Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 février 2022 3 02 /02 /février /2022 11:34

Bonjour les amis,

Après avoir été ébloui par ILLUSIONS PERDUES de Xavier Giannoli, Fatizo m'a recommandé de voir son film antérieur L'APPARITION.

 

Je souscris à tout ce qu'a écrit mon ami. Je soulignerais aussi qu'une part importante de ce film est dans le non-dit, dans les expressions, dans les gestes, dans les regards.

C'est aussi un film dans lequel le metteur en scène laisse au spectateur compléter certains blancs en lui fournissant simplement des pistes, des éléments indicateurs qui lui permettront d'imaginer une part de la narration. Gionnali parie sur l'intelligence du spectateur, ne se sent pas obligé d'être trop explicite.

L'interprétation de Galatea Bellugi apporte beaucoup de consistance au récit. Son regard lisse, ouvert, candide, parfois solaire nous touche, nous magnétise... comme une révélation...

J'ai été bouleversé par la partie finale que je trouve très subtile et assez géniale mais aussi, j'ai été saisi d'un léger doute: je me suis demandé si je n'avais pas raté un élément important du récit...J'ai donc fait des recherches pour être sûr de ne pas être passé à côté d'un détail-clé et je suis tombé sur une critique très complète du film  que je partage avec vous. Une critique qui a élargi également mon champ de perception de cette oeuvre.

Ce brillant article a donc confirmé ce que j'avais capté moi-même, à savoir, que le film termine d'une manière magistrale sur une forme de mensonge qui n'en est pas un...qu'il y a un point indépassable où la vérité purement scientifique s'efface devant le mystère et que la réponse est en chacun d'entre nous.

Tout simplement admirable...

J'avais été ébloui par ILLUSIONS PERDUES mais l'APPARITION aussi est un chef d'oeuvre.

 

L'APPARITION...ou quand une enquête se transforme en quête...
L'APPARITION...ou quand une enquête se transforme en quête...
L'APPARITION...ou quand une enquête se transforme en quête...
Partager cet article
Repost0
3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 21:09

Bonjour les amis

J'ai pu voir cette semaine sur Netflix DON'T LOOK UP d'Adam McKay, et autant vous le dire tout de suite: c'est le film qui m'a le plus marqué de cette année 2021.

Le thème de départ est très simple.

Deux astronomes inconnus du grand public s'embarquent dans une gigantesque tournée médiatique pour prévenir l'humanité qu'une comète se dirige vers la Terre et s'apprête à la détruire.
 
 

C' est une terrible fable que nous conte Adam Mc Kay dans laquelle la comète est une métaphore du changement climatique ou de la pandémie que nous traversons.

A travers les tentatives du duo Léonard di Caprio/Jennifer Lawrence d'alerter toute la planète nous avons droit à un portrait au vitriol de la société toute entière. 

- Politiciens populistes irresponsables obnubilés par leurs stratégies électorales et qui ne prennent pas sérieusement en compte la magnitude du danger. Ici on change le duo Donald Trump et sa fille pour Meryl Streep et son fils.

- Les lanceurs d'alertes qui sont détenus pour divulguer des infos qui bénéficient à toute l'humanité mais qui sont classées "Secret Défense".

- Gourous des grands lobbys GAFA qui profitent éhontément d'une crise planétaire pour tenter d'accroître leur emprise et leurs profits.

- Militaires prêts à jouer les héros dans la plus grande tradition hollywoodienne pour créer du sentiment patriotique.

- Influences néfastes d'internet et des réseaux sociaux qui alimentent les pires théories négationnistes et qui créent de la confusion.Internet qui permet de manière frivole et superficielle l'émergence d'influencers qui vont manipuler les masses....internet où on trouvera tout, et le contraire de tout.

- Influences des médias qui sont souvent (mais pas toujours) au service des lobbys. 

- Les rebelles qui doutent de tout et qui tentent d'échapper au contrôle et au diktat des médias et GAFA's.

