Ce que l'affaire NEXPERIA révèle de l'incapacité de l'Europe à défendre les secteurs stratégiques de l'industrie...

Publié le 30 Novembre 2025

Bonjour les amis,

Alors que j'écoutais hier soir François Cocq (ancien membre de LFI banni de l'organisation par Mélenchon en 2019 sur un simple tweet) parler dans une vidéo Youtube de l'incapacité de l'Europe à définir une stratégie diplomatique et industrielle cohérente, j'ai découvert une histoire assez édifiante concernant l'entreprise néerlandaise NEXPERIA, une entreprise qui travaille dans un domaine stratégique pour l'UE, celui des puces électroniques qu'on retrouve, entre autres, dans nos voitures.

L'explication commence sur le lien ci-dessous à 29 minutes 30 secondes et se termine à 36 minutes.

 7 minutes au total pour prendre connaissance d'une histoire assez dingue.

Donc résumons-nous de manière simplifiée:


1.- Nexperia est une entreprise florissante européenne dans un domaine stratégique.

2.- Son sous-traitant chinois Wingtech Technology la rachète sans que ça ne pose de problèmes à personne, ni au gouvernement hollandais, ni à l'UE.

3.- Trump sanctionne l'entreprise chinoise Wingtech et la met sur liste noire, de manière arbitraire comme à son habitude.

4.- Le gouvernement hollandais reprend ses parts dans l'achat de Nexperia pour échapper aux sanctions américaines.

5.- Le sous-traitant chinois ne renvoie plus les puces en Europe. En effet les puces sont fabriquées en Europe, puis envoyées en Chine pour la finition, puis renvoyées en Europe. Donc c'est le renvoi qui n'est plus effectué et qui bloque la chaîne de production.

6.- Trump-la-girouette, pour éviter des mesures de rétorsion de la Chine sur les terres rares, lève de manière toujours aussi arbitraire sa sanction contre Wingtech. 

7.- Ouf ! Les européens peuvent continuer de fabriquer et de disposer des puces NEXPERIA.

Alors vous aurez remarqué que toute cette histoire est une incroyable partie de ping-pong entre les Etats-Unis et la Chine, et que les européens assistent en spectateur et ne font que compter les points.

Une partie de ping-pong qui concerne une entreprise européenne, et avec des européens qui n'ont plus la moindre prise sur une industrie qui leur appartient et qui leur est stratégique. Edifiant, non ?

Peut-on imaginer métaphore plus illustrative de notre incapacité ?

PS: Si vous êtes curieux n'hésitez pas à écouter la vidéo entière car elle aborde l'ensemble de l'avenir de l'Europe, notamment avec la question des futurs élargissements et de leurs impacts économiques qui pourraient être très destabilisants.

Je n'ai pas d'avis définitivement tranché sur ces questions mais j'écoute les uns et les autres. Les craintes de François Cocq me paraissent dignes d'être écoutées.

