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14 janvier 2023 6 14 /01 /janvier /2023 13:41

Bonjour les amis,

J'ai vu cette semaine AS BESTAS, le dernier film du réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen.

Voici le synopsis:

Antoine et Olga, un couple de Français, sont installés depuis longtemps dans un petit village de Galice. Ils ont une ferme et restaurent des maisons abandonnées pour faciliter le repeuplement. Tout devrait être idyllique mais un grave conflit avec leurs voisins fait monter la tension jusqu’à l’irréparable…

Je vais essayer de vous  parler d'AS BESTAS tout en dévoilant le moins possible l'intrigue.

AS BESTAS est un film rude, une histoire d'hommes vue à travers les yeux d'une femme. Le couple de français est parfaitement intégré à la vie du village, sait parler leur langue, mais ils vont faire des choix qui vont créer de vives tensions avec leurs proches voisins, notamment les 2 frères Xan et Lorenzo.

Xan est particulièrement inquiétant en paysan têtu qui n'est jamais sorti de la ferme mais qui a un caractère fort, forgé aux durs travaux agricoles. Xan apparaît comme un rustre mais il est doté également d'une intelligence fine sur la nature humaine. Il sait percer les coeurs ! Il est porteur de valeurs ancestrales liées à la terre et d'un droit non-écrit qui régit les rapports entre paysans.

Face à lui Antoine représente un autre caractère très fort. Le film ne tombe pas dans la caricature et Antoine n'est pas un écolo qui vit en dehors des réalités. Sa compagne Olga et lui savent eux-aussi travailler dur et se plier aux exigences de la vie à la campagne.

Les dialogues entre Xan et Antoine, notamment au bar du village, sont particulièrement bien écrits: oppressants, à couper le souffle. On sent à chaque instant l'imminence d'un possible drame.

L'histoire s'étale dans le temps. On voit passer les saisons ce qui nous donne droit à de magnifiques images de la campagne galicienne. C'est un film fait de longs silences également: la nature, le rythme des saisons et les bruits du vent y parlent, à leur manière...

On est très loin d'une image bucolique du retour à la nature. N'y survivent que les gens forts, les gens taillés pour. Pas de glamour ici. En cela le film m'a un peu rappelé DELIVRANCE où, là aussi, le retour à la vie campagnarde n'était pas un chemin bordé de roses. Le "paradis espéré" que suppose le retour à la vie rurale existe mais il faut en payer le tribut. La nature impose ses vérités aux hommes et aux femmes.

Les personnages du film parlent en 3 langues: le castillan (ou l'espagnol pour faire simple), le galicien (très proche du portugais) et le français...Je comprenais parfaitement les passages en espagnol et en français mais un peu moins bien les dialogues en galicien et les sous-titres m'ont aidé à saisir des nuances importantes. Les 3 langues donnent beaucoup d'authenticité au film.

L'oeuvre oscille entre deux registres: le western rural âpre et le thriller car certaines scènes sont terriblement inquiétantes.

Quant au drame (dont je ne parlerai pas), sachez qu'il donnera l'occasion à Sorogoyen de faire une des plus époustouflantes métaphores cinématographiques que j'ai jamais vues. On est estomaqués !

Le film est long car à mi-chemin, quand on croit que l'épilogue va être proche, le réalisateur confie à Marina Foïs un rôle important qui relance l'histoire. Il y a avant le drame et après le drame et les deux parties du film sont aussi intéressantes, aussi riches.

Encore une fois les dialogues percutent. La confrontation entre Marina Foïs et sa fille venue de France lui rendre visite interpellent le spectateur. Des thèmes comme la liberté, la responsabilité des parents dans l'éducation de leurs enfants et les relations mère-fille y sont abordés avec pertinence. Il y a à la fois de la violence mais aussi de l'amour.

AS BESTAS est aussi un film qui, tout en traitant d'un problème précis dans une région culturellement bien définie, atteint une dimension complètement universelle. On pense à Giono, à Pagnol aussi, à la dureté sans concessions du monde paysan.

Du grand cinéma, assurément.

Sorogoyen s'est inspiré d'un fait divers réel pour imaginer cette histoire, et disons que dans la vraie vie Olga s'est comportée comme dans le film.

Denis Fenochet (Antoine), Marina Foïs (Olga) et Luis Zahera (Xan) sont remarquables. Peut-être que Sorogoyen leur a offert dans ce film les rôles de leur vie, tant leurs caractères sont marquants...