Au départ il y a ceux qui croient au danger, ceux qui le nient, et puis aussi ceux qui vont tenter de tirer profit de la situation.

Le metteur en scène vilipende notre égocentrisme et notre frivolité face à une catastrophe annoncée, une frivolité qui est illustrée, entre autres, par un couple de présentateurs télé qui font de l'audience en prenant tout avec dérision.

Le film dure plus de 2 heures 30 minutes et il n' y a pas la moindre longueur. Chaque plan apporte du sens dans cette fable au vitriol. C'est aussi du cinéma à grand spectacle avec d'énormes moyens techniques. On en prend plein la vue...

Le scénario réserve de nombreuses surprises mais, bien évidemment, je vous laisse les découvrir.

Attention: il faut aller jusqu'au bout du film car après le générique de fin il y a 2 scènes fondamentales, pleines de symboles et de poésie.

Vraiment, je tire mon chapeau aux scénaristes qui ont été réellement très inspirés.

Je n'ai rien vu d'aussi puissant depuis DOCTEUR FOLAMOUR de Stanley Kubrik. A l'époque Kubrik fustigeait nos délires en temps de guerre froide.

Cette fois-ci ce sont nos délires actuels qui sont passés à la moulinette.

Il y a un casting de rêve avec Léonardo di Caprio, Meryl Streep, Jennifer Lawrence, Cate Blanchett, Ariana Grande qui s'autoparodie dans le film...

Et puis il y a un autre aspect dans ce film qui m'a marqué, et je m'en explique :

la caricature n'est finalement pas si caricaturale que ça car j'ai moi-même entendu certaines personnes de mon entourage l'année dernière me dire des énormités aussi monstrueuses que celles qu'on entend dans ce film qui me renvoie à des situations tendues que j'ai vécues. C'est troublant.

Le film est très fort car il nous interpelle tous...personne n'en sort indemne. DON'T LOOK UP est aussi une oeuvre chorale avec de très nombreux personnages et le spectateur s'identifiera à un ou à plusieurs d'entre eux...

Cette oeuvre en forme d'énorme farce tragi-comique est un terrible portrait de ce que nous sommes devenus en ce début de XXI ème siècle: une civilisation oú le simple bon sens semble s'être dissous, une civilisation en manque de repères dans laquelle les gens ne peuvent plus s'accrocher à la moindre vérité tangible, une civilisation où certaines valeurs humaines fondamentales semblent s'être inversées.

 

 

 

 

PS: Notez que sur cette chanson très romantique d' Ariana Grande, avec de grands airs à la Céline Dion dans TITANIC, sont glissées ici ou là des paroles assez crues qui sont en décalage avec cette belle musique et avec le reste du texte.

Par exemple, elle balance à un moment donné " On a vraiment merdé !" ...We really fucked it up,fucked it up this time...

 Elle dit aussi : Turn off that SHIT FOX News...etc...

Mais le plus ridicule, c'est qu'elle met en parallèle et sur le même plan ses problèmes sentimentaux d'adolescente fleur bleue avec ceux provoqués par la fin du monde...Plus ridicule, tu meurs !

 

Partager cet article
Repost0
12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 07:16

Bonjour les amis,

Je viens de terminer la lecture d' un essai historique considéré par beaucoup comme le livre de l' année 2015,un livre qui a été vivement recommandé entre autres  par Bill Gates et par Mark Zuckerberg.

Il s' agit de SAPIENS, UNE BRÈVE HISTOIRE DE L' HUMANITÉ écrit par Yuval Noah HARARI, professeur à l' université hébraïque de Jérusalem.

SAPIENS...un passionnant récit qui remet en perspective toute l' histoire de l' humanité

Alors avant de vous parler moi-même de ce livre, je vous engage à lire d' abord la fiche wikipédia qui résume très bien la structure du livre en 4 parties ainsi que le contenu de l' ouvrage.

