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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 20:18

Bonjour les amis,

Aujourd'hui, lors de l'épreuve du Bac de français, des milliers de lycéens ont été  "enduits avec de l'erreur", comme aurait dit Coluche qui savait bien mettre en scène des personnages un peu fâchés avec la langue française.

Alors, effectivement les petits jeunes, si l'auteur s'appelle Andrée avec un e y'a quand même une forte probabilité qu'il s'agisse d'une femme....car si c'était un homme ça indiquerait que l'écrivain ne sait pas écrire son nom.

Alors pour préparer les futurs candidats à l'épreuve de l'année prochaine, je les mets en garde.

George Sand est une femme et Camille Desmoulins est un homme.

Et Michelle, dans la chanson des Beatles est une fille.

D'ailleurs il y a des adjectifs dans le texte qui vous mettent sur la bonne piste. Mc Cartney chante bien :" Michelle, ma belle...."

Que ces futurs candidats sachent aussi que Jermaine Jackson est le frère du regretté Michael...et pas sa soeur ! 

Quant à Janet Jackson, il s'agit bien de sa soeur....Là y' a pas d' embrouille...Ouf!

De toutes façons la famille Jackson risque pas de tomber au bac...mais deux précautions valent mieux qu'une avec ces changements de programmes incessants !

Enfin, pour tous les candidats du Bac 2019 déçus de s'être trompés sur le sexe de l'auteur et qui estiment qu'une telle situation ne s'est jamais produite dans aucune annale de bac, je les préviendrai solennellement une 2 ème et dernière fois : "annale" dans ces cas-là prend deux N...

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28 décembre 2018 5 28 /12 /décembre /2018 09:14

Bonjour les amis,

Je vous invite aujord'hui à écouter une délicieuse intervention publique de Jean d'Ormesson dans laquelle il parle de Marguerite Yourcenar.

 

Alors, ce magnifique poème, le voici dans son intégralité:

 

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté
Et que rien, ni le temps, d'autres amours, ni l'âge
N'empêcheront jamais que vous ayez été;

Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que le lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.

Vous ne saurez jamais que j'emporte votre âme
Comme une lampe d'or qui m'éclaire en marchant;
Qu'un peu de votre voix a passé dans mon chant.

Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme
M'instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.

 

(extrait du recueil "Les charités d'Alcippe"  nouvelle édition 1984, Gallimard)

Tout de suite après voir entendu ce superbe poème, je suis allé lire la biographie de Marguerite Yourcenar et celle de l' écrivain français André Fraigneau, et je me suis rendu compte qu' il y avait un élément qui ne collait pas. D'Ormesson commet une erreur : Fraigneau est décédé en 1991 et Yourcenar en 87.

En continuant mes recherches j'ai trouvé cette autre explication d'un internaute qui me paraît plus vraisemblable: " Le poème rend hommage à Jeanne de Vietinghoff, mère spirituelle de Marguerite Yourcenar qui a inspiré le personnage de Monique dans Alexis ou le traité du vain combat" .

 

Jeanne de Vietinghoff (1875-1926)

Jeanne de Vietinghoff (1875-1926)

La petite erreur commise par Jean d' Ormesson n'est pas très grave. Peu importe à qui ce poème  est adressé car ce qui est vraiment remarquable c' est la beauté de ces vers destinés à un être aimé et disparu et qui vit encore dans l' esprit de la personne qui en fut amoureuse.

 "Que la beauté du monde a pris votre visage..."

Voici ce qui dit de ce vers Annbourgogne dans son blog.

Le visage de l’être aimé reflète ou concentre un instant toute la beauté du monde. Il ne s’agit bien sûr pas d’une beauté physique mais plutôt de la beauté de ce moment de bonheur et de vie. Le monde est beau lorsqu’on est heureux.

Cette beauté du monde à travers le visage est intensifiée par la beauté de l’âme ( la douceur ) et est comme éclairée par sa clarté.

Je vous invite à lire l' ensemble de ses commentaires sur l' article qu' elle a consacré au poème de Yourcenar.

Je terminerai ce billet en disant que ce poème exprime de manière sublime des sentiments universels que nous avons tous connus au moins une fois dans notre vie.

Qui d' entre nous n' a pas aimé secrètement un être (défunt ou pas) à qui il aurait pu dire: 

" Vous ne saurez jamais..."

Et s' imaginer lui réciter les tendres vers de Yourcenar, par exemple,sur cette douce musique mélancolique de Joaquin Rodrigo...

