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15 juillet 2022 5 15 /07 /juillet /2022 07:03

Bonjour les amis,

Je viens de terminer la lecture du livre dont tout le monde parle, GUERRE, un manuscrit de Louis-Ferdinand Céline retrouvé dans des conditions un peu invraisemblables.

GUERRE de Louis-Ferdinand Céline

Résumé

Parmi les manuscrits de Louis-Ferdinand Céline récemment retrouvés figurait une liasse de deux cent cinquante feuillets révélant un roman dont l’action se situe dans les Flandres durant la Grande Guerre. Avec la transcription de ce manuscrit de premier jet, écrit quelque deux ans après la parution de Voyage au bout de la nuit (1932), une pièce capitale de l’œuvre de l’écrivain est mise au jour. Car Céline, entre récit autobiographique et œuvre d’imagination, y lève le voile sur l’expérience centrale de son existence : le traumatisme physique et moral du front, dans l’« abattoir international en folie ». On y suit la convalescence du brigadier Ferdinand depuis le moment où, gravement blessé, il reprend conscience sur le champ de bataille jusqu’à son départ pour Londres. À l’hôpital de Peurdu-sur-la-lys, objet de toutes les attentions d’une infirmière entreprenante, Ferdinand, s’étant lié d’amitié au souteneur Bébert, trompe la mort et s’affranchit du destin qui lui était jusqu’alors promis. Ce temps brutal de la désillusion et de la prise de conscience, que l’auteur n’avait jamais abordé sous la forme d’un récit littéraire autonome, apparaît ici dans sa lumière la plus crue. Vingt ans après 14, le passé, « toujours saoul d'oubli », prend des « petites mélodies en route qu'on lui demandait pas ». Mais il reste vivant, à jamais inoubliable, et Guerre en témoigne tout autant que la suite de l'œuvre de Céline.

GUERRE de Louis-Ferdinand Céline

Le point de départ du roman est un fait réel puisqu'il s'agit de la grave blessure dont a été victime Céline et qui lui a laissée toute sa vie d'horribles séquelles, et notamment des acouphènes qui torturèrent ses tympans.

Cette blessure infligée donnera lieu dans le livre à des descriptions très pénibles et très crues, aujourd'hui on dirait "gore".

Céline sait nous plonger en quelques lignes dans l'horreur de 14, au milieu des gémissements d'une chambre collective de gueules cassées. 

Son écriture est crue, rageuse, évitant tout pathos.

Pour Céline cette blessure est l'occasion de liquider toute dette envers la société, une société qu'il vomit à chaque page.

Ce qui frappe c'est l'incompréhension fondamentale entre le personnage Ferdinand (vrai anti-héros) et ses contemporains. 

Ferdinand garde pour lui (et pour le lecteur) ce qu'il pense réellement des événements qu'il traverse car s'il le faisait publiquement il risquerait le peloton d'éxécution. Son hypocrisie est ici une question de survie !

A l'hôpital de campagne où il est soigné Céline nous présente toute une galerie de personnages qui sont tous un peu jobards, un peu bizarres, un peu décalés, et pour qui la guerre sera l'occasion de laisser libre cours à leurs penchants les plus triviaux et vulgaires.

Les dialogues sont souvent abrupts. On est loin du politiquement correct actuel. Les hommes sont d'affreux phallocrates. Les femmes présentées souvent comme de la "chair à bites" savent exercer un réel pouvoir sur des hommes incapables de résister à leurs instincts libidineux. C'est du "Basic instinct" chez Rabelais, au milieu des râles et de la souffrance.

Là, il y va fort Céline ! Comme d'habitude chez lui, tout le monde en prend pour son grade.

Il emploie souvent l'argot de son époque (que je connaissais déjà un peu) mais j'ai eu plus de mal à saisir le sens de certains dialogues que lors de la lecture du VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT. Il m'est même parfois arrivé de consulter le lexique qui est à la fin du livre pour essayer de bien piger ce que l'auteur voulait dire.

GUERRE est un récit assez court et moins abouti que le VOYAGE mais il offre un magnifique contrepoint à tous les fans de Céline.

Plus de 60 ans après sa mort, celui-ci nous revient de manière tout à fait inattendue, comme si il nous faisait un petit coucou d'outre-tombe, comme s'il nous crachait une dernière fois à la figure:

" Vous pouvez penser de moi ce que vous voulez, je vous emmerde, tas de nulos! ".

NB: Si vous désirez en savoir plus voici le lien Babélio avec des critiques très pertinentes et des extraits du roman

https://www.babelio.com/livres/Celine-Guerre/1400401

 

 

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6 juillet 2022 3 06 /07 /juillet /2022 17:28

Bonjour les amis,

il y a 15 jours on m'a prêté un livre une peu hors-normes écrit par Philippe Sands, un grand juriste international franco-anglais dont la famille juive a été décimée durant la seconde guerre mondiale.

Il s'agit de LA FILIÈRE, un ouvrage né de la rencontre de l'auteur avec Horst Von Wächter, fils d'Otto Von Wächter, un dignitaire nazi de très haut rang qui était en contact direct avec Himmler.