Alors ce que j' ai beaucoup aimé dans ce livre d' histoire, c' est d' une part qu' il remet un peu les pendules à l' heure et qu' il brise certains mythes, à commencer par celui de l' homme " bon sauvage" qu aurait vécu à une certaine époque en harmonie avec la nature sans en enfreindre les lois.Rien n' est plus faux.

Dès que l' homo-sapiens apparaît et qu' il n' est encore qu' un chasseur-collecteur, il fait irruption de manière singulière dans le règne animal, se comporte en prédateur qui fera disparaître systématiquement la plupart des grands mammifères de l' époque et une partie la faune et de la flore associées à ces êtres vivants.On peut considérer homo sapiens comme le premier serial-killer  de la planète. Harari apporte des pièces à conviction qui ne laissent plus aucun doute sur ce sujet car ses exemples sont trop nombreux et les coïncidences aussi.Que ce soit en Australie, en Tasmanie ou à Madagascar la disparition des grands mammifères correspond toujours avec l' arrivée de l' homme.Il est difficile d' attribuer la disparition par exemple du Diprotodon australien au changement climatique alors que cet animal avait survécu pendant des millions d' années à plus de 10 glaciations.Comme par hasard c' est avec l' arrivée de l' homo sapiens qu' il disparaît.

 

SAPIENS...un passionnant récit qui remet en perspective toute l' histoire de l' humanité

Harari multiplie les exemples.Et cela vaut aussi pour les amérindiens qui feront disparaitre du continent américain la majorité des mammouths et les grands mammifères.

Oublions donc cette idée d' un homo sapiens sage vivant en harmonie avec la nature environnante.C' est une image fausse.L' Homme intervient de manière significative, bouleverse tout et change tout, à chaque fois qu' il apparaît.

Par ailleurs Harari nous amène à réfléchir sur notre cohabitation avec les Neandertal en Europe centrale qui étaient humains également ( de la branche homo), plus proches de nous que les grands singes.Nous avons plus que cohabité avec le Neandertal: nous nous sommes croisés avec lui car on retrouve plus de 2% de son ADN dans le nôtre.Pourquoi Neandertal a t' il disparu ? Premier grand génocide de l' histoire ? Ou alors, l' homo sapiens étant plus performant que les Neandertal dans le domaine de la chasse  les aurait-il peu à peu acculé à la déchéance, puis à la disparition ?

Quoi qu' il en soit Harari essaie d' imaginer un monde où auraient cohabité deux espèces humaines différentes avec toutes les implications sociologiques, religieuses et politiques que ça aurait pu supposer.Cela aurait été une autre histoire complètement divergente mais elle n' a pas eu lieu  et ce n'est sans doute pas dû au hasard.

Donc dès le départ, la nature n' est jamais figée.Elle mute sans arrêt et n' obéit à aucune morale, ni à aucun ordre.Seuls les animaux performants survivent: c' est la seule loi qui vaille, celle de l' évolution énoncée par Darwin et qui n' a jamais été infirmée.

Preuve qu' il n' y a pas de grand dessein défini à priori, c' est que les territoires comme la Tasmanie ou Madagascar qui sont déconnectés du reste des continents voient se développer des espèces qui leur sont propres.A chaque territoire isolé, le projet de la vie a débouché sur des solutions nouvelles et originales.

Ensuite Harari analyse l' impact de la révolution qu' a supposé pour l' humanité le passage à l' agriculture.Ce passage va permettre à l' homo sapiens d' augmenter ses possibilités d' alimentation  mais en les appauvrissant aussi ( l' homme qui mange du riz pratiquement tous les jours).L' homme va se sédentariser mais son corps n' est pas vraiment adapté à l' agriculture, et il va donc le stresser, l'asservir...Peut-être que c' est le vrai début de notre chance et de notre infortune également.

L' agriculture aura des conséquences incommensurables sur notre environnement.L' homme brûle des grandes superficies, arrache des souches, déboise, etc...et fait disparaître une partie importante de la faune et de la flore, et en privilégie une autre.