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 14:58

Bonjour les amis,

Avec " Le verger de marbre" d' Alex Taylor, on renoue avec la grande littérature policière, la meilleure qui soit, c' est à dire la littérature tout court.

Mais, avant de partager avec vous des commentaires personnels au sujet de cette oeuvre je vais laisser la parole ci-dessous à un internaute qui en parle très bien.

Toujours, pour vous mettre l' eau à la bouche, je vous invite à lire les critiques très pertinentes de IRIS29 et de CROSSROADS sur le lien ci-dessous, des critiques élogieuses auxquelles j'adhère à 100%.

Alors , je ne peux que confirmer les énormes qualités littéraires de ce court roman de 229 pages.

D' abord il y a l' environnement, le Kentucky profond, omniprésent, dont la nature imprègne et pétrit les caractères des personnages. Alex Taylor nous fait de très belles descriptions, très poétiques et aussi empreintes d' une extrême noirceur. 

Ses personnages sont imprégnés de croyances qui proviennent de la nuit des temps et ils interprètent, chacun à leurs façons, chaque manifestation de la nature, que ce soient les flots tourmentés de la Gasping River, le vol d' un vautour, où les gémissements du vent parmi les arbres.

L' accident tragique initial va dénouer des terribles tensions préexistantes entre tous les protagonistes qui vivent dans cette région rurale de manière ancestrale, avec leurs lourds secrets enfouis depuis toujours au fond de leurs mémoires. 

Et puis, il y aussi de vraies personnifications du Mal dans ce roman, notamment avec Doat Luncan, le caïd local vieillissant mais toujours aussi effrayant, qui semble vivre au dessus des lois, qui défie le shériff, et qui fixe ses propres règles contre lesquelles personne ne semble avoir assez de force pour pouvoir s' y opposer. Doat Luncan inquiétant à souhait, toujours accompagné par ses dobermans menaçants qui lui obéissent au doigt et à l' oeil.

Les dialogues sont très bien écrits et de manière très sobre. On est dans la cambrousse et on n' aime pas les bavards. Les sentiments s' expriment de manière minimaliste...Les mots sont souvent lourds de sens, et pleins de sous-entendus menaçants...

Et puis cette histoire échappe complètement à son cadre rural et prend une dimension à la fois tragique, universelle, mythologique et biblique aussi. C'est une histoire forte, âpre, avec des caractères très violents, et dans laquelle les liens de sang vont jouer un rôle prépondérant....Je n'en dirai pas plus.

Je vous laisse deux extraits pour que vous puissiez apprécier le style de l' auteur:

Voici d' abord une description :

Il se rallongea en regardant le ciel nocturne et sa pléiade d'étoiles qui lui donnaient l'aspect d'un tesson de faïence carbonisé, des éclats de lumière accumulée zigzaguant dans le vide, les queues de comètes maigrelettes soutenant la sombre coupole des cieux fissurés. Des étoiles s'éteignaient, là-haut. Des planètes étaient percutées, s'enfuyaient dans un lacis convexe et s'embrasaient en volutes troubles qui flamboyaient puis disparaissaient, mais lui était là, dans ce monde, à côté d'un feu dans la chaleur de la nuit

Et voici un un dialogue entre le shériff Elvis et un personnage trouble et provocateur:  

 "Mais je ne vous aime pas . Je pense qu'il faut que vous le sachiez . J'aime pas les choses que vous dites et j'aime pas votre façon de vous asseoir sur ma chaise . J'aime pas votre odeur et j'aime pas le fait que vous portiez un costume. Ça me rend nerveux et j'aime pas du tout être nerveux . (...)Je vais vous arrêter. (..)"
Seul le grincement de la chaise lui répondit .
Il leva les yeux , l'homme avait disparu...

Le verger de marbre...un puissant drame mythique au fin fond du Kentucky
Le verger de marbre...un puissant drame mythique au fin fond du Kentucky

PS: je vous mets en prime une photo que j' adore et dont l' ambiance est assez proche de celle du roman...

Le verger de marbre...un puissant drame mythique au fin fond du Kentucky
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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 14:08

Bonjour les amis,

J' ai vu cette semaine le dernier film du metteur en scène mexicain Guillermo del Toro intitulé LA FORME DE L' EAU, un film dont on parle beaucoup et qui a récolté déjà de nombreux prix.

Lauréat du Lion d'Or au Festival de Venise 2017, La Forme de l'eau a également reçu 2 Golden Globes (ceux du meilleur réalisateur et de la meilleure bande originale) ainsi que 13 nominations aux Oscars.