Xan et Antoine

Xan et Antoine

Antoine et sa compagne Olga

Antoine et sa compagne Olga

AS BESTAS...un western rural angoissant et oppressant, au coeur de la Galice...
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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 06:09

Bonjour les amis,

 le 24 juin dernier, plus de 1 500 personnes, originaires en majorité du Soudan, ont tenté de rejoindre l'enclave autonome espagnole de Melilla au nord du Maroc, une enclave membre de l’Union européenne.

Au moins 23 personnes sont mortes asphyxiées, écrasées ou des suites de leurs blessures, d’après des sources officielles − tandis que plusieurs ONG humanitaires évoquent un bilan plus lourd − et plusieurs dizaines de blessés, dans ce qui constitue “la tentative de franchissement de la valla [le nom de la barrière frontalière à Melilla] la plus meurtrière de l’histoire”, déplore El País. Cent trente-trois migrants sont parvenus à franchir la frontière et sont retenus dans un centre de séjour temporaire à Melilla, selon le journal.

 

 

 

 

 

Alors, lire cette information est une chose, mais voir certaines images du résultat de l'intervention musclée de la gendarmerie marocaine en est une autre.

Les gendarmes ont fait usage de jets de gaz lacrymogènes et de coups de matraques qui ont provoqué des mouvements de foules, des écrasements et des étouffements chez les migrants...Regardez plutôt.

En Espagne beaucoup de critiques se sont élévées, notamment contre les déclarations du chef du gouvernement Pedro Sánchez, et je vous invite à lire le résumé de la situation diplomatique dans cet article du COURRIER INTERNATIONAL.

Déclarations complices de Pedro Sánchez suite à un rapprochement de son pays avec le Maroc obtenu au prix de concessions très discutables contre les droits du peuple Sahraui.

Du côté marocain le régime s'empresse d'enterrer les morts sans la moindre autopsie.

Tout est lamentable dans cette affaire qui met en lumière plusieurs violations du droit international. L'agence de l'ONU pour les réfugiés (ACNUR) regrette profondément les faits mais l'organisation internationale n'envisage pas l'envoi d'une commission d'enquête sur ce qui ressemble beaucoup à un massacre qui aurait pu être évité.

L'Union europénne qui aide le Maroc à travers la concession de fonds d'investissements pourrait également faire pression auprès des autorités de Rabat pour exiger des explications.

Maroc: au moins 23 morts et des dizaines de blessés à la frontière de Melilla...

Enfin il faut rappeller que justement cette semaine a lieu à Madrid le sommet de l'OTAN et que les autorités espagnoles vont profiter de ces incidents tragiques pour impliquer l'organisation et lui demander de se porter garante de la protection de la frontière de Ceuta-Melilla.

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 07:09

Bonjour les amis,

Je viens de voir PARASITE de Boan Joon-ho qui a obtenu la palme d'Or au festival de Cannes.

Voici le synopsis:

Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...

Le metteur en scène demande à juste titre à ceux qui veulent commenter son film de ne pas en dévoiler l'intrigue  donc j'en dirai le moins possible. Je me contenterai de faire certaines remarques d'ordre très général.

Le film surprend car au fil du récit on change de registre et de genre cinématographique, ce qui peut dérouter le spectateur. Disons qu'on démarre sur une comédie de moeurs...

La mise en scène est brillante et le récit très rythmé. Certains personnages sont délicieusement amoraux comme dans certains films de Chabrol. Et tout comme chez Chabrol, le film s'apparente parfois à un jeu de massacre...Il y a une moralité dans l' amoralité...

Boan Joon-ho utilise avec maestria le lieu central de l'action qui est une magnifique maison d'architecte et il en fait fait un personnage principal qui symbolise à lui seul toute la société coréenne (modernisme, influence de l'occident, l'ennemi du Nord, le passé enfoui, etc...).

Le film est construit comme une fable cruelle, comme une grande métaphore.

 Il y a aussi dans cette oeuvre une critique sociale sarcastique (lutte des classes et néolibéralisme), un humour acerbe, avec par exemple des passages assez savoureux dans lesquels les personnages ont une manière très particulière d'utiliser les nouvelles technologies. Dans ce film les portables peuvent se révéler aussi dangereux que les lance-flammes dans le dernier Tarantino...

Tous les personnages (notamment féminins) sont très bien interprétés et certains d'entre eux sont très  touchants et nous émeuvent.

Le film possède d'indéniables qualités, mais, malgré tout, j'ai partiellement décroché au bout d'une heure et 20 minutes car, à mon sens, l'histoire se dévoile trop : il reste à ce moment-là 45 minutes de projection et le spectateur commence à saturer un peu à cause d'une surenchère de rebondissements vaudevillesques qui ne sont au service  de rien (ou de si peu). La fin, quant à elle, redonne du sens à tout ce qu'on a vu précédemment.