Finalement il n' y a que les océans et la vie marine qui ne sont pas directement affectés et chamboulés par notre présence.

Dans la suite du livre, l' auteur s' attarde sur les élements-clés qui vont déterminer notre organisation sociale et politique.

L' apparition des monnaies qui facilitent les possibilités d' échanges.

L' avènement des monothéismes qui supplantent peu à peu toutes les formes de polythéisme et de croyances. Harari explique bien que les deux monothéismes dominants ( Christianisme et Islam) n' avaient  que de très faibles probabilités mathématiques d' émerger.Il s' interroge sur ce qui a poussé Constantin 1er à imposer le christianisme dans l' Empire romain déclinant.Une chose est sûre: le pari fut gagnant.L' auteur explique que les monothéismes accroitront de manière très significative l' intolérance des hommes et que ceux-ci imposeront leurs croyances par la force des armes.

Harari en profite pour mettre en valeur les apports spirituels du Bouddhisme qui est une forme de religion sans Dieu ( en tout cas,où Dieu n' intervient pas directement) car c' est l' homme qui doit trouver au fond de lui les sources de son propre bonheur.

Puis viennent dans le livre les points de passage obligés à toute histoire de l' humanité.

D' abord la découverte des Amériques, et le bouleversement politique et écologique que cela supposera.L' éradication de civilisations entières.Là encore, Harari nous explique qu' avant Cristophe Colomb il y a eu d' autres empires qui ont envoyé des milliers d' hommes sur les océans pour découvrir de nouvelles terres mais qu' ils n' en n' ont retiré pratiquement aucun profit, aucun avantage.Les 3 petites caravelles de Colomb provoqueront bien plus de bouleversements que la flotte du chinois Zeng He armé de 70 vaisseaux et de plus de de 30 000 hommes.Toutes les nombreuses découvertes de Zeng He durant ses 7 voyages ne déboucheront sur aucune expansion, alors que les 3 petites caravelles de Colomb changeront le destin de l' humanité et provoqueront un cataclysme.La différence entre l' Europe et le reste du monde est politique, économique et culturelle.En Europe les rois et les princes ont besoin d' or, de beaucoup d' or...

Harari nous relate ensuite la naissance du capitalisme moderne associé à la création de la monnaie, une monnaie qui naît du crédit.Le crédit va devenir le moteur de la révolution industrielle.L' humanité ne pensera plus en terme de gâteau à partager mais en terme de gâteau qui peut devenir infiniment grand grâce à l' exploitation des colonies.Il explique comment certaines villes dynamiques marchandes comme Amsterdam supplanteront certains royaumes croulant sous les dettes de leurs rois.

Alors que la vie sur Terre est le fruit d' une évolution incessante, dans la dernière partie de l' ouvrage Harari annonce que c' est l' homme qui est devenu Dieu.Que la vie n' est plus dominée par les mutations génétiques, ni par les aléas de l' évolution mais que c' est l' homme qui, en intervenant sur les gènes des plantes, des animaux, et finalement sur ceux de ses congénères devient le grand architecte de son devenir,et du futur de la planète.

 

Dans bien des chapitres du livre Harai met le doigt sur les aléas et singularités de notre trajectoire.Il pose souvent la question: " Et si ça s' était passé autrement ? " en nous démontrant que d' autres chemins étaient réellement possibles.Il essaie de démêler ce qui était inéluctable et ce qui est le fruit de hasards.

Par ailleurs, l' auteur  se soucie à chaque époque de réfléchir sur notre bonheur.En quoi sommes-nous plus heureux que Cro-Magnon ?

Bien évidemment nous vivons bien plus longtemps que lui, nous bénéficions de médecines puissantes.Nous nous sommes libérés de bien des souffrances.Nous vivons dans le confort, et ne passons pas toute la sainte journée à être obnubilés par le fait de devoir nous alimenter.