Voici le sinopsis.

Durant la Guerre froide en 1962 Elisa,muette, travaille comme agent d'entretien dans un laboratoire où est retenu prisonnier un homme amphibien. La jeune manutentionnaire tombe alors amoureuse de la créature. Avec l’aide de son voisin, elle décide de le libérer. Elle ignore cependant que le monde extérieur pourra être aussi dangereux pour lui ...

 

Alors ce conte fantastique nous fait penser à des contes antérieurs bien sûr, à commencer par celui de LA BELLE ET LA BÊTE, sauf que cette fois-ci la bête ne se métamorphosera pas en beau prince charmant.

On pense aussi aux films américains des années 50 avec des monstres qui étaient un peu kitsch à l' époque, comme dans L' ETRANGE CRÉATURE DU LAC NOIR...

La forme de l' eau...
Elisa et la créature amphibienne

Elisa et la créature amphibienne

La forme de l' eau...

Le film se situe en 62 .C' est l' époque de  l' american way of life triomphante.

Elisa vit seule,de manière marginale, accompagnée seulement par son vieux voisin.Elle adore les comédies romantiques musicales en noir et blanc.Il lui arrive parfois d' éxécuter quelques claquettes pour apporter un peu de sel et de magie dans son quotidien terne et un peu glauque...Elisa est un personnage dans la lignée d' Amélie Poulain, une muette qui s' exprime par le langage des signes et qui va initier en secret une relation  avec le " monstre"...Elisa, étant elle-même marginalisée par son handicap, a de l' empathie pour la créature amphibienne et sait communiquer avec elle de manière intuitive et sensible . 

L'histoire se passe en pleine guerre froide avec des personnages volontairement très stéreotypés: le colonel buté,brutal,dominateur,macho,inquiétant à souhait, patriote, qui croit en Dieu et en l' Amérique, les agents russes infiltrés et comploteurs,les scientifiques qui travaillent dans des labos secrets, etc...

L' esthétique très vintage années 50 n' est pas sans rappeler l' univers de Jean Pierre Jeunet, celui de Tim Burton et aussi celui de la bande dessinée.Le travail sur la photo est extraordinaire et souligne bien le caractère des personnages ( notamment la brutalité du colonel, la douceur et l' humanité d' Elisa, etc...).

Le film joue sur plusieurs registres: la terreur,le fantastique, la magie, la poésie, ...

C' est un cinéma bourré de clins d' oeil et de références.

Le scénario, fait d' actions et de rebondissements assez prévisibles, copie les films fantastiques américains des années 50, sauf que le regard du réalisateur est décalé et nous fait appréhender en arrière fond tout le substrat idéologique qui anime les personnages .Leur volonté de faire triompher leur modèle de société ( blanc, impérialiste,chrétien traditionaliste,anticommuniste,consumériste, etc..) leur fait commettre des actes cruels et monstrueux sans l' ombre d' une hésitation,sans le moindre sentiment de culpabilité, convaincus qu' ils sont d' être du côté de Dieu, du bon Droit et de la civilisation.Le film est à deux degrés de lecture et possède toujours une ironie sous-jacente...LA FORME DE L' EAU est donc aussi un conte philosophique, une métaphore.

Ce n' est pas un hasard si c' est la petite femme de ménage handicapée qui va rompre l' ordre établi par toute une structure pyramidale et hiérarchisée de pouvoir autoritaire.

A noter que Del Toro pimente son récit en abordant la sexualité de ses personnages...cela peut-être tour à tour doux-amer,moqueur,caricatural, tendre ou ironique...ou merveilleux.

Et puis, il y a quelques scènes réellement magiques dans le film, des moments de grâce où on flotte dans l' élément liquide ( d' où le titre)...

La forme de l' eau...

LA FORME DE L' EAU nous narre une histoire mille fois racontée, sauf que le traitement original et délicieusement subversif de Del Toro sait renouveler le genre, tout en s' inscrivant dans une tradition cinématographique.

L' esthétisme créé par Del Toro s' appuyant sur une grande photographie de Dan Laustsen est le premier atout de son film.Il nous recrée une belle vision retravaillée des années 60.C' est une esthétique qui est parfaitement en adéquation avec le propos du réalisateur et le regard qu' il porte sur ces années-là.

Le casting est parfait, et il faut souligner la grande prestation de Michael Shannon en colonel maléfique.L' interprétation simple et sincère de Sally Hawkins ( qu' on connaissait depuis BLUE JASMINE) est pour beaucoup dans le fait que le film "fonctionne" et que finalement on accroche à l' histoire...