Le metteur en scène a pris certains risques notamment en changeant de registre, mais aussi il se peut qu'il ait déçu certains spectateurs (comme moi) qui n'ont pas bien accepté un élément de l'histoire (dont je ne parlerai pas) qui fait définitivement basculer son film vers autre chose de plus terrifiant...on n'a plus du tout envie de rire, ni même de sourire. On ne renoue pas avec le ton de la première partie du film et ça m'a gêné considérablement. 

Finalement ce film c'est comme un bon plat bien présenté qui fait saliver mais qui ne va pas forcément tenir toutes ses promesses...on finit le repas avec une grosse arête dans le gosier !

Malgré ces réserves, il y a tant d'originalité et de brio dans la réalisation et on a tant de sympathie pour nombre des personnages que ce film mérite d'être vu de toutes façons. Donc je ne ferai pas la fine bouche...Mais moi, j'aurais retouché certains aspects du scénario pour lui donner plus d'homogénéité et j'aurais enlevé au montage une demi-heure.

 

 

 

 

 

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 14:58

Bonjour les amis,

Avec " Le verger de marbre" d' Alex Taylor, on renoue avec la grande littérature policière, la meilleure qui soit, c' est à dire la littérature tout court.

Mais, avant de partager avec vous des commentaires personnels au sujet de cette oeuvre je vais laisser la parole ci-dessous à un internaute qui en parle très bien.

Toujours, pour vous mettre l' eau à la bouche, je vous invite à lire les critiques très pertinentes de IRIS29 et de CROSSROADS sur le lien ci-dessous, des critiques élogieuses auxquelles j'adhère à 100%.

Alors , je ne peux que confirmer les énormes qualités littéraires de ce court roman de 229 pages.

D' abord il y a l' environnement, le Kentucky profond, omniprésent, dont la nature imprègne et pétrit les caractères des personnages. Alex Taylor nous fait de très belles descriptions, très poétiques et aussi empreintes d' une extrême noirceur. 

Ses personnages sont imprégnés de croyances qui proviennent de la nuit des temps et ils interprètent, chacun à leurs façons, chaque manifestation de la nature, que ce soient les flots tourmentés de la Gasping River, le vol d' un vautour, où les gémissements du vent parmi les arbres.

L' accident tragique initial va dénouer des terribles tensions préexistantes entre tous les protagonistes qui vivent dans cette région rurale de manière ancestrale, avec leurs lourds secrets enfouis depuis toujours au fond de leurs mémoires. 

Et puis, il y aussi de vraies personnifications du Mal dans ce roman, notamment avec Doat Luncan, le caïd local vieillissant mais toujours aussi effrayant, qui semble vivre au dessus des lois, qui défie le shériff, et qui fixe ses propres règles contre lesquelles personne ne semble avoir assez de force pour pouvoir s' y opposer. Doat Luncan inquiétant à souhait, toujours accompagné par ses dobermans menaçants qui lui obéissent au doigt et à l' oeil.

Les dialogues sont très bien écrits et de manière très sobre. On est dans la cambrousse et on n' aime pas les bavards. Les sentiments s' expriment de manière minimaliste...Les mots sont souvent lourds de sens, et pleins de sous-entendus menaçants...

Et puis cette histoire échappe complètement à son cadre rural et prend une dimension à la fois tragique, universelle, mythologique et biblique aussi. C'est une histoire forte, âpre, avec des caractères très violents, et dans laquelle les liens de sang vont jouer un rôle prépondérant....Je n'en dirai pas plus.

Je vous laisse deux extraits pour que vous puissiez apprécier le style de l' auteur:

Voici d' abord une description :

Il se rallongea en regardant le ciel nocturne et sa pléiade d'étoiles qui lui donnaient l'aspect d'un tesson de faïence carbonisé, des éclats de lumière accumulée zigzaguant dans le vide, les queues de comètes maigrelettes soutenant la sombre coupole des cieux fissurés. Des étoiles s'éteignaient, là-haut. Des planètes étaient percutées, s'enfuyaient dans un lacis convexe et s'embrasaient en volutes troubles qui flamboyaient puis disparaissaient, mais lui était là, dans ce monde, à côté d'un feu dans la chaleur de la nuit

Et voici un un dialogue entre le shériff Elvis et un personnage trouble et provocateur:  

 "Mais je ne vous aime pas . Je pense qu'il faut que vous le sachiez . J'aime pas les choses que vous dites et j'aime pas votre façon de vous asseoir sur ma chaise . J'aime pas votre odeur et j'aime pas le fait que vous portiez un costume. Ça me rend nerveux et j'aime pas du tout être nerveux . (...)Je vais vous arrêter. (..)"
Seul le grincement de la chaise lui répondit .
Il leva les yeux , l'homme avait disparu...

