacres incessants de chrétiens et de musulmans. Bien sûr, lorsque ces tueries persistent pendant des années, avec peu ou pas de conséquences pour leurs auteurs, la frontière entre l'inaction et l'approbation tacite finit par s'estomper.<br /> <br /> Pourtant, l'idée de Trump d'un conflit à motivation religieuse offre une vision réductrice de la situation catastrophique sur le terrain.<br /> <br /> Bien que la religion soit toujours présente en filigrane dans les multiples conflits qui ravagent le Nigéria, elle n'en est pas systématiquement la cause principale. À plusieurs reprises, elle n’a fait que masquer d'autres facteurs, principalement économiques, environnementaux et politiques. Selon Armed Conflict Location & Event Data, un groupe de réflexion américain, près de 53.000 civils ont été tués au Nigéria depuis 2009 des suites de violences politiques, ils appartenaient à toutes les confessions. Si le Nigéria a enregistré environ 389 cas de violence visant des chrétiens entre 2020 et 2025, ayant entraîné au moins 318 décès, on a dénombré 197 attaques contre des musulmans durant la même période, causant au moins 418 morts.<br /> Le contexte conflictuel est complexe, traversant de vastes zones géopolitiques et présentant des causes imbriquées. Le pays est presque également divisé entre un sud à majorité chrétienne et un nord à majorité musulmane, tandis qu'en son centre se trouve la Ceinture centrale, où vivent depuis longtemps côte à côte les adeptes des deux religions, principalement des éleveurs musulmans et des agriculteurs chrétiens sédentaires.<br /> <br /> Dans le nord-est du pays, où Boko Haram et la branche régionale de l'État islamique (ISWAP) mènent une insurrection sanglante pour établir un califat islamique, les musulmans sont les principales victimes de ces violences. Depuis 2009, ces violences ont fait plus de 40.000 morts parmi les civils et contraint plus de deux millions de personnes à fuir leurs foyers.<br /> <br /> Boko Haram considère comme infidèle toute personne, chrétienne ou musulmane, qui ne partage pas sa vision de l'islam. Or, les attentats les plus emblématiques qui ont fait la une de l'actualité internationale il y a plus de dix ans ont majoritairement touché des victimes chrétiennes. On peut citer l'enlèvement par Boko Haram de 276 écolières du village de Chibok en 2014 et, quatre ans plus tard, celui de 110 écolières par l'ISWAP à Dapchi, dans l'État de Yobe. Si 104 d'entre elles ont été libérées après des négociations (cinq ont été tuées lors de l'enlèvement), Leah Sharibu, une jeune chrétienne, est toujours détenue depuis des années pour avoir refusé de se convertir à l'islam.<br /> <br /> Le fait de se concentrer sur ces cas peut donner l'impression trompeuse que les chrétiens sont les principales victimes de la violence au Nigéria. En effet, Massad Boulos, conseiller principal de Trump pour les affaires arabes et africaines, a lui-même constaté le mois dernier que Boko Haram et l'ISWAP « tuent plus de musulmans que de chrétiens ».<br /> <br /> Il ne s'agit pas simplement d'une question de chiffres. Lorsqu'une action militaire se fonde sur des hypothèses erronées, non seulement ses chances de succès sont limitées, mais le risque d'un nouvel enlisement des États-Unis dans une guerre sans fin s'accroît. Interrogé cette semaine sur la possibilité d'une invasion terrestre du Nigeria ou de frappes aériennes, Trump a répondu : « Cela se pourrait… enfin, beaucoup de choses ; j'envisage beaucoup de choses. »<br /> <br /> Les États-Unis pourraient cibler les djihadistes islamistes du nord-est. Cependant, toute intervention militaire en dehors de la ceinture centrale du Nigeria ne protégerait pas les chrétiens nigérians – du moins pas de la manière dont Trump le préconise. C'est dans cette région que la population chrétienne nigériane a été touchée de façon disproportionnée, ce qui laisse penser à un ciblage systématique. Depuis plus de vingt ans, des agriculteurs sédentaires et des éleveurs peuls s'affrontent dans un conflit fratricide. Parmi les autres auteurs de violences figurent des bandes armées qui pillent les villages, volent du bétail et kidnappent des victimes contre rançon.