 

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 09:56

Bonjour les amis,

Ce matin en ouvrant ma page facebook il y avait une belle photo simple et sans artifices, prise à partir des cotes du Nord, et accompagnée de ces quelques vers du poète belge Emile Verhaeren:

"La mer est belle et claire et pleine de voyages
Et les flammes des horizons, comme des dents,
Mordent le désir fou, dans chaque coeur ardent :
L’inconnu est seul roi des volontés sauvages."

 

Partez, avec le seul amour en vous  de l'étendue éclatante et hagarde...

Du coup, je suis allé lire dans son intégralité ce magnifique poème du grand auteur belge, un classique des lettres françaises que je ne connaissais pas ( ce qui est le comble pour quelqu'un comme moi qui est né en Terre de Flandres) . 

Alors, à mon tour de partager avec vous ce beau poème que je dédie à un bon ami,à l' esprit aventurier, qui a fait l' acquisition il y a quelques temps d' un beau voilier et qui va avoir du temps devant lui pour voyager...

                                             LE VOYAGE

Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages.

Le soir se fait, un soir ami du paysage,
Où les bateaux, sur le sable du port,
En attendant le flux prochain, dorment encor.

Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées,
Au fouet soudain des montantes marées !
Oh ce regonflement de vie immense et lourd
Et ces grands flots, oiseaux d’écume,
Qui s’abattent du large, en un effroi de plumes,
Et reviennent sans cesse et repartent toujours !

La mer est belle et claire et pleine de voyages.
A quoi bon s’attarder près des phares du soir
Et regarder le jeu tournant de leurs miroirs
Réverbérer au loin des lumières trop sages ?
La mer est belle et claire et pleine de voyages
Et les flammes des horizons, comme des dents,
Mordent le désir fou, dans chaque coeur ardent :
L’inconnu est seul roi des volontés sauvages.

Partez, partez, sans regarder qui vous regarde,
Sans nuls adieux tristes et doux,
Partez, avec le seul amour en vous
De l’étendue éclatante et hagarde.
Oh voir ce que personne, avec ses yeux humains,
Avant vos yeux à vous, dardés et volontaires,
N’a vu ! voir et surprendre et dompter un mystère
Et le résoudre et tout à coup s’en revenir,
Du bout des mers de la terre,
Vers l’avenir,
Avec les dépouilles de ce mystère
Triomphales, entre les mains !

Ou bien là-bas, se frayer des chemins,
A travers des forêts que la peur accapare
Dieu sait vers quels tourbillonnants essaims
De peuples nains, défiants et bizarres.
Et pénétrer leurs moeurs, leur race et leur esprit
Et surprendre leur culte et ses tortures,
Pour éclairer, dans ses recoins et dans sa nuit,
Toute la sournoise étrangeté de la nature !

Oh ! les torridités du Sud – ou bien encor
La pâle et lucide splendeur des pôles
Que le monde retient, sur ses épaules,
Depuis combien de milliers d’ans, au Nord ?
Dites, l’errance au loin en des ténèbres claires,
Et les minuits monumentaux des gels polaires,
Et l’hivernage, au fond d’un large bateau blanc,
Et les étaux du froid qui font craquer ses flancs,
Et la neige qui choit, comme une somnolence,
Des jours, des jours, des jours, dans le total silence.

Dites, agoniser là-bas, mais néanmoins,
Avec son seul orgueil têtu, comme témoin,
Vivre pour s’en aller – dès que le printemps rouge
Aura cassé l’hiver compact qui déjà bouge –
Trouer toujours plus loin ces blocs de gel uni
Et rencontrer, malgré les volontés adverses,
Quand même, un jour, ce chemin qui traverse,
De part en part, le coeur glacé de l’infini.

Je ne puis voir la mer sans rêver de voyages.
Le soir se fait, un soir ami du paysage
Où les bateaux, sur le sable du port,
En attendant le flux prochain dorment encor…

Oh ce premier sursaut de leurs quilles cabrées
Aux coups de fouet soudains des montantes marées !

Partez, avec le seul amour en vous  de l'étendue éclatante et hagarde...
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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 18:17

Bonjour les amis,

Je ne connais pas les programmes actuels de français mais je me souviens que lorsque j' étais élève nous devions apprendre des poèmes par coeur et les réciter en classe devant le professeur et nos camarades.

C' était un exercice excellent pour travailler la mémoire et la diction.Je me souviens avoir fait ce type de prestation publique jusqu' en classe de seconde.