Philippe Sands

Philippe Sands

Résumé du livre :
Membre convaincu du parti nazi dès 1923, aveuglément soutenu par son épouse Charlotte, nazie tout aussi fervente, Otto von Wächter a rapidement intégré l'élite hitlérienne, devenant notamment, après l'éclatement de la Seconde Guerre mondiale, gouverneur de Cracovie en Pologne, puis gouverneur du district de Galicie, dans l'ouest de l'Ukraine actuelle - deux territoires qui furent le théâtre de l'extermination des Juifs.
En 1945, après la défaite du Reich, il parvient à fuir, se cache dans les Alpes autrichiennes avant de rejoindre Rome et le Vatican, qui abrite l'une des principales filières d'exfiltration des nazis vers l'Amérique du Sud. C'est là qu'il trouve la mort, en 1949, dans des circonstances pour le moins suspectes. Comment a-t-il pu se soustraire à la justice, de quelles complicités a-t-il bénéficié ? A-t-il été réduit au silence ?
Intrigues politico-religieuses, espionnage, traque et vie cachée d'un criminel, décès énigmatique, dévotion filiale et passion amoureuse, secrets d'alcôve et trahisons : faisant la lumière sur le parcours incroyable d'un haut dignitaire nazi en fuite, l'enquête méticuleuse de Philippe Sands dresse un tableau saisissant de l'échiquier politique à la fin de la Seconde Guerre mondiale et à l'aube de la guerre froide.

 

Le petit Horst en 1944 (il a 5 ans) en compagnie de sa soeur Traute et de ses parents Otto et Charlotte

Le petit Horst en 1944 (il a 5 ans) en compagnie de sa soeur Traute et de ses parents Otto et Charlotte

Alors ce qui est troublant dans ce livre c'est la relation qui se noue entre Philippe Sands (petit-fils de victimes) et Horst ( fils d'un nazi de haut-rang). Horst ne cherche pas à nier les horreurs de la shoah ni  à les justifier, mais il tente de défendre la mémoire de son père qu'il considère comme un " homme décent, un homme de bien" qui aurait été pris dans la tourmente hitlérienne. Otto aurait été, selon Horst, une personne séduite dès le départ par le projet hitlérien mais n'aurait jamais signé de sa propre main l'éxécution de milliers de personnes innocentes.

Evidemment, on n'a pas retrouvé de tels documents, mais on voit mal, étant donné les responsabilités d'Otto Von Wächter durant la guerre (il était ni plus ni moins que gouverneur en Pologne et aussi en Ukraine) comment ces exactions auraient pu se produire sans son approbation directe,  même si on ne trouve pas de traces d'ordres signés de sa part. Cela paraît invraisemblable.

Malgré tout l'attitude ouverte de Horst durant l'enquête menée par Sands nous interpelle car on sent la sincérité d'un homme qui croit que son papa aurait été incapable de telles abominations. Horst explique même, mais sans en apporter la preuve, que son père aurait aidé des juifs notamment en Ukraine.

Horst va commencer à fournir à Sands quantité de documents familiaux qui permettront à celui-ci d'ouvrir une véritable enquête assez approfondie.

Horst Von Wächter de nos jours

Horst Von Wächter de nos jours

Quand je suis arrivé à peu près à la moitié du livre Philippe Sands parle d'un documentaire réalisé par David Evans dans lequel apparaissent 3 personnages: Horst, Philippe Sands, et Niklas Frank, fils d'un autre dignitaire nazi de très haut rang qui a été jugé à Nuremberg et condamné à mort par pendaison. Le père de Horst avait travaillé sous les ordres du père de Niklas.

Niklas  contrairement à Horst ne pardonne rien à son père. Il s'en explique: " Mon père a reçu une éducation religieuse qui lui a permis de bien connaitre la différence entre le bien et le mal, il a connu la République de Weimar et avait de très bonnes notions de ce qu'est la justice et la démocratie."

J'ai donc interrompu momentanément la lecture du livre pour visionner ce documentaire qui me faisait revisiter avec ces 3 personnages une bonne partie des lieux où se sont produits les tragiques événements décrits dans la première partie du livre.

Le documentaire intitulé WHAT OUR FATHERS DID: A NAZI LEGACY est assez poignant.

Tout est dans le titre:  CE QUE NOS PÈRES ONT FAIT. L'HÉRITAGE NAZI

En voici la bande annonce.

Le documentaire est accessible dans son intégralité sur youtube mais, malheureusement l'image est volontairement piquetée...Les sous-titres anglais permettent malgré tout pour les non-anglophones de suivre les échanges toujours respectueux, mais parfois assez durs, entre les 3 protagonistes.

Evidemment j'ai regardé ce doumentaire en étant scotché du début à la fin car j'y voyais les lieux exacts décrits dans le bouquin, mais aussi parce qu'il y avait quelque chose de réellement touchant dans l'attitude de Horst. Au début il m'agaçait un peu mais au fur et à mesure je comprenais mieux son point de vue (sans toutefois y adhérer)...C'est l'attitude d'un petit garçon qui dit que ce portrait qu'on fait de son père n'est pas celui de l'homme qu'il a connu. Horst raconte qu'il n'a jamais entendu son père dire du mal des juifs à la maison, qu'il ne l'a jamais entendu inculquer de la haine à ses enfants ou à son épouse...

Nous voilà plongés au coeur de la problématique du Mal. Otto Von Wächter était aussi un bon père, et son épouse Charlotte, elle-même nazie convaincue, l'aimait passionnément.

Je vous livre ci-dessous une très bonne critique du documentaire de David Evans.

A noter à la fin de ce documentaire une scène assez édifiante, en relation avec l'actualité et les événements de Maidan. On voit des nostalgiques ukrainiens qui arborent des symboles nazis lors d'un enterrement et qui rendent hommage à Horst. Ils lui disent que son père avait été quelqu'un de bien...Une scène hallucinante qui remplit d'indignation Niklas qui ne peut s'empêcher de leur répondre de manière très véhémente: " Vous devriez avoir honte !".