<br /> <br /> Selon de nouvelles conclusions de l'Observatoire de la liberté religieuse en Afrique, sur les quelque 36.056 civils tués au Nigéria entre 2019 et 2024, les milices peules, considérées comme le groupe terroriste le plus meurtrier au monde et qui opèrent dans la ceinture centrale et le sud du pays, « sont responsables de 47 % de tous les meurtres de civils, soit plus de cinq fois le nombre de morts combiné de Boko Haram et de l'ISWAP ».<br /> <br /> L'analyse des données révèle une disproportion alarmante. Près de trois chrétiens ont été tués pour chaque musulman durant cette période, les pertes proportionnelles subies par les communautés chrétiennes atteignant des niveaux exceptionnels. Dans les États où des attaques ont eu lieu, le taux de meurtres de chrétiens était 5,2 fois supérieur à celui des musulmans, proportionnellement à leur population, indique le rapport.<br /> <br /> Pourtant, la religion n'est pas le principal moteur de cette violence effroyable. Il s'agit plutôt de la concurrence acharnée pour des ressources en terre et en eau de plus en plus rares, parmi d'autres facteurs , même si le fait que les éleveurs nomades soient souvent des Peuls musulmans et les agriculteurs sédentaires souvent des chrétiens amène parfois les observateurs à considérer la religion comme le mobile premier.<br /> <br /> Que ce soit par des frappes aériennes ou par des forces terrestres, l'intervention militaire américaine sur le terrain complexe du Nigeria comporte de nombreux risques, notamment d'importants dommages causés aux civils, ce qui aurait pour conséquence d'empirer la situation.<br /> https://responsiblestatecraft.org/nigeria-trump-christians/
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C
Pour être en mesure de lancer Serval, la France a dû solliciter un soutien logistique des USA, à savoir le transport des troupes et du matériel français par des avions cargo lourds C-17 Globemaster III de l'US Air Force. Sans cela, Paris aurait peut-être pu lancer l'opération mais sur une plus petite échelle et bien plus lentement.
A
L'inverse n'est pas vrai en tout cas...<br /> La France a consulté les États-Unis avant le début de l'opération Serval au Mali en 2013, mais les deux pays n'étaient pas totalement alignés, les USA soutenant l'intervention mais préférant une résolution africaine, tandis que la France prenait l'initiative pour stopper l'avancée jihadiste et sécuriser Bamako, obtenant un soutien logistique américain limité.
C
Je doute qu'une administration étatsunienne se soit jamais concertée avec l'UE pour mener sa politique africaine.
A
A Caius.<br /> Merci pour cet éclaircissement. Vous dites. " Je ne m'attends donc pas à grand chose de concret.".<br /> Moi non plus, mais ce qui inquiète UNE FOIS DE PLUS c'est le manque "apparent" de concertation avec les européens. J'ai l'impression qu'une fois de plus Trump veut faire cavalier seul...ou me trompes-je ?
C
A alea-jacta-est Tinubu, le président du Nigéria, est un mafieux notoire mais c'est aussi le dernier rempart de l'influence occidentale dans cette partie de l'Afrique, l'intervention hier de l'aviation nigérianne (et française) au Bénin pour tuer la tentative de coup d'état contre le président Talon en atteste. Je ne m'attends donc pas à grand chose de concrêt.
A
Merci Caius pour cet article qui explique bien à la fois la complexité d'une intervention et le risque d'enlisement...Disons que pour l'instant Trump fait comme à son habitude: il menace et met la pression...
R
C'est sûr : l'attention des médias se concentre sur la guerre en Ukraine, le conflit à Gaza, et beaucoup de drames sont passés sous silence : on ne parle guère non plus, par exemple, du sort réservé aux femmes en Afghanistan :<br /> <br /> <br /> https://www.lepoint.fr/debats/femmes-afghanes-ce-genocide-que-personne-ne-veut-nommer-05-12-2025-2604760_2.php
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A
Merci pour le lien qui rappelle la situation catastrophique des femmes en Afghanistan.<br /> Toutefois, dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui la "maison mère" est chez nous , en Europe, berceau de la chrétienté et le Vatican n'est pratiquement pas soutenu, du moins publiquement.<br /> Je suis tombé sur cette nouvelle par hasard grâce à l'article du POINT. Dès qu'il y a une action israélienne criticable sur Gaza je suis inondé de messages sur les réseaux, et là, que dalle !<br /> Abnousse Shalmani pointe bien le fait que ce n'est pas dû au hasard, ni même au fait qu'il y a d'autres conflits.<br /> Il y a une ignorance vraiment entretenue, un profil bas dans les médias...comme une campagne " Pas de vagues" mais qui n'ose pas porter pas son nom. <br />