Un jour l' un de nos camarades ( qui était tétanisé par l' idée de devoir réciter un texte en public) avait dû travailler et mémoriser le poème de François Villon: "La Ballade des Dames du temps jadis".

Alors, notre petit copain qui manquait beaucoup d' assurance était tellement angoissé par sa future audition qu' il n' arrêtait pas de répéter le poème à voix haute à tous moments de la journée.

Et nous, voyant que l' idée de son passage en public le rendait nerveux et angoissé, on s' était amusé à lui changer un des vers du refrain.

En effet, au moment ou notre ami récitait " Mais où sont les neiges d' antan ? " nous on lui glissait à l' oreille " Mais où sont les vierges d' antan ? " histoire de lui faire perdre un peu ses moyens.

Evidemment, notre camarade s' énervait encore plus avec nous, et nous demandait d' arrêter de le troubler davantage car il avait peur de commettre ce lapsus en public.

Alors pour l' embêter encore plus on en remettait une deuxième couche en lui susurrant:

" Mais où sont les verges d' antan ? "

Notre copain commençait à perdre les pédales entre neiges, vierges et verges !

C' était d' autant plus compliqué pour lui qu' à un moment donné du poème il devait dire

" Où sont-ils VIERGE souveraine ? "

Le jour de l' audition, nous étions tous sur le qui-vive, dans l' attente de voir si notre ami surmonterait la terrible épreuve que supposait pour lui cet exercice et réussirait à réciter le poème sans se mêler les pinceaux.

Dès qu' il commença sa récitation nous sentîmes qu' il était très extrêmement tendu, pétrifié à l' idée de commettre un terrible lapsus...et quand il arrivait au vers fatidique, il interrompait sa diction de peur de commettre l' erreur devant le regard intrigué du professeur qui ne comprenait pas le motif d' une telle hésitation.

Notre ami a réussi à passer le premier couplet sans trop d' encombres, puis le deuxième tant bien que mal et puis arrivé au troisième,patatrac !

Il a balancé Verge ou vierge  dans l' hilarité générale,et s'est interrompu, incapable d' aller plus loin...

Notre ami était rouge de confusion....rouge pivoine jusqu' à la pointe de ses oreilles.

Le professeur qui était agacé par ses hésitations successives avait fini par éclater de rire lui aussi quand il en eut compris le motif...Ça s' est terminé dans la bonne humeur générale.

Tout ça les amis pour vous dire que, encore aujourd' hui, quand j' entends la chanson de Brassens je ne peux m' empêcher de penser à l' extrême gêne et confusion de notre copain  qui nous en a voulu un certain temps...

Tout ça pour dire aussi que, comme vous pouvez le constater, nos blagues de potache à l' époque n' étaient pas bien méchantes.

Alors je vous remets le texte original de François Villon ( et non pas de François Fillon)...et surtout ne confondez pas neiges avec vierges, ni avec verges...( c' est complètement idiot mais cette blague facétieuse de lycéen me fait rire encore aujourd' hui...).

Ce jour-là, ce jour de la récitation fut assez inoubliable.Nous n' avions pas eu droit qu' au seul  poème de Villon: la tête et la mine consternée de notre pote c' était tout un poème aussi...lol !

Dites moi où, n'en quel pays 
Est Flora la belle Romaine, 
Archipiades, né Thaïs 
Qui fut sa cousine germaine, 
Écho parlant quand bruit on mène 
Dessus rivière ou sur étang 
Qui beauté eu trop plus qu'humaine. 
Mais ou sont les neiges d'antan? 

Qui beauté eu trop plus qu'humaine. 
Mais ou sont les neiges d'antan? 

Ou est la très sage Hélloïs, 
Pour qui châtré fut et puis moine 
Pierre Esbaillart a Saint Denis? 
Pour son amour eu cette essoine. 
Semblablement, ou est la reine 
Qui commanda que buridan 
Fut jeté en un sac en Seine? 
Mais ou sont les neiges d'antan? 
Fut jeté en un sac en Seine? 
Mais ou sont les neiges d'antan? 

La reine blanche comme lis 
Qui chantait a voix de sirène, 
Berte au grand pied, Bietrix, Aliz 
Harembourgis qui tient le Maine, 
Et Jeanne la bonne Lorraine 
Qu'Anglais brûlèrent a Rouen; 
Où sont ils Vierge souveraine? 
Mais où sont les neiges d'antan? 
Où sont ils Vierge souveraine? 
Mais où sont les neiges d'antan? 