Le verger de marbre...un puissant drame mythique au fin fond du Kentucky
Le verger de marbre...un puissant drame mythique au fin fond du Kentucky

PS: je vous mets en prime une photo que j' adore et dont l' ambiance est assez proche de celle du roman...

Le verger de marbre...un puissant drame mythique au fin fond du Kentucky
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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 21:04

Bonjour les amis,

Quand je vivais à Paris dans les années 80, il nous arrivait, mon colocataire et moi, de céder notre appartement pendant des après-midi entières à des étudiants en Art Dramatique ( inscrits au cours Florent)  pour qu' ils puissent y faire leurs répétitions.

L' un d' entre eux travaillait par ailleurs comme ouvreur dans un théâtre parisien. Un jour, il m' a  proposé une entrée pour une Couturière.

A l' époque, je ne savais même pas ce qu' était une Couturière de pièce de théâtre.

Alors, pour les non-initiés, sachez que la Couturière est l' avant-dernière répétition avant la première représentation d' une oeuvre. Elle a pour objectif de tester la pièce avec tous les costumes, de fixer les dernières retouches, d’optimiser les changements et l’habillage.

Mon jeune copain étudiant en Art Dramatique m' indique que la pìèce en question s'intitule TCHIN TCHIN, qu' elle est interprétée par une actrice et par deux acteurs dont l' un d' entre eux était ni plus ni moins que le Grand Marcello Mastroianni. 

 

La couturière...

Alors évidemment, je n' hésite pas. J' accepte l' invitation de mon ami. Une place pour voir Mastroianni, ça ne se refuse pas...Quelque soit le rôle !

Quelques jours plus tard, quand j' arrive dans la salle, je fais mon entrée timidement. Je ne sais pas ce qui va se passer exactement, si je vais assister à des mises au point, à des réglages...

Je m' installe très près de la scène. Nous ne sommes qu' une quinzaine de personnes dans toute la salle du théâtre Montparnasse. Derrière moi, j' entr'aperçois France Roche qui s' installe.

Je patiente. Et puis le rideau s' ouvre. La pièce commence...

La couturière...

Voici le sinopsis de cette pièce de François Billetdoux:

Cesareo est un italien chef d'une entreprise de bâtiment, éperdument amoureux de sa femme Marguerite. De son côté, Pamela est anglaise, épouse modèle, qui s'investit dans les œuvres de charité. Problème : le mari de Pamela tombe amoureux de la femme de Cesareo. L'italien et l'anglaise vont s'allier pour tenter de sauver leurs couples...

Le rôle de Cesareo était bien évidemment tenu par Mastroianni et celui de Pamela par l' actrice anglaise Natasha Parry et la mise en scène était de Peter Brooke.

La couturière...

Alors la pièce sera interprétée de bout en bout sans la moindre interruption.

Durant toute l' oeuvre, je n' arrêterai pas de penser:

"  C' est lui ! C' est le grand Marcello qui est en train de jouer à trois mètres de moi ! Presque pour moi tout seul ! "

Oui, c' était lui qui interprétait son personnage de mari éconduit de manière très sobre, très touchante...un homme désespéré par la perte de son épouse et qui tente de comprendre et qui voudrait récupérer sa bien-aimée. Un thème universel, intemporel...

 

Je serai frappé durant toute la représentation par le métier, la modestie de Mastroianni qui interprétera son rôle avec une grande humilité, complètement dans la peau de son personnage, pratiquant un jeu très naturel, sans jamais en faire trop.

L' action de la pièce couvre plusieurs années, et on assistera, peu à peu, à la déchéance de Cesareo et de Pamela...

Quand la pièce se termine, nous nous levons pour applaudir avec enthousiasme. Les trois acteurs nous saluent longuement, satisfaits de l' accueil, puis se retirent. Les quelques amis et proches qui sont dans la salle vont aller les rejoindre vers leurs loges pour les féliciter et leur prodiguer quelques derniers conseils.

Quant à moi qui ne fait pas partie de cette petite famille, je vais m' éclipser discrètement pour aller me fondre seul dans la nuit parisienne et rentrer chez moi...Je venais de vivre la première et la seule Couturière de ma vie...avec Marcello, comme dans un rêve...