M
Bonjour,<br /> Ah oui, les nouveaux méchants : les blancs, qui ne peuvent jamais être victimes de racisme car ils ont colonisé à une certaine époque et même pratiqué l'esclavage (c'est très mal, je suis d'accord mais l'esclavage pratiqué en Afrique et au Moyen Orient depuis des siècles, il ne faut pas en parler).<br /> Quant aux religions il est clair que l'islamophobie est le crime suprême... Qui se préoccupe de la persécution des chrétiens?<br /> pourtant :<br /> "L'index mondial de persécution réalisé en 2023, par l'organisation non gouvernementale (ONG) « Portes ouvertes », montre que les chrétiens sont le groupe religieux le plus persécuté au monde."<br /> Bon après-midi,<br /> Mo
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A
On est bien d'accord et on perçoit que l'idéologie Woke anti-blancs a vraiment pénétré les esprits, notamment à gauche...à tel point de provoquer une indifférence honteuse dénoncée à juste titre par Abnousse Shalmani.<br /> Aujourd'hui je me suis limité aux chrétiens car c'était le sujet de mon billet et je n'ai pas abordé la situation des athées. Maitre Richard Malka qui vient de gagner son procès contre LFI rappellait, je cite: " Dans 22 pays au monde où l'islam est la religion d'Etat l'athéisme est un crime: dans 12 d'entre eux il est puni de mort ".<br /> Bonne fin d'après-midi l'amie
L
Pauvres gens et jeunes gens persécutés pour leur foi. <br /> Les religions étaient sensées preserver la paix, la démocratie a mieux réussi à offrir une liberté et une stabilité sociale, et économique... Ce qui explique les migrations sud-nord. Rien qu'en Syrie c'est 80 % de chrétiens qui ont émigré depuis 2014.<br /> <br /> https://www.la-croix.com/religion/on-est-etrangers-dans-notre-pays-en-syrie-les-chretiens-menaces-d-effacement-demographique-20251127#:~:text=Selon%20un%20rapport%20de%20l,qui%20a%20frapp%C3%A9%20le%20pays.
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A
Merci Caius pour cet article qui parle de faits très graves et dont j'ignorais tout...Une terrible politique punitive !...c'est assez affolant, révoltant et très inquiétant.
C
Toutes les minorités non-musulmanes sont menacées en Syrie :<br /> <br /> AU CŒUR DE LA DISSIMULATION PAR L'ÉTAT SYRIEN DES ENLÈVEMENTS DE FEMMES ALAOUITES<br /> Non seulement les nouveaux dirigeants syriens sont complices d'une vague d'enlèvements visant les femmes alaouites, mais ils orchestrent également une sinistre campagne d’effacement des preuves.<br /> The Cradle<br /> <br /> Près d'un an après la chute du précédent gouvernement à Damas, la nouvelle administration syrienne soutenue par l'Occident et dirigée par l'ancien chef d'Al-Qaïda et président autoproclamé Ahmad al-Sharaa (Abu Mohammad al-Julani) est empêtrée dans un scandale révoltant : l'enlèvement systématique, le viol et le « mariage » forcé de femmes alaouites, suivis d'une campagne médiatique calculée qui oblige les victimes à nier leur enlèvement devant les caméras.<br /> <br /> Cette campagne consiste notamment à forcer des femmes comme Mira Jalal Thabet, Lana Ahmed, Nagham Issa et Mai Salim Saloum à apparaître dans des vidéos mises en scène diffusées par des médias pro-gouvernementaux, affirmant que leur disparition était volontaire. L'objectif est de manipuler les familles, d'effacer les preuves et de mettre fin aux enquêtes des médias.<br /> <br /> LE GOUVERNEMENT « ENQUÊTE » SUR LES ENLÈVEMENTS<br /> <br /> « Il n'y a pas, pour ainsi dire, de « phénomène d'enlèvements de femmes sur la côte syrienne » », a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Noureddin al-Baba, au média pro-gouvernemental Levant 24 le 2 novembre.<br /> <br /> « Les véritables enlèvements sont très rares. Mais l'abondance de faux rapports d'enlèvements a éclipsé les vrais. »<br /> <br /> Il a affirmé qu'après avoir enquêté sur 42 enlèvements présumés de femmes alaouites, le ministère n'avait trouvé qu'un seul cas confirmé.<br /> <br /> Cependant, les déclarations du porte-parole du ministère ignorent les dizaines de cas d'enlèvements confirmés par des groupes de défense des droits humains et des médias internationaux et locaux depuis l'arrivée au pouvoir de Sharaa il y a près d'un an, notamment par la Commission d'enquête des Nations unies, Reuters, Amnesty International, Al-Daraj, The Spectator et The Cradle. <br /> <br /> LE CAS DE MIRA JALAL THABET<br /> <br /> Levant 24 a signalé deux cas présumés de « faux enlèvements », à savoir ceux de Mira Jalal Thabet et Nagham Issa. <br /> <br /> Mira Jalal Thabet vivait avec ses parents dans le village d'Al-Makhtabiya, dans la région rurale de Telkalakh, dans le gouvernorat de Homs.