Prince, n'enquérez de semaine 
Ou elles sont, ne de cet an, 
Que ce refrain ne vous remaine: 
Mais ou sont les neiges d'antan? 
Que ce refrain en vous remaine; 
Mais ou sont les neiges d'antan?

 

Et puis je vous remets aussi l' excellent article de Rosemar consacré à ce poème.

 

Je dédie ce billet à la mémoire de Monsieur Van Lathem qui fut notre professeur de français et qui sut nous faire partager son enthousiasme et son amour pour notre belle langue.

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21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 17:50

Bonjour les amis,

En 1967 j' avais 9 ans et je me souviens très bien d' une belle chanson de Michel Fugain dont les paroles m' avaient marquées. 

Il s' agit de JE N' AURAIS PAS LE TEMPS. 

 

Alors, quand on a 9 ans la question du temps qui file entre les doigts n' est pas à l' ordre du jour: on a toute la vie devant soi.

Mais quand on arrive à mon âge, il n' en va plus de même.

On sait qu' on ne pourra pas tout voir, ni tout découvrir.Pour tout dire ça ne me dérange absolument pas car mes yeux ont déjà admiré de telles merveilles qu' il ne m' est pas difficile d' imaginer celles que je n' ai pas vues.Je ne ressens aucune frustration de ne pouvoir tout voir.

Le problème du manque de temps ne se pose pas pour moi pour les voyages comme pour le protagoniste de la chanson qui se désespère de ne pouvoir  courir et contempler tout l' univers.

Pour moi, le problème du temps commence à se poser cruellement pour la lecture.

Si je fais un état des lieux,je me dis que j' ai déjà lu beaucoup d' auteurs mais pas le millième de ce j' aimerais lire, notamment en littérature,romans,romans policiers, essais historiques , essais philosophiques,poésie, divulgation scientifique, essais économiques, etc...

J' ai les yeux plus gros que le ventre.

Que faire ? Comment gérer le temps qui reste en sachant que je n' arriverai pas à tout lire ?

Quand j' étais jeune et que je lisais un livre  que finalement je trouvais décevant j' allais jusqu' au bout quand même, mais aujourd' hui c' est terminé.Cette vie est trop courte et il y a tant d' auteurs intéressants que je ne peux perdre mon temps avec ceux qui ne le sont pas vraiment...

Pareil pour les auteurs qui manquent d' originalité.Dès qu' un roman ou un essai me fait penser à un autre,ou tombe dans les lieux communs, je laisse vite tomber.

Il faut que je trouve rapidement ce que Rabelais appelait la substantifique moelle.

Donc je suis devenu un lecteur impatient.

Or c' est un travers dangereux aussi car il faut se prendre le temps de lire calmement et avec patience certaines pages qui le méritent.S' imprégner avec plaisir de l' univers de certains auteurs.Ne pas tout lire dans l' urgence !

Du coup,j' ai une vitesse de lecture en dents de scie.J' accélère avec certains textes et je m' oblige à me freiner sur d' autres, en me disant que ce qui compte ce n' est pas la quantité mais la qualité.

 

 

 

 

Les yeux plus gros que le ventre...

Toujours est-il que mon problème de base n' est pas résolu car les livres s' empilent sur mon bureau en attendant que j' ai un moment pour les lire.Certains attendent 6 mois, un an, deux ans...et d' autres sont finalement rangés dans la bibliothèque sans avoir été lus, pour " y faire beau"...

Avant-hier je suis resté quelques heures dans l' indécision entre 2 ouvrages qui m' attendent depuis longtemps..

Que fais-je ? Que vais-je lire en premier ?

L' énorme essai de 640 pages de Naomi Klein sur l' avenir de notre planète face à la catastrophe climatique et les possibles solutions qui s' offrent à nous pour en minorer les effets tant qu' il est encore temps ?

Les yeux plus gros que le ventre...

Ou alors,dans un registre qui n' a rien à voir, lire un pavé romanesque de 716 pages intitulé LE GANG DES RÊVES de Luca di Fulvio ?

Les yeux plus gros que le ventre...

En fait, je n' ai pas vraiment choisi mais j' ai finalement commencé LE GANG DES RÊVES dont les premières lignes sont prometteuses:une histoire d' émigrés italiens arrivant en Amérique au début du siècle dernier.Une sorte de  IL ETAIT UNE FOIS L' AMERIQUE littéraire...Et je vais sans doute me prendre le temps de ne pas le lire trop vite.