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Je me suis amusé à poser cette question à l'IA Copilot :<br /> <br /> "Les élites politiques de l'UE on-elle des caractères de plus en plus marqués de compradorisme ?"<br /> <br /> Réponse : <br /> <br /> "L’idée que les élites politiques de l’UE présentent des traits de « compradorisme » (c’est-à-dire une dépendance structurelle à des intérêts extérieurs, souvent économiques ou géopolitiques) n’est pas formulée explicitement dans la littérature académique, mais plusieurs analyses pointent des dynamiques qui peuvent s’en rapprocher :<br /> <br /> 1. Fracture entre élites et souveraineté populaire<br /> <br /> Depuis les origines de la construction européenne, un biais élitiste est relevé : les décisions majeures ont été prises par des groupes restreints, souvent technocratiques, avec une faible délibération démocratique directe.<br /> <br /> Cette distance s’est accentuée avec la montée des politiques de « gouvernance » et l’intégration des groupes d’intérêt transnationaux (entreprises, lobbies), au détriment des mécanismes classiques de souveraineté populaire. [monde-dipl...matique.fr]<br /> <br /> <br /> 2. Dépendance aux marchés et aux créanciers<br /> <br /> Les travaux sur la légitimité de l’UE montrent une tension croissante entre les électeurs et les créanciers : les politiques macro-économiques (austérité, discipline budgétaire) sont souvent dictées par la nécessité de rassurer les marchés financiers et les institutions internationales, ce qui alimente l’idée d’une élite « médiatrice » entre capital global et États membres. [shs.cairn.info]<br /> <br /> <br /> 3. Réseaux transnationaux et influence externe<br /> <br /> Les élites européennes sont fortement intégrées dans des réseaux transnationaux (think tanks, multinationales, institutions financières), ce qui renforce leur orientation vers des normes globalisées plutôt que vers des priorités nationales.<br /> <br /> Cette logique est proche du concept de compradorisme : une élite qui tire son pouvoir de son rôle d’intermédiaire entre l’économie mondiale et les sociétés locales. [ehne.fr]<br /> <br /> <br /> 4. Dimension néolibérale<br /> <br /> Plusieurs analyses soulignent que la construction européenne a consolidé un cadre néolibéral, réduisant la marge de manœuvre des États pour des politiques sociales ou protectionnistes.<br /> <br /> Ce choix structurel, souvent présenté comme « technique », traduit une alignement sur les intérêts du capital transnational, ce qui nourrit la critique d’une élite « déconnectée » et orientée vers des logiques externes. [monde-dipl...matique.fr]<br /> <br /> <br /> ✅ En résumé :<br /> Sans employer le terme « compradorisme », la recherche décrit une élitisation transnationale, marquée par :<br /> <br /> une priorité donnée aux marchés et aux créanciers,<br /> une intégration dans des réseaux globaux,<br /> et une fracture démocratique persistante.
Répondre
A
Et bien c'est une réponse de qualité de l'IA qui résume bien l'ensemble des problèmes dont souffre l'UE sur cette question.<br /> J'avoue que la construction européenne me plonge en pleine perplexité parfois, mais j'adhère encore au point de vue de Jean Quatremer dans son livre " Les salauds de l'Europe" : Guide à l'usage des eurosceptique . Dans son livre, il démonte les idées reçues tout en pointant les dysfonctionnements et les compromissions des élites européennes et nationales, rappelant pourquoi, malgré ses défauts, la construction européenne reste essentielle.
R
C'est sûr : nous sommes dépendants de la Chine et aussi des Etats-Unis à bien des égards : on l'a vu lors du Covid, on le voit dans la guerre en Ukraine où Trump dicte sa loi...<br /> <br /> Voici une émission, sur France Culture qui évoque ce problème :<br /> <br /> <br /> <br /> https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/entendez-vous-l-eco/affaire-nexperia-l-ue-est-elle-prisonniere-de-sa-dependance-technologique-3664846
Répondre
A
Merci pour ce lien qui donne davantage de précisions. Nexperia n'était pas aussi stratégique au moment de son rachat qu'il ne l'est devenu par la suite. Malgré tout les 2 intervenants pointent bien du doigt notre grande vulnérabilité face aux USA et à la Chine.<br /> Tommaso Pardi, explique que c'est un problème de gouvernance européenne : "Le problème, c'est que le gouvernement européen est un gouvernement par définition incomplet. " dit-il.<br /> PS: Tommaso Pardi est codirecteur à l'ENS de Cachan qui a été mon centre de formation profesionnelle...<br /> PS nº 2: l'ensemble de la vidéo que j'ai mis en lien est vraiment interessant et mérite d'être écouté car sont abordés des thèmes qui vont conditionner fortement notre avenir en Europe.