 

A la fin du documentaire Niklas a des propos assez durs envers Horst. Et celui-ci, profondément blessé, va se sentir obligé de faire un geste supplémentaire vis-à-vis de Philippe Sands pour lui montrer sa bonne foi. Horst va mettre à disposition de Sands toute la nombreuse correspondance de sa mère avec son père. Une correspondance très nourrie, un matériel volumineux qui demandera même à Sands l'aide d'une équipe de travail pour traiter toute cette information. C'est la deuxième partie du livre LA FILIÈRE.

Ces documents livrés par Horst  permettront à Sands de reconstituer l'itinéraire d'Otto durant sa fuite et les complicités dont il aura besoin: ex-nazis devenu agents de la CIA, évêques haut placés au Vatican où il finira par trouver la mort dans une clinique. Sands enquêtera sur les circonstances de la mort d'Otto car Horst est convaincu que son père a été empoisonné.

L'intérêt de cette histoire très particulière est aussi de nous en apprendre beaucoup sur l'histoire avec un grand H. Otto Von Wächter et son épouse Charlotte ont été constamment en rapport avec des personnages de premier rang, mais aussi des artistes, des grands compositeurs, des écrivains comme , par exemple, Curzio Malaparte. C'est une plongée au coeur de l'Europe au moment de la montée du fascisme, puis de la 2ème guerre mondiale puis de la chasse aux nazis à la libération  Quand on tourne la dernière page du livre on est saisi d'un énorme vertige.

 

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18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 05:46

Bonjour les amis,

J'ai fini hier la lecture du PIÈGE de Jean Haff Korelitz dont voici le résumé:

 Jacob Finch Bonner a connu son heure de gloire comme romancier avant de sombrer dans l’anonymat. Il enseigne désormais l’écriture dans une université du Vermont. Un jour, un de ses étudiants, Evan, lui dévoile l’intrigue du livre qu’il ambitionne d’écrire. Une intrigue géniale. Le best-seller assuré.
Quelques années plus tard, Jacob apprend la mort d’Evan, qui n’aura pas eu le temps de concrétiser son projet. Aussi décide-t-il d’utiliser à son profit l’idée fantastique de ce dernier. Et c’est un triomphe. Mais au plus haut de sa gloire, Jacob reçoit un e-mail anonyme, terrifiant : Vous êtes un voleur.
Jacob va alors tout faire pour identifier son interlocuteur avant que quiconque apprenne ce qu’il a fait. Pour cela, il va revenir dans le Vermont, pour enquêter sur la vie et la mort d’Evan. Il ne sait pas encore à quel point le jeu va s’avérer dangereux.
L’intrigue parfaite c’est celle de ce roman, véritable piège qui dévore peu à peu son lecteur. 

LE PIÈGE de Jean Hanff Korelitz...

Au début du roman l'autrice nous parle des affres d'un écrivain en panne d'inspiration.

Jacob le héros n'a rien publié depuis 2 ans et, qui plus est, anime un atelier d'écriture dans une université américaine. Paradoxe cruel: Jacob doit apprendre à ses étudiants à écrire un récit ou une fiction alors que lui-même n'en n'est plus vraiment capable.

Il y a là un thème  auquel je suis sensible, à savoir la situation d'un professeur qui manque de crédit vis-à-vis de ses étudiants et qui est obligé de les bluffer un peu. Il ne s'en tire pas trop mal d'ailleurs, mais, comme toujours, les bluffeurs sont malgré tout partiellement démasqués par leurs étudiants. C'est donc une situation professionnelle qui ne peut qu'aggraver l'état de déprime de Jacob qui a affaire, entre autres, à un élève particulièrement provocateur et retors. Ça donne de très bons passages dans le livre.

Mais le moteur de ce polar c'est  le thème du maître-chanteur qui joue au chat et à la souris avec sa victime, et là aussi, les angoisses de Jacob nous touchent et nous interpellent. C'est la partie psychologique du roman la mieux fouillée, celle qui fait le vrai intérêt du livre.

Au moment même où Jacob connaît un immense succés et où les médias se l'arrachent, celui-ci sait qu'il peut tout perdre en moins de 24 heures et être rejeté comme un vulgaire imposteur. Commence pour lui une période d'angoisse permanente.Jacob n'est pas complètement coupable mais il n'est pas complètement innocent non plus. Donc il a 2 possibilités pour affronter le défi qui lui est lancé:  choisir de défendre la vérité ou tenter de mettre le corbeau hors d'état de nuire.

Jacob va essayer de se libérer de l'emprise de son maître-chanteur en menant une enquête, et dans le récit de cette enquête Jean Haff intercale régulièrement des passages du roman que Jacob a écrit. On a donc un roman dans le roman qui va permettre au lecteur de se faire assez tôt une idée de l'identité du corbeau

L'enquête avance, en suivant de nombreux méandres qui requerront toute l'attention du lecteur et il faudra attendre les dernières pages pour comprendre les vraies motivations qui animent la personne qui cherche à nuire à Jacob..

En résumé on a une histoire techniquement impeccablement construite qui démarre très lentement mais qui va peu à peu captiver le lecteur jusqu'à la dernière page...On pourrait reprocher, ici ou là, certaines invraisemblances du récit, mais c'est la vraisemblance psychologique qui importe, et de ce point de vue, le roman est plutôt réussi.

Toute l'histoire est par ailleurs délicieusement amorale ce qui la rend à la fois cruelle et jubilatoire.

Jean Hanff Korelitz

Jean Hanff Korelitz

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15 juin 2022 3 15 /06 /juin /2022 17:03

Bonjour les amis,

Je suis tombé par hasard sur une vidéo youtube dans laquelle la journaliste Aude Lancelin raconte les mésaventures qu'elle a vécues après avoir découvert que Bernard-Henry Levy avait pris très au sérieux dans un de ses ouvrages un canular "gros comme une maison".