A suivre donc....Je ferai un billet sur ce roman s' il tient ses promesses.

En attendant, le bouquin de Naomi Klein, et quelques dizaines d' autres m' attendent patiemment sur ma table de chevet.

Je terminerai sur une note humoristique du film AMADEUS quand Mozart essaie plusieurs perruques et ne sait laquelle choisir  car elles lui plaisent toutes.

Il s'exclame: " Pourquoi n' ai je pas trois têtes? " avec son rire haut-perché si particulier...

Et bien, je me sens un peu comme lui...Pourquoi n' ai-je pas 3 ou 4 têtes pour lire en même temps des ouvrages d' histoire, d' économie, de science. de littérature, etc....etc...

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 17:20

Bonjour les amis,

Cet article est la suite de celui que j' avais consacré au film " Mademoiselle " de Park Chan-Wook.

Alors, comme vous le savez si vous avez lu mon premier article, ce film m' a tellement emballé que je me suis procuré le roman de Sarah Waters pour me replonger au coeur des relations troubles et tendues entre la maîtresse et la servante.

Il faut quand même préciser que si le début de l' histoire du film est assez fidèle à celui du roman dans la première partie, il n' en va plus du tout de même par la suite.

Dans le roman de Sarah Waters,l'intrigue se complique avec plein de rebondissements, de révélations et des personnages complètement secondaires qui font leur réapparition et dont on apprend par la suite qu' ils sont à l' origine de toute l' histoire. Complots, enlèvements, trahisons, etc...

Cela tient à la fois du feuilleton populaire dans la tradition des Mystères de Paris d' Eugène Sue auquel Sarah Waters a adjoint des éléments littéraires plus modernes ( amours saphiques, psychologie trouble et bien travaillée de la maîtresse, etc...).Un pavé de plus de 700 pages bien serrées...

 

Mais, malgré les qualités indéniables du récit de Waters, il faut bien reconnaître que le roman souvent triste et terne n'atteint JAMAIS la dimension éblouissante, et onirique du film.

D'habitude c'est le contraire qui se produit, à savoir que des chefs-d' oeuvres de la littérature donnent lieu à des adaptations cinématographiques très médiocres, mais dans le cas présent, l'adaptation filmée s'envole très haut et laisse loin derrière l' oeuvre originale qui fait finalement pâle figure à côté.

Park Chan-Wook a eu la très bonne idée de retravailler l'histoire et de la resserrer autour du quatuor formé par la maîtresse, la servante, l'oncle pervers et l'amant escroc.

On ne se perd pas en péripéties inutiles, et tout se centre bien autour des relations fausses et ambigües entre ces quatre personnages.

Par ailleurs, l'esthétique grandiose et raffinée de son film, la profonde sensualité de certaines scènes donnent à son oeuvre un caractère flamboyant, onirique, un souffle qui est sans commune mesure avec celui de l'oeuvre originale. Le film apporte davantage de beauté, de poésie, d' imagination et de rêve.

Park Chan-Wook me fait penser à ces grands compositeurs comme Mozart ou Rossini qui ont écrit des chefs-d' oeuvres, des opéras éblouissants, en s'inspirant de livrets qui, à la base, étaient très moyens.

Le roman original de Waters est un bon feuilleton, plutôt bien écrit, tandis que l'adaptation filmée est une oeuvre ambitieuse et sublime, de grande envergure, et qui marque profondément les esprits.

En fait, en lisant le roman je me suis rendu compte à quel point le film de Chan-Wook est un pur chef-d'oeuvre. C'est un véritable opéra !

La façon avec laquelle Park Chan-Wook a transcendé et sublimé un roman est suffisemment rare pour être soulignée et pour réattirer votre attention sur son film, sans doute le meilleur de 2016.

 

" Mademoiselle" de Park Chan-Wook...ou quand le cinéma sublime et transcende l' art romanesque
" Mademoiselle" de Park Chan-Wook...ou quand le cinéma sublime et transcende l' art romanesque
" Mademoiselle" de Park Chan-Wook...ou quand le cinéma sublime et transcende l' art romanesque
" Mademoiselle" de Park Chan-Wook...ou quand le cinéma sublime et transcende l' art romanesque

PS nº 1 .

Alors, des adaptations supérieures à l' original il y en a eu d' autres au cinéma, dont une que j' adore.

Charlie et la chocolaterie.