M
Nous sommes clairement sous l'emprise américaine nonobstant le fantoche qui sert de président à la France et qui ridiculise notre pays tous les jours.<br /> L'Espagne je ne sais pas trop comment elle se débrouille mais peut-être moins mal que la France..<br /> Quant à l'UE, elle se préoccupe davantage de sceller les bouchons aux bouteilles plastiques ou de promouvoir le voilement des fillettes que de défendre l'économie européenne. <br /> Il faut dire que la présidente de la commission européenne se soucie essentiellement des ventes des voitures allemandes à l'exportation.
Répondre
A
Merci Caius pour cet exemple illustratif...<br /> Par ailleurs certains des nouveaux arrivants de l'UE ( Pologne-républiques baltes...) sont tellement atlantistes qu'ils agissent au sein de l'union comme des porte-paroles des intérêts US, comme le rappelle souvent Pascal Boniface.<br /> Et si on remonte aux sources, selon certaines personnalités politiques comme Gérard De Villiers, l'idée même de l'intégration européenne a été conçue aux États-Unis, notamment par le Comité américain pour une Europe unie (American Committee for a United Europe, ACUE), financé par des agences américaines.
C
"...on n'a pas la classe politique qui ait la stature nécessaire pour relever le défi qui se présente devant nous. Hélas !"<br /> <br /> Je crois que tout est dit : <br /> <br /> "Cet alignement a un avantage politique évident. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte s'est plié docilement à la pression américaine exercée sur ASML, le premier fabricant d'équipements pour la production de puces électroniques, afin qu'il cesse ses exportations vers la Chine, puis s'est installé à Bruxelles en tant que secrétaire général de l'OTAN, une promotion bien méritée pour avoir consolidé un système synchronisant l'industrie et la défense avec les priorités américaines. Sans oublier qu'il a plus tard baisé la bague de « Papa » Trump : « L'Europe va payer un lourd tribut. »<br /> <br /> Cette position perdure sous son successeur, Dick Schoof, ancien chef des services généraux de renseignement et de sécurité, issu du même establishment néerlandais que Rutte. Il envisage l'avenir à travers le même prisme américain, consolidant la position des Pays-Bas en tant qu'avant-poste opérationnel au sein d'un ordre défini par les États-Unis : « Je pense qu'ensemble, nous avons accompli aujourd'hui un grand exploit au sein de l'OTAN... en nous mettant d'accord sur les 5 %. » Malheureusement pour les citoyens de l'UE, dans ce système, la loyauté envers Washington est récompensée, tandis que l'autonomie de leurs pays ne l'est pas."
A
On pourrait prendre le problème à l'envers Mo. On pourrait se dire que la crise que provoque Trump en Europe pourrait être une opportunité pour nous, pour construire une Europe réellement indépendante...économiquement, militairement.<br /> Mais quand je vois que l'Allemagne va acheter des F35 américains malgré tout ce qui vient de se passer je suis terriblement sceptique, limite désabusé...Tu as raison de souligner qu'on n'a pas la classe politique qui ait la stature nécessaire pour relever le défi qui se présente devant nous. Hélas !
L
Moi, par exemple, concernant l'élargissement de l'Union à l'Ukraine, je suis pour, en échange de la cession de territoires à la Russie, sans quoi il n'y aura pas de paix... <br /> <br /> Mais je ne suis pas pour à 100%, je crains les frontières poreuses, même si l'expérience de l'Ukraine peut nous apporter beaucoup en expérience de la guerre, en industrie d'armements, dont les drones, et autres domaines industriels... <br /> <br /> Il faut produire en Europe de A à Z
Répondre
A
Je n'ai acquis aucune certitude sur ce sujet des élargissements. Et pour être honnête je doute de plus en plus, sans renoncer toutefois au rêve que suppose une grande UE. Et maintenant la guerre est venue compliquer encore plus l'équation...j'écoute les uns et les autres. Je suis sensible aux avertissements des deux intervenants de la vidéo...En tout cas je ne vois aucune urgence à élargir. L'urgence c'est la paix...
C
Je présume que vous n'êtes pas conscient qu'une entrée de l'Ukraine dans l'UE serait le dernier clou dans le cercueil de l'agriculture de la France ?
C