<br /> <br /> Elle suivait des cours à l'Institut de formation des enseignants de la ville de Homs. Cependant, selon le père de Mira, elle n'était plus autorisée à se rendre en ville pour suivre les cours en raison de l'insécurité qui régnait depuis la chute de l'ancien président syrien Bachar al-Assad l'année dernière. <br /> <br /> Le père de Mira a toutefois expliqué qu'une femme prétendant travailler à l'institut l'avait contacté, lui et sa femme, par téléphone pour les encourager à autoriser Mira à passer l'examen final. La femme a insisté pour que le père de Mira l'accompagne à l'institut le dimanche 27 avril à cette fin.<br /> <br /> Le père de Mira a accepté et, ce jour-là, il l'a conduite à l'institut. Comme par hasard, les agents de sécurité ont refusé de le laisser entrer dans le bâtiment, il a donc attendu dehors que Mira termine son examen. Mais Mira n'est jamais sortie du bâtiment. <br /> <br /> Les parents paniqués de Mira ont signalé sa disparition, accusant le personnel de l'institut d'être impliqué dans son enlèvement. Le personnel a ensuite affirmé n'avoir jamais parlé aux parents de Mira, ni leur avoir demandé de l'amener passer le test. Mais le père de Mira a déclaré que cela était impossible, car la femme qui les avait appelés disposait d'informations détaillées sur Mira en tant qu'étudiante à l'institut.<br /> <br /> Mira est réapparue dans son village deux semaines plus tard, le 8 mai, dans des circonstances étranges. Des photos la montraient vêtue d'une burqa de style afghan, escortée par des hommes armés et tirée par le poignet par un homme prétendant être son nouveau mari.<br /> <br /> Les photos de Mira sont devenues virales parmi les Syriens sur les réseaux sociaux, mettant en lumière la question de l'enlèvement des femmes alaouites et créant un problème de relations publiques pour le nouveau gouvernement.<br /> <br /> L'Observatoire syrien des droits de l'homme (SOHR), basé au Royaume-Uni, a déclaré qu'un « sentiment de colère générale » régnait dans toute la Syrie à propos de l'affaire Mira, alors que des informations faisaient état de sa remise à un groupe armé à Homs et de l'arrestation de son père. <br /> <br /> L'affaire Mira semblait être « une transformation évidente d'un cas d'enlèvement en un « mariage consensuel » sous protection sécuritaire », a écrit le groupe de défense des droits humains.<br /> <br /> L E MAQUILLAGE<br /> <br /> Cependant, les médias et les journalistes inféodés au gouvernement de Damas ont rapidement lancé une campagne médiatique affirmant qu'elle n'avait pas été kidnappée, mais qu'elle s'était enfuie volontairement pour épouser un jeune homme sunnite qu'elle aimait depuis des années.<br /> <br /> Une vidéo a été diffusée le 9 mai, montrant Amir Abdulbaky, un journaliste travaillant pour la chaîne de télévision publique Al Ekhbariya, interviewant Mira chez elle. <br /> <br /> Elle est assise sur le canapé aux côtés de son prétendu mari, un jeune homme nommé Ahmed. Le journaliste Abdulbaky, qui compte 250 000 followers sur Facebook, s'adresse d'abord à Ahmed pour lui demander ce qui s'est passé. Celui-ci nie avoir kidnappé Mira, affirmant qu'elle a quitté son domicile en raison de pressions familiales et qu'ils se sont mariés. <br /> <br /> Pendant qu'Ahmed parle, Mira semble très clairement nerveuse et effrayée. Le journaliste se tourne alors vers Mira, qui insiste sur le fait qu'« il n'y a pas eu de kidnapping ».<br /> <br /> « En conclusion, pourquoi transforme-t-on des histoires d'amour en enlèvements et en chantages, et les diffuse-t-on de manière inappropriée ? » déclare le journaliste, minimisant ainsi l'indignation publique.<br /> <br /> Bien qu'ils soient chez Mira, ses parents sont introuvables. Comme indiqué précédemment, le père aurait été arrêté deux jours auparavant.<br /> <br /> Aucune explication n'est fournie quant à son apparence effrayée, ni sur ses déplacements pendant les deux semaines suivant sa disparition, ni sur les raisons de sa réapparition accompagnée des forces de sécurité gouvernementales.