Mais  qu' est ce qui fait qu' une personne est plus heureuse qu' une autre au XXI ème siècle ? Dans quelle mesure notre bonheur n' est -il pas lié au consumérisme social ? Sommes-nous capables d' y échapper ?

Ne sommes nous pas dépendant de la consommation tout comme un junkie qui a besoin de sa dose d' héroïne pour se sentir bien ?

Le concept même de consommation s' est imposé dans tous les domaines: d' abord les biens matériels que nous convoitons mais aussi les sentiments , les amours,notre sexualité, nos aventures...Tout est devenu une affaire de consommation.

Par ailleurs, tous nos progrès ont élevé le degré du stress que nous infligeons à notre corps et que nous devons gérer pour préserver notre bonheur.

L' auteur essaie d' apporter des lignes de réflexion sur  notre liberté et le bonheur qui y est associé.Il s' attache surtout à démonter des mythes, des croyances que nous croyons fermement établies.SAPIENS est un livre qui relativise, qui remet en perspective, qui permet de nous resituer dans le cosmos.

Je terminerai en parlant du ton souvent provocateur de l' auteur qui aime rompre nos schémas de pensée préétablis.

Pour lui,en dehors des sciences, il n' y a pas d' ordre, pas de lois naturelles, pas de vérité définitive gravée dans le marbre: il n' y a que des fictions inventées par les hommes qui ne sont pas gravées dans notre ADN comme la déclaration de la constitution américaine ou la charte des droits de l' homme.

Il y a dans son livre aussi pas mal d' humour.

Le ton de ce bouquin m' a rappelé dans une certaine mesure celui du SINGE NU de Desmond Morris que j' avais adoré dans les années 70.

SAPIENS est un ouvrage qui nous permet de nous resituer, de prendre de la hauteur et du champ.C' est aussi un livre qui nous pousse à nous poser certaines questions auxquelles on n' aurait jamais songé.

SAPIENS, traduit en 30 langues a reçu le prix littéraire du savoir et de la recherche.

Pour ma part, je me suis régalé à la lecture de ce livre.Impossible d' être d' accord avec tous les points de vue de l' auteur mais là n' est pas le problème.Le livre n' est jamais faux mais forcément incomplet car c' est impossible de faire tenir l' histoire de l' humanité en 400 pages .L' intérêt du livre est ailleurs:il nous ôte nos oeillères et invite à la réflexion, à la relativisation...

Nota Bene: il ne vous aura pas échappé que le sous-titre du livre d' Harari est à mettre en parallèle avec " Une brève histoire du temps" de Stephen Hawking, le célèbre astrophysicien.

Hawking et Harari possèdent ceci en commun qu' ils sont tous deux athée et qu' ils considèrent que l' univers n' a pas besoin de Dieu pour exister.

Voici pour ceux que ça intéresse une interview de l' auteur donnée à Télérama.

 

 

Partager cet article
Repost0
30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 10:58

Bonjour les amis,

Il m' arrive parfois d' avoir des conversations vives et passionnées avec des amis sur des sujets aussi divers que la médecine, l' économie en passant par le rythme de reproduction des phoques sur la banquise, et souvent je perçois chez ceux d' entre eux qui n' ont pas reçu un minimum de formation scientifique une confusion entre ce qui est "complexe" et ce qui est "compliqué", ce qui les amène invariablement à avoir des perceptions fausses de certains problèmes posés et à construire des argumentations assez irrationnelles.

Avant de m' expliquer un peu plus en détail sur ce sujet, revenons aux définitions de ces deux mots.Voici ce qu' on peut trouver sur le net à ce sujet:

On utilise « complexe » lorsque nous avons à disposition un certain nombre d’informations dont au moins l’une d’entre elle nous est inconnue, que l’on ne comprend pas ou que cette dernière ne nous permet pas de trouver la solution instantanément et/ou d’en comprendre le lien avec les autres.