La couturière...
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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 18:45

Bonjour les amis,

Je viens de voir THREE BILLBOARDS, LES PANNEAUX DE LA VENGEANCE réalisé par le metteur en scène britannique Martin McDonagh.

Voici le sinopsis:

Neuf mois après le viol et le meurtre de sa fille, Mildred Hayes ( Frances McDormand) décide de réagir car la police n' a obtenu aucun résultat.Elle inscrit sur de grands panneaux publicitaires trois messages dans l' ordre suivant:

" VIOLÉE PENDANT QU' ELLE MOURAIT... "

" ET TOUJOURS PAS D' ARRESTATIONS ? "

" COMMENT EST-CE POSSIBLE SHERIFF WILLOUGHBY ? "

Ces 3 panneaux sont destinés à provoquer une réaction du chef de la police Willoughby ( Woody Harrelson) flanqué se son violent officier Jason ( Sam Rockwell).

 

Avant de vous parler du film, parlons du titre français ( 3 Billboards,les panneaux de la vengeance) qui ne me paraît pas très pertinent car ce n' est pas vraiment une histoire de vengeance mais plutôt l' histoire d' une exigence de justice...Et comme chacun sait, justice n' est pas vengeance...Par ailleurs le titre original était THREE BILLBOARDS OUTSIDE EBBING MISSOURI.

Ce film  joue sur trois registres: le drame, le thriller...et l' humour froid et décalé.

L' idée initiale est assez originale. Mildred prend avec ses panneaux publicitaires une initiative pas banale et choquante destinée à provoquer des changements, et on ne va pas être déçu car, effectivement, ses panneaux vont provoquer un certain nombre de réactions violentes et de désordres au sein de cette petite bourgade tranquille du sud des Etats-Unis.

Ces désordres seront l' occasion pour le réalisateur de nous brosser un portrait parfois féroce, parfois très drôle, parfois énorme de  l' Amérique rurale profonde avec ses personnages violents, hypocrites,dépravés,sectaires mais aussi parfois touchants et pleins d' humanité.

Toutes les tares de l' Amérique ( racisme, machisme, violence,alcoolisme, hypocrisie sociale et religieuse,etc...) sont passés à la moulinette d' une façon assez jubilatoire.C' est très décapant ! 

Ce film c' est un peu un jeu de massacre à la Chabrol mais avec une très grosse nuance, une très grosse différence.Nombre des personnages qui sont atteints des tares dénoncées par le metteur en scène, se révèlent être aussi parfois très touchants et sensibles...Le scénario nous réserve des surprises réjouissantes dans l' évolution des caractères.Au fur et à mesure que l' action avance, notre perception de la psychologie de certains personnages s' affine, entre gris clair et gris foncé.

Donc on commence le film avec des caractères apparemment bien définis et solidement campés...mais les choses vont évoluer...

L' humour très décalé de McDonagh nous fait énormément penser au cinéma des frères Coen. D' ailleurs, Frances McCormand est l' épouse de Joel Coen. Ce n' est donc vraiment pas un hasard qu' elle ait ce rôle principal qu' elle interprète de manière magistrale: à la fois déterminée et inflexible ...mais aussi très émouvante quand, par exemple, un daim vient se promener sur le lieu du drame.

Emouvante aussi quand elle s' interroge sur sa propre responsabilité au sujet de la fin abominable de sa fille.

La fin du film m' a un peu dérouté car je m' attendais à une dernière révélation explicative à laquelle le metteur en scène n' arrête pas de nous préparer...et, finalement, il nous fait une fausse sortie en forme de queue de poisson assez jubilatoire.

Vous l' avez bien compris les amis.J' ai adoré ce 3 billboards que je conseille sans réserves.

Une dernière recommandation.Attachez votre ceinture pendant le film parce que ça va secouer...

 

 

 

 

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24 janvier 2018 3 24 /01 /janvier /2018 23:31

Bonjour les amis,

Le dernier film de Woody Allen est déjà sorti en Espagne ce qui m' a permis de le voir pour vous avant qu' il ne soit projeté sur vos écrans le prochain 31 Janvier.

Voici le sinopsis:

Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l'effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge ; et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses.