<br /> <br /> Des photos circulant également sur les réseaux sociaux montrent Ahmed et le journaliste Abdulbaky célébrant ensemble la chute d'Assad en décembre dernier. Ceci laisse supposer qu'ils se connaissaient déjà et a alimenté les spéculations selon lesquelles Ahmed aurait été recruté pour se faire passer pour le mari de Mira.<br /> <br /> Lors d'une autre interview vidéo publiée le même jour, Mira remonte discrètement la manche de sa burqa pour révéler des blessures à son poignet, qui semblent être de profondes contusions ou des brûlures. Elle fait ce geste pendant qu'Ahmed parle, avant de rabaisser sa manche, dans une tentative apparente de montrer qu'elle a été maltraitée.<br /> <br /> Une autre vidéo d'une interview de Mira et Ahmed dans la rue à Homs a été diffusée par Levant 24 le lendemain, soi-disant pour montrer « la véritable histoire racontée par Mira elle-même », selon le journaliste qui l'interviewait.<br /> <br /> Mira affirme à nouveau qu'elle n'a pas été kidnappée ; cependant, elle n'a pas pu s'exprimer librement lors des interviews, car elle était toujours accompagnée d'Ahmed et peut-être d'autres personnes non visibles à la caméra.<br /> <br /> Comme elle paraissait beaucoup plus à l'aise dans cette vidéo et qu'elle souriait même par moments, cela a été considéré comme la preuve qu'elle n'avait pas été kidnappée et qu'elle avait librement choisi d'épouser le jeune Ahmed.<br /> <br /> Cette image a été renforcée par des vidéos ultérieures, diffusées par les médias syriens, montrant Mira et Ahmed faisant joyeusement du shopping ensemble et parlant comme des influenceurs des réseaux sociaux.<br /> <br /> Une explication possible est que Mira était atteinte du syndrome de Stockholm , un phénomène où une personne kidnappée finit par éprouver de la sympathie pour ses ravisseurs. <br /> <br /> Malgré cela, la journaliste Qatiba Yassin de Syria TV a présenté son cas comme « preuve » que les informations selon lesquelles des extrémistes sunnites kidnappaient des filles alaouites et les forçaient à se marier étaient toutes fausses.<br /> <br /> « Que tout le monde sache qu’en Syrie, il n’existe ni “donner des filles” ni “jihad al-nikah” [jihad sexuel]. Aucun enlèvement. Pas un seul cas n’a été recensé, quel que soit le camp impliqué dans le conflit, depuis 2011. Ce ne sont que des accusations », a-t-il écrit sur X à ses plus de 500 000 abonnés.<br /> <br /> De façon choquante, il a affirmé dans le même message que « même Daesh [ISIS] n'avait pas d'esclaves sexuelles », alors même que le djihad sexuel et la pratique de l'EI consistant à prendre des femmes yézidies comme esclaves sexuelles dans le nord de l'Irak sont bien documentés.<br /> <br /> Yassin a ensuite proféré une menace voilée à l'encontre des militants des droits de l'homme et des journalistes qui tentaient de documenter les cas d'enlèvement, et a demandé à ses abonnés sur X de les signaler.<br /> <br /> « Vous tenterez de tromper… Nous démasquerons vos mensonges et révélerons la vérité », a-t-il écrit.<br /> <br /> Mais le père de Mira continuait d'insister sur le fait que sa fille avait été kidnappée, accusant des membres de l'Institut d'enseignement d'avoir facilité l'enlèvement en le convainquant de l'amener à l'examen. <br /> <br /> En octobre, une fois l'attention médiatique autour de Mira retombée, des hommes armés à moto ont attaqué un salon de coiffure appartenant au père de Mira à Al-Mukhtabiya, lançant une grenade et l’arrosant de tirs nourris.<br /> <br /> L'attaque a tué deux jeunes hommes, Muhammad al-Qasim et Muhi al-Din Awad, et a blessé le père et le frère de Mira, ainsi qu'un jeune homme nommé Hussein Shweiti, dont l'état était critique.<br /> <br /> Étant donné que les familles de nombreuses victimes d'enlèvement sont menacées si elles témoignent, il est difficile de croire que la tentative d'assassinat du père de Mira n'était qu'une simple coïncidence.<br /> <br /> L'AFFAIRE LANA AHMED<br /> <br /> L'affirmation selon laquelle les femmes alaouites fuyaient simplement pour épouser des amants extrémistes sunnites a refait surface après la diffusion en ligne, le 30 mai, d'une vidéo d'une jeune fille alaouite de 15 ans, Lana Ahmed. <br /> <br /> Dans la vidéo, Lana apparaît voilée de blanc, marchant aux côtés d'un jeune homme qu'elle aurait épousé. Cette fois, aucun journaliste n'est présent. Ils se filment en selfie pendant leur marche. <br /> <br /> « J’apparais dans cette vidéo pour clarifier que je n’ai pas été kidnappée… Toutes les histoires qui circulent à mon sujet sont de fausses rumeurs. Je parle maintenant sans aucune pression ni menace », a-t-elle déclaré.