Le corps humain est complexe car il est composé d’une multitude de choses différentes comme, des atomes, des bactéries, des tissus, des nerfs, des muscles, des neurones, de la peau, de l’eau, etc….), le tout faisant ce que nous sommes et il nous est très difficile de comprendre comment tout cela interagit.

Lié à notre capacité à comprendre et/ou à nous projeter dans l’action, le terme « compliqué » peut être associé à « difficile » :
Nous avons les capacités pour faire ou comprendre, mais cela n’est pas toujours simple.Pour comprendre quelque chose qui nous semble compliqué, nous devons passer par un processus de 2 étapes pou
r nous permettre de nous approprier l’ensemble des facteurs qui s’auto influencent :
1. D’abord faire le tri en isolant chaque élément en notion(s) simple(s).
2. Pour ensuite les assembler.

Le fonctionnement mécanique d’une horloge ou d’un moteur de voiture peut nous sembler compliqué mais sommes capables d’expliquer clairement comment ça marche car nous savons quelle incidence a un composant mécanique ou électronique sur l’autre.

Parfois, certaines informations simples au départ, deviennent compliquées à comprendre dès lors que, plutôt que d’aller à l’essentiel, nous rajoutons des niveaux de détails qui parfois n’ont rien à voir avec l’objet principal.
Par exemple, un appareil à photo peut être au premier abord très compliqu
é à utiliser car trop de fonctions sont disponibles alors que sa principale et unique fonction est de simplement faire des photos.

Je vais illustrer la différence entre ces deux mots avec deux exemples assez clairs:

Exemple 1: Si je veux créer un robot capable de prendre un oeuf entre ses pinces mécaniques sans le casser, ce sera un problème compliqué qui me coûtera du temps, du travail, de l' argent et de l' énergie mais j' arriverai à résoudre ce problème si je dispose des moyens financiers nécessaires.

Exemple 2: Si je veux créer un robot capable de plonger une fourchette dans un plat de spaghettis et d' en retirer très exactement trois, c' est un problème extraordinairement complexe et il est probable que je pourrais dépenser tout le budget annuel de la NASA sans le résoudre.

La différence entre complexe et compliqué

Notez qu' à chaque fois je vous ai soumis des problèmes d' ingéniérie humaine mais dans le premier cas celui-ci est compliqué alors que dans le deuxième il est complexe car il fait intervenir des milliers de paramètres que je ne peux contrôler.

En économie par exemple on a souvent affaire à des problèmes complexes.En 2015 il se réalise grâce aux ordinateurs des dizaines de millions d' opérations individuelles d' investisseurs en même temps et même si nombre d' entre elles sont gouvernées par des mouvements collectifs s' apparentant à la fuite soudaine d' un troupeau de bisons dans les prairies américaines, le résultat final est difficilement prévisible dans le détail.

Souvent l' imprévisibilité des mouvements boursiers amène de nombreuses personnes à considérer que l' économie n' est pas une vraie science puisqu' elle est incapable de prédire avec précision l' état futur du marché.Certains pensent qu' il s' agit d' une forme de charlatannerie moderne un peu comparable à la médecine pratiquée par les docteurs dans les comédies de Molière....d' autres pensent que c' est un faux-jeu truqué destiné à distraire la galerie pendant que certains puissants tireurs de ficelles contrôlent parfaitement et avec préméditation tout ce qui va se produire.Sans leur donner raison, il faut bien reconnaître qu' il s' agit d' un théâtre où tous les acteurs n' ont pas le même poids.

Certains disent que les analystes financiers sont à l' économie ce que les médecins légistes sont à la médecine, à savoir qu' ils sont capables d' expliquer ce qui s' est produit mais jamais ce qui va avoir lieu.Finalement les grands économistes seraient surtout les grands champions de l' autopsie et de l' analyse Post-Mortem.Il y a une part de vérité dans cette appréciation mais ça n' enlève pas à l' économie son caractère scientifique.