Mais, écoutez-la, c'est assez savoureux !

Alors, avouez que cette histoire est vraiment édifiante. Plutôt que de rectifier et de s'excuser auprès de ses lecteurs BHL riposte avec des sous-entendus un peu ignobles.

Mais surtout le reste du microcosme médiatique parisien ostracise la journaliste qui n'avait fait que dire la vérité, et en l'occurrence, une vérité plutôt burlesque.

Crime de lèse-majesté. On n'égratigne pas BHL impunément...

Quand on écoute Aude Lancelin jusqu'au bout de la vidéo on ne sait plus trop s'il faut en rire ou en pleurer.

Je profite l'occasion pour vous indiquer que Aude Lancelin avait reçu le prix Renaudot pour son essai LE MONDE LIBRE et qu'ensuite elle a publié un autre opus intitulé LA PENSEE EN OTAGE.

PS: Hors-sujet.

Je viens d'apprendre aujourd'hui que Clémentine Autain, candidate très wokiste de France Insoumise vient de sortir un roman.

Voici la critique assassine de Marianne.

Ayant beaucoup de mal à supporter le personnage Clémentine Autain, assez représentatif d'une nouvelle classe politique démago-populo-wokiste, je ne lirai certainement pas le roman pour me faire une idée par moi-même. Sur ce coup-là je fais un vote de confiance en faveur de  Marianne.

Le bouquin est publié aux prestigieuses éditions Grasset, mais pourtant il ne semble pas que l'éditeur nous ait déniché une nouvelle Colette !....😂

PS nº 2: Dans le même genre, sachez qu'une autre candidate que j'ai du mal à écouter plus de 5 minutes et que j'aime affubler du pseudo de "Sardine Ruisseau" aussi a écrit des romans que je ne lirai jamais...lol !

Bon, j'arrête de me moquer...aujourd'hui c'était mercredi et je siffle la fin de la récré...

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13 juin 2022 1 13 /06 /juin /2022 09:41

Bonjour les amis,

Il y a des polars qui valent mieux que certains essais historiques, philosophiques, sociologiques ou politiques. C'est le cas du roman INDÉCENCE MANIFESTE signé par l'auteur suédois Karl Lagercrantz.

Voici le résumé du roman:

Angleterre, 1954. La paranoïa engendrée par la guerre froide se généralise, en Europe comme ailleurs. Deux employés du bureau des Affaires étrangères, Burgess et Maclean, ont été démasqués comme étant des espions soviétiques et aux États-Unis la chasse aux sorcières de Joseph McCarthy contre les communistes et les homosexuels bat son plein. Un matin pluvieux de juin, le corps sans vie du mathématicien Alan Turing est découvert à son domicile de Wilmslow. À côté de lui, sur la table de chevet, une pomme croquée imbibée de cyanure. L'homme a été condamné à la castration chimique pour son homosexualité quelques années plus tôt, et l'explication d'un suicide semble convenir à tout le monde. Mais l'inspecteur Léonard Corell, en charge de l'enquête, s'intéresse de plus près au passé du mathématicien. Pourquoi Turing avait-il été surveillé durant des semaines avant sa mort ? Et pourquoi les services secrets cherchent-ils à cacher à tout prix le rôle mystérieux qu'il a joué durant la Seconde Guerre mondiale ?
Thriller hybride entêtant, enquête vertigineuse où la police cherche à décrypter la vie d'un homme passé maître dans l'art du codage, Indécence manifeste brasse déjà des thèmes chers à David Lagercrantz, tels que la marginalité, les mathématiques comme possible grille de lecture et de cryptage du monde, et les divers visages de l'espionnage, sur lesquels l'auteur de Millenium 4 vient récemment d'offrir une nouvelle et passionnante variation.

Avant de vous parler du roman il faut rappeller que le destin tragique d' Alan Turing qui avait réussi à décrypter le secret du codage des  des sous-marins allemands durant la 2 ème guerre mondiale avait été porté à l'écran dans le film IMITATION GAME. Un film d'une bonne facture qui retrace cette période de la vie du grand savant.

Donc ce film est un bon point de départ pour entrer dans la biographie de ce personnage passionnant.

Alan Turing était profondément original, cultivait une pensée propre. Il était aussi un peu asocial et ne se souciait pas de séduire son entourage professionnel ou d'être dans l'air du temps.

Voici ce que dit un internaute à propos du livre sur la page Babelio.

" Roman ? Polar historique ? Biographie ? «Indécence manifeste » de David Lagercrantz est un peu tout cela.
Le 7 juin 1954, Alan Turing est retrouvé mort sur son lit, à coté de lui une pomme croquée empoisonnée au cyanure. L'explication d'un suicide semble satisfaire tout le monde. Leonard Corell, jeune inspecteur chargé de l'enquête, ressent la nécessité d'investiguer plus à fond sur sa mort. Il reconstitue sa vie et découvre que Turing était homosexuel, ce qui était interdit à l'époque, et a été condamné à la castration chimique. En interrogeant son entourage, ses amis, ses collègues, il fait le portrait d'un homme seul, renfermé qui a du mal à se faire comprendre. Il découvre que Alan Turing était un génie en mathématiques et qu'il a joué un rôle essentiel - et très secret - pour les services secrets durant la guerre en fabriquant une machine qui permettait de casser les codes allemands. En reconstituant le mystère qui entoure Alan, c'est sur sa propre vie que Corell s'interroge.
Ce roman sans action ou suspense où se côtoient des personnages réels (Alan Turng, Robin Gandy, Ludwig Wittgenstein) et fictifs (Leonard Corell) arrive à nous captiver. Très bien documenté, il nous plonge dans les années 50, ces années d'après-guerre et aussi de guerre froide. La peur du communisme. L'intolérance. L'homophobie. David Lagercrantz met en lumière l'injustice qu'a subie Turing. Un bel hommage a cet homme considéré comme l'un des pères de l'informatique et de l'ordinateur. Un très bon roman historique."