<br /> <br /> La vidéo de Lana était une réponse à une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par sa mère, Aziza, trois jours auparavant.<br /> <br /> Dans ce message, Aziza explique que Lana a été kidnappée et implore désespérément qu'on lui rende sa fille.<br /> <br /> Lana avait été enlevée deux mois auparavant, le 25 mars, dans le quartier huppé d'Al-Awqaf, dans la ville côtière de Lattaquié , qui avait connu une vague de violences sectaires contre la population alaouite. <br /> <br /> Les ravisseurs ont ensuite envoyé une photo de Lana montrant des ecchymoses évidentes, exigeant une grosse somme d'argent de sa mère en échange de sa libération.<br /> <br /> Aziza a témoigné anonymement au sujet de Lana auprès de journalistes d' Al-Daraj pour un reportage du 14 avril , qui documentait le cas de dix femmes et filles enlevées. Cependant, Aziza était initialement trop terrifiée pour parler publiquement.<br /> <br /> Mais Aziza a changé d'avis lorsqu'elle a vu que deux autres jeunes filles alaouites kidnappées avaient été libérées après que leur mère eut lancé un appel public similaire sur les réseaux sociaux. <br /> <br /> Un ami de la famille de Lana a informé The Cradle qu'il était absurde de prétendre que Lana se soit enfuie pour épouser un jeune garçon sunnite :<br /> <br /> « Elle n'avait que 15 ans, elle profitait de la vie et se préparait à partir étudier en Allemagne après le lycée. Issue d'une famille relativement aisée d'un bon quartier de Lattaquié, elle était mineure. Pourquoi aurait-elle épousé subitement un musulman conservateur ? Ses ravisseurs ont envoyé à sa famille une photo de son visage tuméfié. Cette image, devenue virale et source d'humiliation, a conduit à la diffusion de la vidéo de Lana portant le hijab blanc. » <br /> <br /> L'AFFAIRE MAI SALIM SALOUM<br /> <br /> Le matin du 21 juin, Mai Salim Saloum, une enseignante de 40 ans, a disparu après un rendez-vous chez le dentiste dans la ville de Lattaquié, faisant craindre qu'elle ait elle aussi été kidnappée.<br /> <br /> Deux jours plus tard, ses jeunes enfants, deux filles et un garçon, ont publié une vidéo poignante sur Facebook, demandant des nouvelles de leur mère. « Nous voulons que vous nous la rameniez au plus vite. Elle ne vous a rien fait. Nous la voulons de retour », a déclaré sa fille en pleurs. <br /> <br /> Étrangement, une vidéo a circulé le lendemain sur Facebook montrant Mai assise dans une pièce, portant le hijab. Dans la vidéo, elle explique être venue à Alep et ne pas vouloir retourner à Lattaquié. Derrière la caméra, un homme inconnu lui demande si elle a disparu ou si elle a été enlevée. Elle répond que non. <br /> <br /> La vidéo est courte, seulement 29 secondes, et ressemble à un interrogatoire. Mai ne sourit pas et ne laisse rien paraître de son état. <br /> <br /> L'homme lui demande également si elle a communiqué avec son frère, et elle répond que oui. <br /> <br /> Cependant, selon un proche de Mai qui s'est confié à The Cradle , Mai n'avait parlé ni à son frère ni à aucun membre de sa famille, et son téléphone portable était éteint depuis sa disparition.<br /> <br /> « Depuis son enlèvement, nous n’avons plus entendu sa voix », confie le proche.<br /> <br /> Début août, Mai a été conduite dans un commissariat de la campagne d'Alep, où son mari et ses enfants l'ont brièvement vue. Ils ont déclaré qu'elle semblait profondément traumatisée et qu'elle ne reconnaissait même pas son propre fils, ce qui leur a fait craindre qu'elle ait été droguée. <br /> <br /> Quelques jours plus tard, Mai a été transférée d'Alep à un commissariat de police de Lattaquié. Sa famille, accompagnée d'un avocat, est allée la voir et a demandé un test sanguin et un examen médico-légal. La police de Lattaquié a refusé la demande, invoquant une enquête en cours. <br /> <br /> Son frère, Mahdi, a déclaré dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux que lorsqu'il a tenté de lui rendre visite au commissariat, le capitaine lui a demandé de partir et d'attendre un appel dans trois heures. Cependant, Mahdi a insisté pour apporter à manger à sa sœur et, à son retour, il a eu la surprise de constater que Mai avait disparu.