Nous considérons tous à juste titre que la météorologie est une science même si nous savons qu' il lui est impossible de prévoir le temps exact qu' il fera à Cagnes sur mer dans 3 jours.La théorie du chaos permet de modéliser et d' expliquer cette imprévisibilité.

Revenons à l' économie avec l' exemple de la dévaluation du Yuan qui s' est produite la semaine dernière en Chine avec des conséquences importantes pour la planète toute entière.Un bon analyste financier aurait pu prédire les difficultés en partie prévisibles de l' économie chinoise mais n' aurait pu savoir le jour et l' heure à laquelle le gouvernement chinois aurait pris la décision de dévaluer le Yuan, ni le pourcentage de dévaluation par rapport au dollar...L' analyste ne pourra même pas prévoir si le gouvernement chinois prendra oui ou non la décision de dévaluer car elle fait intervenir des milliers de paramètres techniques mais aussi politiques et psychologiques.Tout au plus il pourra évaluer la probabilité d' une future dévaluation...

Un dernier détail qui ne trompe pas.Tous les gourous de l' économie, tous les prix Nobel ont de très solides connaissances en mathématiques.Très souvent , ce sont des matheux de formation qui ont appliqué avec un relatif succès leurs connaissances au champ de l' économie.

Certains me répondront qu' il existe des gestionnaires de fonds d' investissement qui n' ont presque aucune connaissance en mathématiques, et je leur répondrai que ces gens-là sont un peu comme Monsieur Jourdain qui fait de la prose sans le savoir.Ces personnes-là ont un certain talent et pratiquent les mathématiques de manière intuitive de la même manière que certains musiciens de jazz jouent d' un instrument d' oreille sans aucune notion de solfège mais respectent malgré tout les règles physiques de l' harmonie.

Impossible d' étudier et d'aborder le complexe sans modèle mathématique.Les romains avaient bien raison quand ils disaient que les mathématiques sont mère de toute science...Elles sont à la fois le langage et l' outil.

Bonne fin de journée les amis

PS: Ce billet est dédié à mon ami Manuel, grand physicien, excellent mathématicien qui curieusement et assez inexplicablement ne peut s' empêcher de penser que l' économie n' est pas une vraie science...

PS nº 2 : En marge du thème traité, je vous soumets une réflexion philosophique que m' avait indiqué mon beau-frère et dont je n' avais pas saisi sur l' instant toute la profondeur.Il m' avait fait cette citation:

" Un problème qui n' a pas de solution n' est pas un problème..."

On pourrait dire aussi: " un problème qui n' a pas de solution n' est PLUS un problème".

Je suis tout à fait d' accord avec cette affirmation mais toutefois, il faut en signaler le GRAND DANGER.Le GRAND DANGER, c' est de déclarer trop rapidement qu' un problème n' a pas de solution....c' est là qu' est tout le problème !

L' histoire des sciences et des technologies nous enseigne qu' il y a eu de magnifiques aventuriers qui se sont attaqués à des problèmes dont on avait déclaré un peu trop rapidement qu' ils n' avaient pas de solution.

PS nº 3: l' image du plat de spaghettis m' a été racontée par un copain ingénieur mais qu' il sache que je n' ai aucune intention de lui payer des droits d' auteur car lui-même tenait cette métaphore d' un conférencier et expert japonais.En tous cas c' est une belle image pour visualiser le complexe et le différencier du compliqué

PS nº 4: Le plat de spaghettis a donné naissance aussi à une nouvelle religion, le PASTAFARISME, qui fera peut-être l' objet d' un billet ultérieur.Il s' agit d' une religion ( créée par un professeur américain de faculté) qui tourne en dérision les autres et qui "démontre" ( chiffres à l' appui) que l évolution décroissante du nombre de pirates sur la planète augmente le réchauffement climatique qui est , comme chacun sait, un problème à la fois complexe et compliqué...

Partager cet article
Repost0