Wonder Wheel nous raconte l' histoire de Ginny ( Kate Winslet) femme frustrée qui rêvait d' être actrice, qui a eu un enfant avec un batteur dont elle s' est séparée, puis qui s' est mariée avec Humpty ( James Belushi), un forain de Coney Island. Humpty est un homme rustre, qui a eu des problèmes avec l' alcool.Il est parfois violent mais il aime Ginny et la respecte ( c' est déjà ça...).Ils vivent dans un appartement bruyant situé au dessus de la grande roue du Parc d' attraction.Cette grande roue est évidemment une métaphore de leur vie et de leur destinée.Par ailleurs, c' est une excellente idée de scénariste de situer un drame au coeur d' un parc d' attractions, près de la plage,dans un lieu où les gens viennent massivement pour s' amuser et passer du bon temps.Il y a sans cesse un décalage et un contraste angoissant entre ce qui se passe entre les personnages, et l' environnement très festif...

Le film commence avec Carolina ( Juno Temple), la fille de Humpty, née d' un premier mariage et  âgée de 26 ans, qui débarque dans la famille et qui revient auprès de son père chercher refuge alors qu' elle est menacée par des tueurs de la mafia.Le spectateur pressent rapidement que l' arrivée impromptue de Carolina au sein de la famille va provoquer de gros bouleversements et de grands désordres...

Arrivée de Carolina

Arrivée de Carolina

Je n' en dirai pas plus sur le scénario car le film va seulement sortir, et je ne veux dévoiler aucun élément de l' intrigue.

Ce quatuor de personnages ( Ginny-Humpty-Carolina-Mickey) va vivre des situations extrêmement tendues à cause des fortes passions qui animent certains des protagonistes.

Cette fois-ci, c' est pratiquement du théâtre filmé que nous propose Woody Allen.On pense beaucoup à Tenessee Williams et à son Tramway nommé Désir... passions, pulsions qui se libèrent, désirs charnels bruts, séductions, rêves d'amour, trahisons, infidélités, vengeances, monstruosités, mesquinités, instinct de vie,instinct de mort et de destruction...

Kate Winslet interprète de manière remarquable son rôle de femme frustrée,damnée ,mais qui n' a pas renoncé à la recherche d' un autre idéal de vie.Ginny-Kate Winslet- à l' aube de sa quarantaine, et forte de son expérience et de son potentiel de séduction, va tenter de reconstruire la vie dont elle avait rêvée (son personnage de serveuse dans un bar à huîtres qui tente d' échapper à un quotidien sinistre n' est pas sans nous rappeler celui de Blue Jasmine).Dans l' une des scènes finales du film Winslet se lance dans une tirade digne d' une tragédie grecque ( la petite serveuse qui se transforme en héroïne tragique, c' est bien vu ...et osé...pour une fois les grands rôles de femme au destin tragique ne sont pas réservés aux grandes bourgeoises glamour qui vivent dans le luxe ).Ginny tragique, disais-je, mais pathétique aussi...

Juno Temple est parfaite aussi dans son rôle de jeune héroïne tendre, innocente, pure, injustement traitée par la vie, qui a commis une erreur de jeunesse et qui veut faire acte de rédemption.

Dans ce film-ci on a droit à un Woody Allen noir, pessimiste,tragique, ...

Wonder Wheel ne laisse pas indifférent.On reste troublé par le caractère dramatique de certains  protagonistes et par la nature tragique et inéluctable des liens qu' ils ont tissé entre eux.

Woody Allen maîtrise parfaitement son sujet.Le rythme ne se relâche jamais...et puis, encore une fois, il y a l' interprétation hors pair des acteurs pour nous accrocher: le casting est parfait.James Belushi nous touche aussi malgré ses aspects bourrus: on a de la sympathie pour lui, pour le brave père aimant qu' il est... Justin Timberlake aussi est très bien dans la peau du maître-nageur (narrateur) qui fait tourner la tête aux jeunes filles, et à leurs mamans aussi.

A noter la photographie exceptionnelle du film avec un grand travail sur les couleurs de la part de Vittorio Storaro.

Wonder wheel...ou la roue de l' infortune...
Wonder wheel...ou la roue de l' infortune...
Wonder wheel...ou la roue de l' infortune...

Voici un extrait de la bande-son du film.Une chanson légère et rythmée au charme suranné et nostalgique qu' on entend de manière récurrente lors des scènes qui se passent dans le parc d' attraction.Une musique entraînante qui contraste volontairement avec la gravité du propos du réalisateur...

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 08:57

Bonjour les amis,

Suite à l' article de Fatizo, j' attendais avec impatience de voir COMANCHERIA, le film américain de l' écossais David Mc Kenzie. 

Notre ami résume très bien dans son article toutes les qualités de ce grand film.