Un point de vue qui complète votre article :<br /> <br /> TEST D'OBÉISSANCE DE l’EUROPE : UNE ENTREPRISE CHINOISE, UN ORDRE AMÉRICAIN<br /> Les dirigeants de l'UE scandent « indépendance », se passent les menottes, remercient Trump de garder les clés, puis blâment la Chine pour leurs blessures.<br /> par Sebastian Contin Trillo-Figueroa<br /> <br /> Un PDG chinois a récemment été destitué par un tribunal néerlandais pour des allégations de mauvaise gouvernance et de malversations financières.<br /> <br /> L'entreprise ? Nexperia, qui conçoit des semi-conducteurs. Le moment choisi ? Dix mois après que Washington ait mis sa société mère, Wingtech, sur liste noire. La justification ? La sécurité nationale, pour des puces utilisées dans les lave-vaisselle. La conséquence ? L'Europe a abandonné une autre partie de son cœur industriel parce que Trump l'a décidé.<br /> <br /> Si vous ne riez pas, c'est que vous n'avez pas été attentif. La saisie de Nexperia a été présentée comme une mesure de sécurité, mais les conclusions du tribunal contredisent la position du gouvernement. Il s'agissait moins d'une décision judiciaire que d'un hommage à l'autorité des États-Unis.<br /> <br /> Les responsables néerlandais ont insisté sur le fait qu'ils avaient agi « sans consulter aucun pays », une affirmation peu crédible pour quiconque n'est pas rémunéré par Bruxelles. Il ne fait aucun doute que cette saisie fait suite à des pressions exercées par les États-Unis. Les commentateurs chinois n'avaient pas besoin d'autres preuves ; les réactions en ligne ont été immédiates et impitoyables.<br /> <br /> La chorégraphie était trop précise pour être une coïncidence. Et en politique, une coïncidence est rarement une coïncidence. Des correspondances ont révélé que Washington avait averti La Haye : destituez la direction ou perdez l’accès à la technologie américaine. Lorsque Wingtech a été inscrite sur la US Entity List (NB : liste des entreprises, des personnes et des organisations étrangères sanctionnées par le département du Commerce des États-Unis) en décembre 2024, le compte à rebours a commencé.<br /> Le verdict néerlandais est tombé juste après l'instauration de nouvelles restrictions américaines à l'exportation. Les responsables américains ont clairement exprimé leur choix : en vertu de la « règle des 50 % de participation» du Bureau of Industry and Security du US Department of Commerce du 30 septembre, Nexperia serait passible de sanctions à moins que sa direction ne change.<br /> <br /> Les Pays-Bas se sont conformés (en… une seule journée !) en inventant une voie juridique pour transposer la politique américaine en droit néerlandais. La suspension du PDG Zhang Xuezheng – qui a purgé une peine de 17 mois de prison en Chine en 2005 – relevait davantage de la soumission que de la justice.<br /> Il convient de noter que Nexperia produit des puces traditionnelles – les composants omniprésents et à faible marge qui équipent les voitures et les appareils électroménagers, et non les missiles. Pourtant, même cela a déclenché une intervention américaine. Le véritable problème n'était donc pas la technologie, mais la propriété : la présence de capitaux chinois à l'intérieur des frontières européennes, employant des Européens et exerçant une concurrence libre dans un secteur que Washington considère désormais comme un monopole stratégique.<br /> <br /> Le plus comique réside dans le peu d'efforts déployés pour dissimuler les faits. Une loi de 1952 – la loi sur la disponibilité des biens – a été exhumée pour justifier la prise de pouvoir, l'angoisse de la Guerre froide étant utilisée pour justifier la capitulation actuelle. Le monde rivalise dans les domaines de l'IA, de l'informatique quantique et de la conception de puces électroniques, et pourtant l'Europe affirme sa position en exhumant des vestiges bureaucratiques pour faire appliquer les décisions d'autrui.<br /> <br /> Cet alignement a un avantage politique évident. Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte s'est plié docilement à la pression américaine exercée sur ASML, le premier fabricant d'équipements pour la production de puces électroniques, afin qu'il cesse ses exportations vers la Chine, puis s'est installé à Bruxelles en tant que secrétaire général de l'OTAN, une promotion bien méritée pour avoir consolidé un système synchronisant l'industrie et la défense avec les priorités américaines. Sans oublier qu'il a plus tard baisé la bague de « Papa » Trump : « L'Europe va payer un lourd tribut. »<br /> <br /> Cette position perdure sous son successeur, Dick Schoof, ancien chef des services généraux de renseignement et de sécurité, issu du même establishment néerlandais que Rutte. Il envisage l'avenir à travers le même prisme américain, consolidant la position des Pays-Bas en tant qu'avant-poste opérationnel au sein d'un ordre défini par les États-Unis : « Je pense qu'ensemble, nous avons accompli aujourd'hui un grand exploit au sein de l'OTAN... en nous mettant d'accord sur les 5 %. » Malheureusement pour les citoyens de l'UE, dans ce système, la loyauté envers Washington est récompensée, tandis que l'autonomie de leurs pays ne l'est pas.