Lagercrantz s'est beaucoup documenté sur les travaux de Turing pour sortir un livre d'une telle facture. Turing était absolument obsédé par les intelligences artificielles. Il peut être considéré comme un des précurseurs de ce concept car il avait pressenti que les machines pourraient atteindre des niveaux d'activités bien supérieurs à ceux des simples robots imitant de manière mécanique les actions humaines.

En fait Turing s'est tellement penché sur la question de l'intelligence qu'il a tenté de la redéfinir. C'est en cela que le roman atteint une dimension philosophique et métaphysique.

On est pris d'un certain vertige parfois pendant la lecture .On ressent le besoin de se ménager des pauses. 

Cette lecture n'est pas toujours aisée, et ceux qui sont versés dans les mathématiques capteront plus facilement le contenu de certains passages du livre, mais sans que ceux qui n'ont aucune notion ne perdent pied et ne puissent  comprendre le sens général des préoccupations qui guidaient Turing.

Ce polar est vraiment à part. Ce n'est pas une enquête au sens traditionnel du terme. Turing est parti en laissant derrière lui une grande part de mystère.

Le livre instruit le lecteur, l'interpelle, lui ouvre des horizons et lui fait se poser des questions.

Cette enquête nous parle d'une quête. Turing avait poursuivi toute sa vie son Saint-Graal...

Le circonstances tragiques de sa mort ne font qu'ajouter du mystère à cette quête.

Lagercrantz rend un magnifique hommage à Turing, à ce qu' a été sa vie, à la cruauté des souffrances terriblement injustes que lui a infligées la société de son époque, à son courage.

Turing a cultivé une profonde liberté, une liberté fondamentale. Il a suivi son étoile sans se laisser influencer par les pensées dominantes de son époque. En cela il a éte un héros scientifique extraordinaire.

Oui, la science a ses héros et Turing en était un.

INDÉCENCE MANIFESTE... un grand polar métaphysique!
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12 juin 2022 7 12 /06 /juin /2022 08:23

Bonjour les amis,

En 2016 j'avais fait un billet concernant Juan Gómez-Jurado pour vous dire tout le bien que je pense de ce jeune auteur espagnol.

Or, il se trouve qu'à partir de 2018 Gómez-Jurado a commencé à publier une trilogie composée de REINA ROJA (Reine rouge), LOBA NEGRA (Louve noire) et REY BLANCO (Roi blanc).

Cette trilogie a déjà fait un énorme carton en Espagne. Je les ai lus moi-aussi avec la même voracité avec laquelle j'avais dévoré les trois tomes de Millénium de Stieg Larsson.

Je ne vous avais encore pas parlé de cette trilogie de Gómez-Jurado car j'attendais que ces livres soient traduits et publiés en France. C'est maintenant chose faite car REINE ROUGE est disponible chez vos libraires depuis le mois de Janvier.

Voici le synopsis:

Antonia Scott est spéciale. Très spéciale . Elle n'est ni flic ni criminologue. Elle n'a jamais porté d'arme ni d'insigne, et pourtant, elle a résolu des dizaines d'affaires criminelles. Avant de tout arrêter. Depuis un tragique accident, Antonia se terre dans un appartement vide et n'aspire qu'à une chose : qu'on lui fiche la paix. C'était compter sans l'inspecteur Jon Gutiérrez. Missionné pour lui faire reprendre du service, il parvient à la convaincre d'étudier un dernier dossier, celui d'un assassin sans scrupules qui s'en prend aux héritiers des plus grandes fortunes d'Espagne. Sa particularité? L'homme ne semble motivé ni par l'appât du gain, ni par le plaisir de tuer. Un cas complexe auquel la police madrilène n'entend rien. En un mot, le terrain de jeu favori d'Antonia Scott.

REINE ROUGE de Gómez-Jurado est débarquée chez vos libraires...

Alors Gómez-Jurado fait partie de ces auteurs qui, tout comme Stephen King,  savent attraper le lecteur dès les premières pages et savent mener un récit tambour battant. Dans REINE ROUGE on trouvera de l'intrigue, du mystère, des personnages dont la psychologie nous interpelle et pour lesquels on a beaucoup d'empathie, et aussi des personnages mystérieux et terriblement inquiétants.

Voici un extrait du livre qui nous parle de l'esprit d'Antonia, un esprit vif et torturé, qui fonctionne comme une jungle grouillant de singes tapageurs et agressifs, sautant de lianes en lianes. 

 

"...Antonia Scott ne s’autorise à penser au suicide que trois minutes par jour. 
Pour la plupart des gens, trois minutes représenteraient un infime intervalle de temps. 
Mais pas pour Antonia. On pourrait dire que son esprit a beaucoup de chevaux sous le capot, mais le cerveau ­d’Antonia n’est pas une voiture de sport. On pourrait dire qu’il possède une impressionnante capacité de traitement de données, mais la tête ­d’Antonia n’est pas un ordinateur. 
L’esprit ­d’Antonia s’apparenterait plutôt à une jungle, une jungle grouillant de singes, qui bondissent à toute allure de liane en liane en transportant des choses. Énormément de singes portant énormément de choses, qui se croisent dans les airs en montrant les crocs." 

