Che sarà...

Publié le 13 Août 2025

Bonjour les amis,

Fiore, mon papa, aurait eu 85 ans aujourd'hui. Bien évidemment je me lève ce matin avec mille pensées qui lui sont adressées.

Cette année, et en mémoire pour lui, je lui dédie CHE SARÀ, cette chanson de José Feliciano qu'il aimait et dont les paroles lui parlaient forcément, à lui, qui avait quitté son hameau méditerranéen perché sur les collines calabraises à l'âge de 14 ans pour chercher quelque fortune de par le monde...

Voici une traduction française du début de la chanson qui n'a rien à voir avec la reprise française de Mike Brandt que son parolier a transformé en bluette sentimentale pour adolescentes.

Mon pays qui est sur la collinePaese mio che stai sulla collina
Étendu comme un vieux endormiDisteso come un vecchio addormentato
L'ennui, l'abandon, le néantLa noia l'abbandono
sont ta maladieNiente son la tua malattia
Mon pays, je te quitte et je m'en vaisPaese mio ti lascio io e vado via

Que sera, que sera, que seraChe sarà che sarà che sarà
Que sera de ma vie, qui le saitChe sarà della mia vita chi lo sa
Je sais tout faire ou peut-être rienSo far tutto o forse niente
Demain on verraDa domani si vedrà
Et ce sera, ce sera ce qui seraE sarà sarà quel che sarà

Mes amis sont presque tous partisGli amici miei son quasi tutti via
Et les autres s'en iront après moiE gli altri partiranno dopo me

Dommage, car j'étais bien en leur compagnie                                    
Peccato perché stavo bene in loro compagnia

Et puis cette chanson est indissolublement associée a des souvenirs précis de ma jeunesse. Lors de nos réunions familiales à la maison (parfois improvisées) il arrivait dans les années 70 que mon cousin Francesco empoigne sa guitare et la chante avec mon père.

Cette chanson était devenue comme une forme d'hymne de la communauté des immigrés italiens...

" Que sera de ma vie, qui le sait ? ...Je sais tout faire ou peut-être rien...Demain on verra..."

" CHE SERÀ? " est la question existentielle que se sont posée tous ceux qui ont un jour largué les amarres dans leur vie.

Mon papa avait émigré d'abord en Belgique, puis était passé dans le Nord de la France pour travailler dans les mines de charbon de Wallers-Arenberg (celle-là même qui correspond au roman et au film GERMINAL). Un changement de cadre énorme, un choc pour quelqu'un qui débarque du sud méditerranéen.

Je vous mets en lien une photo prise à partir de la maison où il est né, en haut des collines calabraises près de Campora San Giovanni. Du balcon de sa maison il voyait la Méditerranée et à droite, à l'horizon, le volcan Stromboli...

Le Stromboli vu depuis Augurato (hameau de Campora San Giovanni)

Le Stromboli vu depuis Augurato (hameau de Campora San Giovanni)

Sur cette photo apparaissent également les champs dans lesquels mon père devait accomplir, enfant, des travaux agricoles assez durs...Et c'est peut-être là qu'il a aussi connu ses premiers émois amoureux...Ça, il ne m'en a jamais parlé...

Une chose est sûre: c'est là que tout avait commencé...et son pays, tout en adorant la France qui fût sa terre d'accueil, il ne l'a jamais oublié...il le portait en lui.

Rédigé par alea-jacta-est

Publié dans #musique, #chanson, #José Feliciano, #Italie, #Calabre, #immigration

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R
Merci pour cet article émouvant et cet hommage à ton père...et merci pour la découverte de cette chanson originelle que je ne connaissais pas : elle est magnifique ! <br /> Mon père avait aussi des origines italiennes plus lointaines : ses grands-parents étaient venus d'Italie pour s'installer à l'Estaque, dans le sud de la France. mes grands-parents paternels étaient tous deux enfants d'immigrés italiens issus de milieux pauvres et de familles de pêcheurs, venus de Gênes et de Naples, ils ont connu une enfance empreinte de misère et de difficultés.
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L
J'ai l'habitude de plaisanter avec l'une des collègues très, très bavarde, qui oublie de continuer à travailler lorsqu'il a quelque chose à raconter. Je lui dis "tu n'es pas italienne, tu peux continuer à travailler tout en parlant". Elle me répond en riant "si, je suis italienne par ma grand-mère maternelle".
A
Ce matin j'étais un peu submergé d'émotions et j'avais très envie de lui rendre hommage. La belle chanson de Feliciano m'a permis de le faire très naturellement car ses paroles avaient rencontré un écho particulier chez tous les éxilés de la communauté italienne dont mon papa faisait partie. <br /> Merci pour ces précisions sur tes origines paternelles. Oui ils ont été très nombreux à avoir fui la misère...En s'installant dans le sud de la France tes aieux ont eu la bonne idée de choisir un climat et un environnement peu éloigné de celui qu'ils laissaient. La génération de mon père avait le droit d'émigrer à condition que ce soit dans les mines du Nord. Ça faisait partie des accords signés entre la France, la Belgique et l'Italie à l'époque.<br /> https://www.rtbf.be/article/70-ans-d-immigration-italienne-des-bras-contre-du-charbon-9315078
L
Cette chanson existe en bcp de langues. À l'adolescence je l'écoutais souvent. Ça fait remonter des souvenirs.
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A
Merci Caius pour cette belle version des créateurs de la chanson.
C
Très belle version en effet <br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=Y4BdtSqKV3s
A
Oui la chanson existe dans beaucoup de langues mais rendons à César ce qui revient à César. La chanson originale est italienne.<br /> La chanson fut présentée à la 21e édition du Festival de Sanremo (1971) par les Ricchi e Poveri dans une double performance avec José Feliciano, et s'y classa 2e avec 316 points obtenus.
L
Je viens de regarder sur Maps, la Calabre est l'avant-pied de la botte d'Italie, en face de la Sicile. Ça doit être terrible de quitter un tel pays pour aller au charbon dans le chnord !<br /> Si ce n'est pas indiscret, en privé si tu veux, de quoi il est dcd ton cher papá?
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L
Bien dommage, il était encore jeune je suppose. Je connais bien les silicoses et l'amiante. A-t-il été indemnisé ?
A
Oui la différence est énorme entre les 2 régions, entre le sud et le nord industriel...Pour eux ça a été un choc car ils sont partis avec une autre image dans leur esprit, pas franchement préparés à ce qui les attendait...<br /> En ce qui concerne son déces. Mon père avait fini par quitter la mine à cause de la silicose. Mais en quittant un danger il en a rencontré , sans le savoir, un autre bien pire. En travaillant comme chauffeur routier il a été contaminé par l'amiante ( transports de plaques d'amiante-ciment pour la société ETERNIT) et il est décédé du cancer de l'amiante, un cancer du poumon. L'Etat français a reconnu sa responsabilité dans la cause de son décès en 2007. Son cancer s'est déclenché bien des années après avoir été exposé car ce sont les oxydes d'amiante dans les poumons qui ,des années voire des decennies plus tard, déclenchent un cancer. En fait pour une personne exposée plus le temps passe et plus il faut être vigilant contrairement à ce qu'on pourrait croire...