<br /> <br /> Pour la Chine, l'affaire a franchi une ligne rouge. Pékin a longtemps supposé que si Bruxelles suivait Washington en matière de sécurité, elle conservait son autonomie et son pouvoir discrétionnaire en matière commerciale. Nexperia a balayé cette illusion : les États-Unis dictent désormais non seulement ce que l'Europe peut vendre, mais aussi qui peut concevoir sur son sol.<br /> <br /> Résultat, Pékin a réagi rapidement en limitant les permis d'exportation pour les éléments de terres rares et en renforçant le contrôle sur les usines de Nexperia en Chine, tout en suspendant les exportations de puces vers l'Europe. Ce qui avait commencé comme un différend politique s'est rapidement transformé en crise industrielle. Les constructeurs automobiles européens ont mis en garde contre « une possible perturbation significative de la production automobile ».<br /> <br /> En quelques jours, les livraisons de semi-conducteurs chinois ont été interrompues, menaçant de paralyser les constructeurs automobiles allemands. Volkswagen a annoncé un possible arrêt de la production d'ici une semaine, Bosch se prépare à mettre son usine de Salzgitter au ralenti et l'Association allemande de l'industrie automobile (VDA) a averti que des pénuries d'unités de contrôle électronique pourraient paralyser les chaînes de montage, révélant ainsi la situation actuelle du tissu industriel européen, entre les sanctions de Washington et les représailles de Pékin.<br /> <br /> Dans les analyses chinoises, la même question revient sans cesse : pourquoi s’engager avec un bloc qui applique la politique américaine même s’il arbore une image de marque européenne ? Les contrats avec les entreprises européennes semblent désormais provisoires, soumis à l'approbation des États-Unis. Que se passera-t-il lorsqu'une nouvelle liste noire redéfinira le prochain fournisseur comme un risque ? Le message se répand déjà dans les conseils d’administration : l’Europe ne peut garantir la stabilité de sa propre réglementation.<br /> <br /> De fait, l' accord-cadre entre les États-Unis et l'UE d'août 2025 a scellé la capitulation. Bruxelles a accepté des droits de douane de 15 % sur la plupart de ses exportations tout en abolissant les « droits de douane sur tous les produits industriels américains ». Elle est allé plus loin en intégrant les contrôles américains à l'exportation dans la législation européenne et en s'engageant à acheter des puces IA américaines tout en surveillant les « fuites » vers des « destinations préoccupantes », traduisez la Chine.<br /> Présenté par les dirigeants de Bruxelles comme « le meilleur accord possible », il transforme l'UE en bras armé de la politique commerciale américaine. La clause 19 complète le tableau, contraignant l'Europe à un « alignement sur la sécurité économique » et l'obligeant à contrôler les investissements et à restreindre les flux de capitaux.<br /> <br /> Les entreprises continentales ont commencé à revoir leurs calculs. Pourquoi construire des chaînes d'approvisionnement dans une région où les ordres politiques extérieurs priment sur les contrats ? Pourquoi investir là où la propriété peut être annulée du jour au lendemain par des pressions étrangères ? Pourquoi transférer des technologies à des partenaires incapables de les protéger ? Chacune de ces questions appelle désormais une réponse unique : chercher ailleurs qu'au sein de l'UE.<br /> <br /> Comme le dit le proverbe chinois : « Qui plante des melons obtient des melons ; qui plante des haricots obtient des haricots 种瓜得瓜,种豆得豆. » Les actions ont des conséquences prévisibles, et Bruxelles en subira les conséquences. L'avenir de l'Europe dans le domaine des semi-conducteurs repose sur les équipements néerlandais, la production chinoise et les autorisations américaines. Supprimez un seul maillon, c'est tout le système qui s'effondre.<br /> <br /> Il est remarquable que les dirigeants européens aient réagi avec leur habituelle attitude défensive en présentant la Chine comme l'agresseur. Pourtant, ce qui ressort, vu de Chine, ce n'est pas l'hostilité, mais l'absence d'introspection. Peu d'analystes européens, voire aucun, ont présenté l'affaire Nexperia pour ce qu'elle est : un serment public d'obéissance déguisé en une politique qui nuit à l'autonomie industrielle de l'Europe dans son ensemble.