L' interprétation des personnages principaux et secondaires, le contexte de crise sociale et économique, les paysages omniprésents du Sud profond,la photographie extraordinaire accompagnée d' une musique de Nick Cave aussi obsédante que celle de Ry Cooder dans Paris,Texas.

C' est souvent filmé en plans successifs très travaillés qui forment des véritables tableaux.

Tout simplement magnifique !

Je ne suis jamais allé au Texas mais là, pas de doute: on y est !

 

 

Comancheria...Du grand Art !

Le duo formé par les deux frangins est très attachant.Tanner, l' aîné qui a l' expérience des armes ( et de la taule) va filer un coup de main à Toby le jeune frère pour mener à bien son projet d' attaques de succursales bancaires pour sauver la propriété familiale.

L' aîné, qui est sympathique mais un peu impulsif, annonce la couleur dès le départ.Ces histoires-là ne finissent jamais bien.Il ' agit donc de faire quelques coups vite faits bien faits et de se retirer définitivement avant d' être repérés...

C' est un moment-clé du scénario qui va expliquer l' engrenage dramatique qui suivra:

Le jeune frère demande à l' aîné pourquoi, dans un tel contexte de risque, celui-ci accepte de l' aider.Tanner lui répond:

" parce que tu me l' as demandé frérot..."

Vraiment , ce film, c' est du grand art.Une histoire simple mais très bien construite avec beaucoup de soin, avec en contrepoint du duo formé par les frangins, un duo de rangers lancé à leurs trousses formé par Jeff Bridges, à deux doigts de la retraite, et de son acolyte commanche Alberto.

Il y a pas mal d' humour décalé dans le film dû au caractère particulier des texans qui sont bien sympas, mais tous un peu excités de la gâchette.

Par exemple, lors d' une attaque bancaire tous les otages restent généralement au sol et attendent gentiment la fin du hold-up.

Au Texas c' est pas pareil.Tout le monde a une arme, et rêve de s' en servir un jour ou l' autre...même les vieux papis rabougris !

Pendant le film je pensais à cette citation de JF Kennedy.

Il avait dit à Jacky le jour de l' attentat de Dallas:

" Aujourd' hui on va chez les dingos ! "

Revenons au film.

Jeff Bridges, amène beaucoup d' humanité, de bon sens et d' humour et c' est à lui que revient de tout faire rentrer dans l' ordre.Il est comme Dieu en personne...C' est lui qui donne au film une dimension et une fin shakespearienne.Il est LA CONSCIENCE même.La dernière scène du film, le dernier dialogue est simplement grandiose...J' ai a-do-ré !!!

On est passé peu à peu d' un bon film d' action, un peu western, un peu thriller à un drame en 4 actes qui n' a rien à envier aux plus grandes oeuvres du théâtre classique et où la force du destin s' abat de manière implacable sur chacun des personnages.

Comancheria c' est vraiment du grand Art !

Comancheria...Du grand Art !

PS: Il y a un détail du scénario qui est quand même assez savoureux.Les voleurs utilisent le cynisme des banquiers qui ne collaborent pas toujours avec la justice , et qui sont prêts à laisser fuir un délinquant pour ne pas perdre un futur  bon client...bien vu !

Je n' en dis pas plus...ceux qui auront vu le film me comprendront.

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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 09:15

Bonjour les amis,

Hier c' était la reprise du programme EL INTERMEDIO sur la chaîne espagnole SEXTA.Leur reporter Gonzo avait fait un magnifique travail sur l' odyssée des réfugiés syriens en allant les voir en Macédoine, en Serbie, lors du passage en Hongrie...voir aussi les heureux élus arrivés à la gare de Vienne.

L' émission nous proposait une plongée dans le quotidien de toutes ces familles brisées qui essaient de fuir l' enfer et de se recomposer de l' autre côté de la Méditerranée.Parmi les interviews les plus frappantes de Gonzo il y a une mère qui a fait la traversée sur un bateau en plastique avec ses deux enfants pour aller retrouver son mari ( à 43 minutes sur la vidéo...soyez patient avec la pub obligatoire).Elle raconte en anglais son quotidien heureux en Syrie avant la guerre.puis les bombes, sa maison par terre ( down), les explications données aux enfants pour justifier l' exil ( on va aller voir papa), la traversée très dangereuse,les conditions extrêmement difficiles une fois arrivés sur notre continent,etc...Elle garde un beau visage lisse. Son expression reste douce et digne malgré l' inhumanité de tout ce qu' elle a vécu.

L' espoir, toujours l' espoir...