<br /> <br /> La police lui a dit qu'elle était partie car elle était « majeure et libre » d'aller où elle voulait. Il leur a répondu que le capitaine lui avait demandé d'attendre un appel de sa part au bout de trois heures, alors comment pouvaient-ils la laisser partir de cette façon ?<br /> <br /> Mai avait été ramenée à Alep, où le média progouvernemental Zaman al-Wasl a mené une « interview » avec elle deux jours plus tard pour démontrer que les « rumeurs » selon lesquelles elle avait été kidnappée étaient « complètement fausses ». <br /> <br /> Elle affirme avoir connu une « renaissance » le 21 juin (jour de sa disparition) et que les 43 jours passés à Alep avec sa nouvelle famille lui ont donné l'impression de vivre au « paradis ». <br /> <br /> Mai a nié avoir été droguée ou ne pas avoir reconnu son fils lors de sa garde à vue. Elle a également affirmé avoir été victime de violences conjugales. <br /> <br /> « Ma décision est définitive, je ne pars pas d'ici et je ne retournerai pas auprès de ma famille ni de mon mari », a-t-elle déclaré.<br /> <br /> Mais pour sa famille, rien de tout cela n'avait de sens. Trois jours plus tard, son mari et ses enfants ont publié une vidéo en réponse. <br /> <br /> « Maman, tu nous manques. Tes câlins nous manquent. On te connaît. On sait que tu as été forcée de dire ce que tu as dit », a déclaré sa plus jeune fille en sanglotant et en serrant une photo de sa mère. <br /> <br /> « S'il te plaît, reviens, maman. Je n'en peux plus. Tu as dit que tu étais née le 21 juin, mais ce jour-là, nous sommes tous morts », a-t-elle dit.<br /> <br /> L'AFFAIRE NAGHAM ISSA<br /> <br /> La question des enlèvements s'est avérée particulièrement embarrassante pour les autorités syriennes le 27 juin, lorsque Reuters a publié un reportage qui a suscité une large attention en documentant les cas de 33 femmes enlevées, sur la base de témoignages des familles des victimes.<br /> <br /> Le reportage de Reuters a été suivi une semaine plus tard, le 5 juillet, par un article de l'ancien journaliste de la BBC, Paul Wood, dans le magazine britannique The Spectator, qui a également suscité un vif intérêt.<br /> <br /> L'article relatait le cas de Nagham Issa, une femme alaouite disparue plusieurs mois auparavant, le 2 février, dans le quartier d'Akrama à Homs.<br /> <br /> L'affaire Nagham est devenue virale cinq jours plus tard lorsqu'une photo a circulé en ligne montrant apparemment le corps sans vie de Nagham couvert de sang, aux côtés de celui d'une autre femme inconnue.<br /> <br /> « Un flot de désinformation » s’est immédiatement répandu pour salir la réputation de Nagham et justifier son meurtre, a rapporté l’organisation syrienne de vérification des faits, Taakad . <br /> <br /> Des publications sur les réseaux sociaux ont circulé, affirmant de manière incongrue que Nagham était responsable de la torture de « prisonnières dans les prisons de l'ancien régime ». <br /> <br /> Takaad a confirmé auprès de la famille de Nagham qu'elle avait été kidnappée et que ses ravisseurs exigeaient une rançon de 500 millions de livres syriennes (40.000 dollars) pour sa libération, une somme que sa famille était incapable des payer.<br /> <br /> Puis, en mars, une vidéo a circulé en ligne montrant que Nagham était en réalité toujours en vie. Vêtue d'un hijab et d'une veste rose, elle nie toute implication de la Sûreté générale – les forces de sécurité intérieure syriennes – dans sa disparition.<br /> <br /> Selon Inana Barakat, militante alaouite, Nagham a été forcée de réaliser la vidéo par l'homme qui l'a vendue après son enlèvement, en échange de la libération de son père et de son frère, arrêtés par la Sûreté générale.<br /> <br /> Cependant, Nagham a réussi à s'échapper après avoir été emmenée au Liban par son ravisseur. Grâce à l'aide du militant Barakat, Paul Wood, du journal The Spectator, a pu s'entretenir avec elle via WhatsApp.<br /> <br /> Nagham a raconté à Wood qu'elle avait été jetée dans une camionnette par six hommes portant des cagoules noires, emmenée dans un autre lieu et violée en réunion.<br /> <br /> Ses ravisseurs ont abattu une autre femme, plus âgée, qui avait également été enlevée, et ont recueilli un peu de son sang dans un seau. <br /> <br /> Ils ont ordonné à Nagham de s'allonger et ont versé du sang près de sa tête. Ils l'ont ensuite photographiée et ont publié les photos en ligne pour simuler sa mort et convaincre sa famille d'abandonner les recherches.