<br /> <br /> Prenons l'exemple de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Après avoir soutenu avec ferveur le programme commercial et technologique de Washington, elle a présenté le 21 octobre le programme de la Commission pour 2026 sous le slogan cocasse « Le moment d'indépendance de l'Europe », tout en menaçant qu'« une nouvelle vague de contrôles des exportations chinoises pourrait perturber la production et augmenter les coûts ».<br /> <br /> Les dirigeants européens scandent « indépendance » comme un mantra, se passent les menottes, remercient Trump de garder les clés, puis accusent la Chine d'être responsable de leurs blessures. Imagine-t-on Merkel, Thatcher, Chirac, Juncker, Aznar ou Monti signer le tribut de défense de l'Europe – 5 % à l'OTAN – et un cadre tarifaire qui s'apparente à une légalisation de la perte de souveraineté ?<br /> Le rapport Draghi avertissait déjà que l'Europe accusait un retard de deux décennies dans le domaine des hautes technologies. Depuis lors, l'écart s'est creusé pour devenir un gouffre. Les États-Unis et la Chine développent leurs capacités, entremêlant économie, sécurité et technologie ; l'Europe affine ses procédures administratives et ses nouvelles formes de soumission.<br /> <br /> La reprise passerait par la création d'instruments financiers qui libèrent la technologie européenne du capital américain, de protections juridiques contre le contrôle extraterritorial et de dirigeants prêts à braver le mécontentement de Washington pour défendre les intérêts de l'Europe. Rien de tout cela ne semble imminent.<br /> <br /> Le continent dépend toujours des capitaux et de l'expertise de l'étranger, et il ne reste plus que deux sources. L'une a choisi d'extraire et de collecter ; l'autre hésite encore à décider si l'Europe entend se relever ou s'autodétruire.<br /> <br /> Tant que les gouvernements européens ne montreront pas de capacité à résister à la pression américaine, ils resteront ce qu'ils sont devenus : les provinces d'un empire confondant coercition et alliance. Vu de Pékin, cela paraît absurde. Le drame, c'est que les Européens semblent être les seuls à ne pas le voir.<br /> <br /> https://asiatimes.com/2025/10/europes-obedience-test-one-chinese-company-one-us-order/
Répondre
A
Merci pour ce 2 ème article qui montre que l'imbroglio juridique est loin d'être terminé...à suivre donc..
A
Merci Caius pour cet article qui en dit très long sur notre pseudo-indépendance. <br /> "les États-Unis dictent désormais non seulement ce que l'Europe peut vendre, mais aussi qui peut concevoir sur son sol."<br /> Ça en serait presque comique si les conséquences n'étaient pas aussi néfastes pour nous.<br /> <br /> PS: Dans la vidéo on apprend à 36 minutes que nos obus envoyés en Ukraine nécessitent de l'étoupe chinoise...Une Chine qui pour l'instant profite donc des 2 côtés en aidant les russes et les occidentaux (business...business) mais bien évidemment, là encore, il y a un manque d'indépendance de l'Europe sur un secteur stratégique.<br />
C
Asiatimes fait le point sur la situation :<br /> <br /> "Le bras de fer qui dure depuis deux mois entre la direction de Nexperia et sa maison mère, Wingtech Technology, reste dans l'impasse, malgré la volonté affichée par les gouvernements chinois et néerlandais d'apaiser les tensions."<br /> (...)<br /> "Certains commentateurs chinois ont reproché au gouvernement néerlandais de « revenir sur ses paroles », car la suspension de la décision ministérielle n’a pas pourtant permis à Zhang de reprendre son poste ni de recouvrer la plénitude de ses pouvoirs.<br /> <br /> « Les Pays-Bas continuent de dire une chose et d'en faire une autre. Même si l'arrêté ministériel a été suspendu, les décisions de justice et les mesures d'urgence restent en vigueur, et le contrôle des actionnaires chinois est toujours restreint », explique un chroniqueur basé dans la province du Hubei, qui écrit sous le pseudonyme de Chunqiu. « Pas étonnant que les Pays-Bas aient accepté si rapidement : ils ont suspendu la décision ministérielle, mais ont laissé une grosse mine sous le tapis. »<br /> <br /> « En cas de contestation, ils peuvent invoquer l'indépendance judiciaire et continuer à retarder le transfert de contrôle », ajoute-t-il. « Les Pays-Bas doivent comprendre que c'est eux qui sont à l'origine du chaos dans la chaîne d'approvisionnement et que s'ils n'agissent pas, cette question portera atteinte aux intérêts des États membres de l'Union européenne (UE), y compris ceux des Pays-Bas eux-mêmes. »"<br /> <br /> https://asiatimes.com/2025/11/nexperia-control-battle-rages-as-chinas-wingtech-files-appeal/