Cette fois-ci c' est Tim Burton qui à partir d' un beau conte de Noël de Roald Dahl a tiré un film plein d' inventivité et de richesses esthétiques.Là, encore le film va bien plus loin que le simple roman.Il le transcende complètement...C' est magique, génial, drôle, raffraichissant, très kitsch et flamboyant !

" Mademoiselle" de Park Chan-Wook...ou quand le cinéma sublime et transcende l' art romanesque

PS nº 2.

Juste pour rire, j'aurais une proposition à faire à Park Chan-Wook .

Qu'il nous fasse une suite un peu trash des aventures de Blanche-Neige et les 7 nains de Walt Disney.

Ça pourrait ressembler à ça....lol !

" Mademoiselle" de Park Chan-Wook...ou quand le cinéma sublime et transcende l' art romanesque
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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 11:14

Bonjour les amis,

Devinez ce que j' ai trouvé ce matin dans mes petits souliers ?

Les oeuvres complètes de Bob Dylan dans leur version originale anglaise accompagnée de leur traduction...

Alors, moi j' ai vraiment été bien sage cette année et là, je me sens quand même bien récompensé !

Merci Papa Noel !

Vraiment intelligent ce Père Noël !

Alors , je ne sais pas qui a dit que Dylan n' avait pas de vraie oeuvre littéraire derrière lui, mais moi je peux vous dire que le livre que je tiens entre les mains contient près de 1300 pages et  pèse plus d' un kilo et demi...

PS: Il y a quand même un petit mystère dans cette affaire.

Je me demande bien comment le Père Noël a fait pour savoir que j' aime lire les textes dans les 2 versions en même temps, en version originale et accompagnés de leur traduction...Peut-être qu' il a espionné ma bibliothèque ? ou alors mon blog ?

Notons que cette fois-ci il me pousse à aller encore plus loin car je lirai d' abord le texte anglais, puis sa traduction puis j' irai sur youtube écouter la chanson de vive voix...1,2 et 3 !!!

PS nº 2: 

Il y avait dans mes petits souliers également  UNE COLÈRE NOIRE de Ta-Nehesi Coates dont je ne sais à peu près rien...à suivre donc...Une découverte que je ferai grâce à ce Père Noel qui est toujours autant capable de me surprendre malgré son grand âge !

En tout cas, cette année, mon père Noél à moi était définitivement américain ( Santa Claus comme on dit là-bas...)

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 10:10

Bonjour les amis,

Aujourd' hui je vous propose de fantasmer 35 secondes sur un document qui n' a pas été produit par un grand laboratoire de shampoings, ni réalisé par un célèbre photographe assisté par une armada de techniciens.

Il s' agit simplement d' une belle chevelure soyeuse qui se dénoue et qui se libère sous  nos yeux ébahis.Les 6 premières secondes de la vidéo sont magiques.

Ici tout y est...la longueur infinie, l' aspect soyeux, et les ondulations harmonieuses 

Admirez la magie de cette chevelure qui se dénoue peu à peu.

Et puis cette façon faussement innocente et ludique avec laquelle la demoiselle joue avec ses attributs capillaires

Que seraient les poètes sans la magie et la beauté que leur apportent les femmes ?

Qui doute encore que ce sont elles qui détiennent le vrai pouvoir ?

Mais ta chevelure est une rivière tiède, où noyer sans frissons l' âme qui nous obsède,et trouver ce néant que tu ne connais pas !

Stéphane Mallarmé-Poésies

 

PS: A contrario de cette simple scène filmée magnifiant la beauté des cheveux, vous vous souvenez tous de cette citation de Nabilla:

Allo ? allo ? T' es une fille et t' as pas de shampoing ? non mais allo quoi !

Et oui ! Nabilla, sans posséder le style puissant de Mallarmé, avait complètement raison elle aussi.

PS nº 2: J' en profite aussi pour vous remettre en mémoire un hommage néo-romantique de Saint- Preux intitulé YOUR HAIR, inspiré d' un poème de Baudelaire intitulé La chevelure.

Les arrangements sont exagérément sirupeux,à la sauce violons, mais le thème musical n' était pas si mal....On avait dansé quelques slows là dessus dans les années 70, en citant quelques vers de Baudelaire à nos jeunes partenaires  de l' époque,sur la piste de danse de la discothèque, pour essayer d' avoir l' air fin,sensible, cultivé et romantique...-)

 

PS nº 3:Bon, pour ceux qui ne se rappellent vraiment plus qui était Saint Preux, voici le morceau qui l' avait rendu célèbre...DABADA ...DABADA... OUAAA !!!..Ça vous dit quelque chose ?

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