Vous trouverez sur la page Babélio que je mets en lien ci-dessous les commentaires de PECOSA et de EVE-YESHE auxquels je souscris pleinement.

Je terminerai en vous disant que si vous aimez REINE ROUGE, vous ne serez pas déçu par la suite. Le tour de force de Gómez-Jurado est de ne jamais nous ennuyer. Au contraire, les enquêtes s'internationalisent, s'élargissent et l'intérêt du lecteur va crescendo.

La série est complètement addictive et Gómez-Jurado devient, comme le dit le libraire Jérôme Toledano, " le nouveau maître de vos nuits blanches".

PS: Vous pourrez vous faire une petite idée du roman par vous-mêmes en lisant le début de REINE ROUGE sur le lien affiché ci-dessous, en cliquant sur la photo de la page de couverture du livre.

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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 08:05

Bonjour les amis,

J'ai terminé hier la lecture de L'AFFAIRE ALASKA SANDERS, le dernier Dicker qui est déjà en tête des ventes en France.

L'auteur m'avait déçu avec LA DISPARITION DE STEPHANIE MAILER, et du coup j'avais fait l'impasse sur le livre suivant intitulé L'ENIGME DE LA CHAMBRE 622.

L' AFFAIRE ALASKA SANDERS est le 3 ème volet d'une trilogie dont j'avais lu les 2 premiers tomes qui sont LA VERITÉ SUR L'AFFAIRE HARRY QUEBERT et LE LIVRE DES BALTIMORE.

J'avais apprécié le premier volet et adoré le deuxième donc je me suis senti titillé, avec une grosse envie de lire L'AFFAIRE ALASKA SANDERS dont voici le synopsis.

 

Le retour de Harry Quebert
Avril 1999. Mount Pleasant, une paisible petite bourgade du New Hampshire, est bouleversée par un meurtre. Le corps d'Alaska Sanders, arrivée depuis peu dans la ville, est retrouvé au bord d'un lac.
L'enquête est rapidement bouclée, puis classée, même si sa conclusion est marquée par un nouvel épisode tragique.
Mais onze ans plus tard, l'affaire rebondit. Début 2010, le sergent Perry Gahalowood, de la police d'État du New Hampshire, persuadé d'avoir élucidé le crime à l'époque, reçoit une lettre anonyme qui le trouble. Et s'il avait suivi une fausse piste ?
Son ami l'écrivain Marcus Goldman, qui vient de remporter un immense succès avec La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, va lui prêter main forte pour découvrir la vérité.
Les fantômes du passé vont resurgir, et parmi eux celui de Harry Quebert.

A propos du dernier Dicker...

Avant de vous livrer quelques commentaires personnels je vais partager avec vous 2 critiques. Voici la première, très positive, d' Andromeda 69 sur la page de Babelio.

" J'ai totalement retrouvé le style de l'auteur. Pour commencer, il y a de quoi lire comme d'habitude, presque 600 pages ici, mais qu'on ne voit pas défiler. Puis, les aller-retours constants entre passé et présent qui donnent une certaine dynamique. Beaucoup de personnages aussi, tout comme beaucoup de détails et de faits qui tournent autour de l'intrigue, où l'on perçoit au premier abord une sorte d'imbroglio mais où l'auteur réussit à rassembler toutes les pièces sans jamais rien oublier.
L'intrigue, qui demande tout de même un minimum de concentration si l'on veut tout retenir, est superbement bien construite et menée. J'avais le cerveau en ébullition mais tellement tenu en haleine que j'ai quasiment tout lu d'une traite. La plume de l'auteur aidant, très agréable, fluide et appliquée."

Vous trouverez ci-dessous sur la page Babelio l'ensemble des commentaires assez enthousiastes des lecteurs.

Voici maintenant une critique de Cannibaleslecteurs qui est beaucoup plus proche de ce que j'ai ressenti moi-même à la lecture du roman.

Effectivement, j'ai été dès le départ ravi de me replonger dans l'univers de Marcus Goldman et de ses amis.

J'ai tout de suite été très accroché par les nouveaux personnages qui apparaissent dans ce roman. Contrairement à Cannibaleslecteurs, j'aime les dialogues de Dicker qui me paraissent toujours bien enlevés, rythmés, avec des répliques non dénuées d'esprit ou d'humour.

Le livre compte 572 pages et on va donc dire que je me suis régalé sur plus de 400. Le récit m'a happé et embarqué dans une aventure qui m'a permis de me déconnecter complètement de mon univers quotidien.

Le problème est que dans la dernière partie du roman  Dicker épuise son lecteur, surenchérit sur les fausses pistes et sur les rebondissements, et plus il le fait et plus son récit devient invraisemblable et plus la psychologie de ses personnages s'en ressent, devient peu crédible et trop contrastée.

Dommage ! Dommage car le roman promettait bien plus !

La lecture du livre est très agréable mais l'oeuvre reste finalement superficielle et n'atteint pas la grandeur ou la profondeur du LIVRE DES BALTIMORE.

L'affaire Alaska Sanders se termine sur une autre affaire non résolue qui sera sans doute l'objet du prochain roman de Dicker. Je le lirai probablement car je suis malgré tout assez accro à l'univers de Dicker.

Cet auteur agace parfois par ses procédés narratifs systématiques, par ses clins d'oeil trop insistants , mais il sait aussi camper des personnages attachants, capter l'attention de ses lecteurs et les séduire.

Et pour revenir à L' AFFAIRE ALASKA SANDERS, à chaque lecteur de se faire sa propre idée. 

Rarement les réactions entre les critiques littéraires et le grand public n'auront été aussi divergentes.