<br /> <br /> Les ravisseurs de Nagham l'ont ensuite vendue à un « émir » qui semblait occuper une position importante au sein d'une faction armée syrienne affiliée à l'armée syrienne. L'émir l'a emmenée au Liban, où il se rendait fréquemment, et l'a séquestrée dans une maison.<br /> <br /> Après que Nagham eut réussi à s'échapper, l'émir appela ses parents pour leur dire qu'il les tuerait si elle ne revenait pas auprès de lui.<br /> <br /> Le 6 juillet, au lendemain de la publication de l'article du Spectator , le cheikh Anas Ayrout, membre du Conseil des fatwas du président Sharaa, est apparu en direct à la télévision pour affirmer qu'il n'y avait pas d'enlèvements de femmes alaouites, qualifiant toute allégation de ce genre de « mensonge flagrant ».<br /> <br /> Ayrout est bien connu sur la côte syrienne pour avoir mené des manifestations contre Assad au début de la guerre et pour avoir prononcé des sermons filmés incitant au meurtre d'Alaouites dans la ville de Baniyas.<br /> <br /> AMNESTY INTERNATIONAL ET L'ONU CONFIRMENT DES ENLÈVEMENTS<br /> <br /> Mais la pression internationale s'est intensifiée. Quelques jours plus tard, Sharaa annonça la création d'une commission gouvernementale chargée d'enquêter sur les allégations d'enlèvement.<br /> <br /> Le 28 juillet, peu après l'annonce par le gouvernement de l'ouverture d'une enquête, Amnesty International a déclaré avoir reçu des informations crédibles concernant l'enlèvement d'au moins 36 femmes et filles alaouites depuis février.<br /> <br /> Parmi les cas documentés par Amnesty International figurent l'enlèvement en plein jour de cinq femmes alaouites et de trois filles alaouites de moins de 18 ans. L'une des victimes n'avait que trois ans.<br /> <br /> « Dans tous les cas documentés, sauf un, les forces de police et de sécurité n'ont pas enquêté efficacement sur le sort et le lieu où se trouvaient les femmes et les filles », a rapporté Amnesty International.<br /> <br /> La Commission d'enquête des Nations Unies sur la Syrie a publié un rapport deux semaines plus tard, le 11 août, confirmant six cas d'enlèvements de femmes alaouites, dont deux cas de mariages forcés. La Commission a également indiqué avoir reçu des informations crédibles concernant d'autres enlèvements.<br /> <br /> Le communiqué a également confirmé l'enlèvement de Nagham, évoquant les détails de son affaire après s'être entretenu avec elle, mais sans la nommer.<br /> <br /> UN RÉCIT CONSTRUIT PAR L'ÉTAT S'EFFONDRE<br /> <br /> L'affaire Nagham a refait surface le 27 octobre, lorsque le ministère syrien de l'Intérieur a diffusé une vidéo montrant ses parents, son ex-mari et sa sœur affirmant qu'elle n'avait pas été enlevée, mais qu'elle s'était enfuie au Liban avec un amant. Ils ont prétendu qu'elle avait été payée pour simuler l'enlèvement, puis qu'elle avait raconté cette fausse histoire à l'ONU et à Amnesty International pour la médiatiser.<br /> <br /> Le journaliste de la télévision syrienne Qatib Yassin a utilisé la vidéo des membres de la famille de Nagham pour affirmer une fois de plus que tous les cas d'enlèvement étaient purement et simplement inventés.<br /> <br /> « Mettez fin à cette œuvre lâche, vile et humiliante contre les femmes, l’humanité et le genre humain », a-t-il déclaré .<br /> <br /> Toutefois, il est probable que la famille parlait sous la menace de violences, répétant un discours préparé à l'avance pendant sa détention par le ministère de l'Intérieur. <br /> <br /> Quelques jours plus tard, le ministère a publié une déclaration surprenante : 41 des 42 cas d’enlèvement qu’il aurait examinés seraient faux. Levant 24 a notamment cité les cas de Mira et Nagham. Cela laisse penser que la diffusion de la vidéo de la famille de Nagham a été orchestrée pour étayer les affirmations de cette enquête bidon.<br /> <br /> Cependant, un examen plus approfondi des cas de Mira, Nagham, Mai et Lana révèle que leurs enlèvements n'étaient pas simulés. Il en va de même pour les autres cas documentés par les médias internationaux, les organisations de défense des droits humains et l'ONU.
A
J'ai forcément pensé à ton pays natal en écrivant ce billet. <br /> Merci pour le lien et pour ce rappel sur la situation particulièrement préoccupante des chrétiens de Syrie.<br /> " 80 % de chrétiens qui ont émigré depuis 2014." c'est dire l'ampleur du problème !<br />