Plus tard dans le reportage Gonzo est à Belgrade et interviewe un enfant.Il lui demande s' il a eu peur et celui-ci lui répond que la traversée en bateau était effrayante.Gonzo lui demande un petit secret " As-tu pleuré ? " et l' enfant lui répond spontanément que plusieurs fois sur le bateau... ( à 48 minutes).

Et puis au moment de se dire au revoir l' enfant qui sait que Gonzo est espagnol lui dit avec un grand sourire qu' il aimerait jouer au Real de Madrid et qu' il est un fan de Cristiano Ronaldo ( 51 min).

Et là, on se dit que les enfants ont une force extraordinaire, qu' ils ne sont pas enclin au pessimisme et à la dépression, qu' ils sont la vie, la force et l' espoir.

Voila un gosse qui vient de traverser mille dangers et qui est encore dans une situation plus que précaire mais qui n' a rien perdu de ses rêves: jouer au Réal à côté de champions comme Ronaldo...Là c' est trop fort.J' avais envie de le prendre dans mes bras et de l' embrasser.

L' humanité a encore une chance tant qu' elle respecte les rêves d' enfants.

Les dirigeants commencent enfin à prendre la mesure du drame.On voit fleurir un peu partout en Europe des WELCOME REFUGEES.Rajoy, tout comme de nombreux responsables étrangers, s' est dit traumatisé par les images d' exodes...Pour une fois, et sans faire d' angélisme, je ne doute pas de son émotion même s' il a été particulièrement insensible au sort des clandestins qui essayaient de passer la frontière de Ceuta et Melilla et à fait installer ces fameux barbelés concertinas avec des lames de rasoir.

Je me dis qu' on va peut-être s' attaquer au problème d' une autre manière en privilégiant d' abord l' urgence humanitaire.

En 68 Sartre disait aux ouvriers: " Ne desespère pas Billancourt" alors que la vie était un doux fleuve tranquille comparé aux nombreux drames qui secouent notre planète maintenant.

En 2015 on va essayer de ne pas desespérer de nos concitoyens et de notre humanité...Les ONG s' organisent activement et les responsables ressentent dans l' opinion publique un feed back qui permettra s' ils le désirent d' entreprendre une vraie politique de main tendue.

Voila, j' aimerais terminer ce billet en disant que la photo du petit Aylan était importante.Elle était une dramatique remise de pendules à l' heure pour tous ceux qui étaient restés insensibles.

L' image de ce jeune syrien fan de Ronaldo aussi est importante.Un enfant dans un camp de réfugiés qui dit avec un grand sourire:

" J' aimerais jouer au foot et être un grand champion"

Ne tuons pas les rêves de nos enfants...

L' espoir, toujours l' espoir...

PS: à L' Hatem qui comprend les sous-titres espagnols.

Je te conseille de voir le reportage qui commence à 34 minutes dans son intégralité , notamment l' histoire de cet étudiant ( 45 min) qui dit à des dirigeants comme le premier ministre hongrois: " On est des êtres humains qui ont fui la mort...Ne nous envoyez pas vers une autre mort".

Par ailleurs tous ceux qui comprennent l' anglais peuvent regarder l' ensemble du reportage ( notez au passage le bon niveau d' anglais même chez les enfants syriens )

L' espoir, toujours l' espoir...

PS nº 2: EL INTERMEDIO est un programme d' humour et qui traite de sujets graves. Gonzo qui est galicien répond en riant à l' enfant qu' il y a un meilleur joueur que Ronaldo au Celta de Vigo et qui s' appelle Nolito.Le présentateur qui est sur le plateau fait une private joke et charrie Gonzo ( qui est vraiment fan de Nolito) et lui dit qu' il n' y connait rien au foot et qu' il devrait avoir honte de profiter de l' ignorance du jeune syrien...

Précisons que l' enfant a expliqué préalablement à Gonzo qu' il voulait aller à l' université (et oui...y' a pas que le foot dans la vie)

PS nº 3: Tous mes amis qui sont allés en Syrie avant la guerre me disent avoir été frappés par la gentillesse, l' éducation et les qualités d' hospitalité du peuple syrien...ces qualités transparaissent aussi dans ce reportage.

PS nº 4: Certains de mes lecteurs me trouveront bien mièvre ces temps-ci, brassant des évidences et tirant un peu trop sur la corde facile des bons sentiments au sujet d' une situation que vous connaissez tous déjà. Mais ce billet touche aussi un thème qui me tient à coeur ( la souffrance des enfants ) et je ne pouvais laisser passer sans réagir l' interview si spontanée de ce gamin adorable qui m' a fait l' effet d' un électrochoc émotionnel...

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