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16 janvier 2021 6 16 /01 /janvier /2021 17:17

Bonjour les amis.

J'ai lu cette semaine LA FAMILIA GRANDE de Camille Kouchner, le livre dont tout le monde parle et, une fois n'est pas coutume, c'est à juste titre.

Avant de poursuivre plus avant je vous invite à lire sur le lien ci-dessous la critique pertinente et assez complète d'un lecteur dont le pseudonyme est BLOK.

 

Alors, ce livre de Camille Kouchner a le grand mérite de nous faire comprendre comment la gauche intello à partir des années 60/70 a commencé à perdre un peu ses repères en prônant un idéal de liberté pour tous, mais en oubliant au passage son obligation morale de protéger le temps de l'enfance et de ne pas permettre tout et n'importe quoi, en oubliant qu'il y a une grande dissymétrie entre le monde des adultes et celui des enfants.

Une légéreté qui apparaît réellement sidérante dans le livre quand, par exemple, la mère de Camille accuse ses enfants de lui "avoir piqué son mec". Là, on touche le fond de la misère morale.

Lors de son passage à LA GRANDE LIBRAIRIE Camille a eu des mots très justes et très douloureux.

Par exemple quand, à l'âge de 13 ans, son frère jumeau appelle à l'aide et lui raconte les incursions nocturnes du beau-père dans sa chambre, Camille dit :

" Je ne comprenais rien de ce qu'il me racontait mais je savais que c'était très grave".

Elle explique bien à quel point c'est perturbant pour une enfant qui a un beau-père adorable, brillant, intelligent, fin, très cultivé, ayant le sens de l'humour, de mettre en parallèle une relation personnelle qu'elle qualifie de "solaire" avec des comportements qui sont ignobles, inexplicables pour une enfant.

On imagine bien le profond désarroi d'une ado et comment ces faits vont avoir une incidence toxique majeure dans sa vie ultérieure.

Aujourd'hui les ados réclament des comptes à leurs parents, et ce n'est que justice.

Alain Finkielkraut a eu la très mauvaise idée d'essayer de trouver des circonstances atténuantes au beau-père en parlant de consentement. Quelle bourde ! Surtout quand on sait qu'il y a moins d'un an Vanessa Springora avait écrit un livre intitulé justement LE CONSENTEMENT dans lequel elle démontrait que ce faux-argument est celui qui est brandi par tous les prédateurs sexuels pédophiles. Le consentement c'est le piège dans lequel sont enfermées les victimes, rendues et devenues coupables.C'est d'une perversité monstrueuse!

Rappelons enfin qu'en ce qui concerne l'affaire des enfants Kouchner, le beau-père est justement professseur de droit constitutionnel. Il pouvait donc mesurer mieux que quiconque la gravité des faits qui lui sont reprochés aujourd'hui.

Enfin, et en parallèle, il y a dans ce livre un portrait au vitriol de l'intelligentsia parisienne, terriblement égoiste, terriblement carriériste, à tel point qu'elle en oublie parfois le bien-être affectif de ses propres enfants.

 

 

https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-13/2223691-camille-kouchner-invitee-exceptionnelle.html

 

http://alea-jacta-est-ex-posteur.over-blog.com/2020/03/le-consentement.html

 

 

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1 mars 2020 7 01 /03 /mars /2020 07:21

Bonjour les amis,

Je viens de terminer le livre de Vanessa Springora intitulé LE CONSENTEMENT, et la première chose qui frappe l'esprit c'est qu'il ait fallu attendre 40 ans pour que ce livre nécessaire soit édité.

Springora y raconte comment elle a été victime de G.M. écrivain et prédateur sexuel qui bénéficiait de la complaisance du Tout Paris et du monde des Arts et des Lettres. Un prédateur qui se payait des voyages à Manille pour se taper des mineurs et qui se vantait ensuite de ses exploits lors de ses passages sur les plateaux télé de la capitale. Un prédateur qui avait fait l'apologie de la pédophilie dans son essai "Les moins de 16 ans".

LE CONSENTEMENT...ou quand un écrivain pédophile notoire est enfin publiquement dénoncé

Le CONSENTEMENT c'est l'histoire d'un piège qui se referme sur une jeune victime. Le livre de Springora nous explique très bien la dissymétrie profondément immorale qui existe entre une ado de 14 ans et un pédophile de 50 qui se fait passer pour un séducteur, c'est à dire à peu près la même dissymétrie qu'il peut y avoir entre le Loup et l'Agneau.

L'ado est à cet âge en pleine découverte de soi, de ses premiers émois et sentiments amoureux, de sa sensualité sous l'influence des signaux très forts que lui envoie son corps. L'ado ne peut envisager une relation avec une autre personne que sur la base d'un état amoureux très sincère alors que le pédophile lui n'est attiré que par la chair fraîche. Et pour s'en approprier, il embobinera sa victime dans un discours amoureux aussi faux que pervers. Bien évidemment l'ado n'a pas les moyens à cet âge-là de détecter l'imposture criminelle dont elle va être victime...

Le livre explique bien la stratégie particulièrement perverse, odieuse et préméditée avec laquelle G.M. amènera Vanessa dans son lit. Il la harcèlera de lettres, puis lui proposera un premier rendez-vous innocent en tout bien tout honneur : le piège tendu fonctionnera à la perfection. C'est tout simplement à vomir....et c'est d' autant plus à vomir qu'on a tous en tête le passage de G.M. à Apostrophes où il se vantait du "consentement" de ses victimes, où si c'est de justesse s'il ne se faisait pas passer pour un bienfaiteur de l'humanité. 

Bernard Pivot d'ailleurs vient de faire lui-aussi son mea culpa, et reconnaît ne pas avoir eu les mots adéquats durant son émission. Seule la canadienne Denise Bombardier avait réagi de manière indignée sur le plateau d'Apostrophes et avait fermement recadré G. M. en lui rappelant que dans son pays il serait en prison pour abus sexuels commis sur des enfants.

Le livre de Vanessa Springora permet de prendre conscience des séquelles et des conséquences définitives  du crime qui a été commis, comment Vanessa a été dépossédée de sa jeunesse, comment cette relation va perturber sa vie de femme et le rapport qu'elle aura ensuite avec les autres hommes de sa vie.

Enfin le livre nous parle aussi de l'incroyable complaisance coupable de l'entourage, à commencer par celle de la maman qui vivait séparée du père au moment des faits (...encore une fois les prédateurs savent bien profiter des pères absents...). Une maman qui, bluffée par G.M. auréolé de son image de "grand écrivain", n'a pas voulu voir l'ignoble piège dans lequel était tombée sa fille.

Mais on apprendra aussi que G.M. échappera à la brigade des mineurs qui n'enquêtera jamais sérieusement sur son cas, malgré des dénonciations anonymes. C'est tout simplement effarant.

Aujourd'hui les faits sont prescrits, et le livre de Springora est sa seule manière de dénoncer publiquement la véritable nature monstrueuse de G.M....C'en  est fini de sa postérité. Il restera dans notre mémoire pour ce qu'il a été : un affreux sagouin au sourire lubrique et concupiscent qui voulait se faire passer pour un esthète raffiné.

Le CONSENTEMENT c'est aussi une manière définitive de tordre le cou à tous ceux qui disent qu'il faut séparer l'homme de son Art. Aucun artiste n' est au dessus des lois...Aucun Art ne justifie le moindre crime, le moindre abus sexuel.

 

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24 août 2019 6 24 /08 /août /2019 09:02

Bonjour les amis,

Il y a des romans assez inclassables, qui ne correspondent à aucun genre défini, et PIÈGE NUPTIAL de Douglas Kennedy fait partie de ceux-là.

Voici le thème:

Fasciné par une carte d'Australie, Nick, un journaliste américain, décide de tout plaquer pour atterrir à Darwin.
Une nuit fatale, un accident avec un kangourou et sa rencontre avec la jeune et robuste Angie vont le mener au coeur du bush, au milieu de nulle part, au sein d'un clan d'allumés coupés du monde.
Pris au piège, Nick va devoir user de tous les moyens possibles pour échapper à ceux qui l'ont adopté à son corps très défendant. En jeu : sa survie, tant physique que mentale...

le roman est paru en France sous 2 titres PIEGE NUPTIAL et CUL-DE-SAC
le roman est paru en France sous 2 titres PIEGE NUPTIAL et CUL-DE-SAC

le roman est paru en France sous 2 titres PIEGE NUPTIAL et CUL-DE-SAC

Je préfère en dire un minimum sur l'histoire et laisser que le lecteur la découvre. Celui-ci est mis dans la peau du personnage principal qui comprend peu à peu la nature du piège dans lequel il est tombé.

Le récit s'apparente à un conte grinçant à la fois humoristique et terrifiant. On navigue entre la farce énorme, le rire cruel et parfois l'horreur...

Les dialogues sont très bien écrits. Il y a sans cesse un décalage entre le personnage principal et les membres de la communauté qui vivent en dehors de l'espace et du temps avec d'autres normes qu'il se sont créés.

Ces membres survivent dans un environnement hostile avec peu de ressources, ce qui explique leur caractère rustre, basique, primaire, parfois à la limite du primitif.

Le personnage d'Angie à lui tout seul vaut son pesant de cacahuètes. C'est presque un nouvel archétype féminin que nous propose Douglas Kennedy : celui de la femme très virile, parfois violente,d'un culot monstre,d'une incroyable mauvaise foi, avide de sexe et qui aime prendre des initiatives. Elle possède une forme de romantisme assez particulier...Elle correspond presque à un fantasme masculin.

Le père d'Angie, en leader rustre et un peu fascistoïde de la communauté, incarne la partie la plus inquiétante du roman.

Il y a eu plusieurs adaptations de ce roman. D'abord une BD de Christian de Metter...

Et puis aussi un film datant de 1997 intitulé " Welcome to Woop Woop" réalisé par Stephen Elliot, celui qui avait fait " Priscilla, folle du désert"

J' ai vu ce film, et je le considère un peu décevant par rapport au livre. Elliot a un peu modifié l'histoire pour rester dans le ton d'une comédie. Le film commence bien mais le rythme finit par se diluer peu à peu. Contrairement au bouquin le spectateur sature un peu...

Malgré tout on retrouve bien dans cette adaptation certains dialogues savoureux et l'interprétation des personnages sauve le film. Susie Porter est épatante dans le rôle d'Angie.

Piège nuptial...une plongée délirante et décalée dans l'outback australien...

Le film comme le bouquin est un conte cruel mais pas désespérant, une farce énorme, une métaphore : c'est comme ça qu'il faut le prendre...

La formule habituelle consacrée lors d'un mariage est que les deux époux se promettent l'un à l'autre "pour le meilleur et pour le pire". Et bien disons que dans PIÈGE NUPTIAL le pire va assez loin...

Piège nuptial...une plongée délirante et décalée dans l'outback australien...

Nota : le film est disponible dans son intégralité en version originale sur youtube. La qualité d'image n'est pas terrible et par ailleurs si vous ne captez pas bien l'argot australien vous risquez de perdre beaucoup....En ce qui me concerne j'ai pu accéder à une copie sous-titrée en espagnol.

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