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25 février 2017 6 25 /02 /février /2017 16:57

Bonjour les amis,

Je viens de voir SILENCE de Martin Scorcese qui raconte un des épisodes finaux de la lutte des autorités japonaises contre l' implantation du catholicisme dans leur pays.

Deux pères jésuites,Sébastien Rodrigues et son compagnon, le père François Garpe arrivent au Japon en 1638 pour tenter de reprendre contact avec le père Ferreira dont la rumeur dit qu' ils s' est apostasié et qu' il est devenu l' allié des japonais.

La population chrétienne vit dans la clandestinité. Pour dénicher les chrétiens cachés, les policiers forcent ceux qu’ils soupçonnent de l’être à piétiner une image du Christ (l'épreuve du fumi-e). Ceux qui refusent sont emprisonnés et torturés à mort.

Rodrigues et Garpe ne sont pas en mesure de poursuivre longtemps leur ministère pastoral. Bientôt arrêtés ils sont contraints à être témoins de la mort lente et cruelle de chrétiens japonais refusant d’abandonner leur foi chrétienne. Il n'y a pas de gloire dans ces martyres, pense maintenant Rodrigues au contraire de ce qu’il avait imaginé, mais seulement brutalité et cruauté.

Bon alors, avec ce film on s' embarque pour 2 heures et 40 minutes de souffrances, de tourmentes physiques et  de dilemmes moraux.

Ce SILENCE, c' est celui de Dieu qui laisse ses jésuites chargés de répandre sa bonne parole seuls face aux terribles conséquences de leurs actes évangéliques dans l' empire nippon.

Je commencerai, comme toujours, par parler des grandes qualités du film.

Scorsese aborde un grand chapitre de l' histoire de l' Eglise alors, comme on pouvait s' y attendre, la mise en scène est grandiose.Le Maître Scorsese garde son savoir-faire et sait raconter une histoire.

On est littéralement transporté dans le Japon du XVII ème avec des images à la fois très belles, parfois violentes et parfois poétiques, au coeur d' une société féodale très dure.On partage d' abord le quotidien et la vie précaire d' humbles paysans vivant leur foi dans la clandestinité.

Scorsese prend son temps, et ne précipite pas les étapes.Nous partageons d' abord dans un petit village côtier les espoirs et angoisses de ces missionnaires  qui savent qu' ils vont être confrontés à de terribles épreuves de vérité.Une lourde attente chargée d' angoisses s' installe.

Le spectateur attend patiemment la confrontation avec le grand inquisiteur japonais, et aussi avec le père Ferreira ( aussi attendu dans ce film que le colonel Kurtz joué par Marlon Brando à la fin d'  Apocalypse Now).

Cette confrontation, et ce choc de cultures et de civilisation  donneront lieu à des dialogues excellement interprétés par tous les acteurs qui jouent leur rôle avec sincérité et justesse.

L' inquisiteur japonais a décidé de lutter contre l' expansion du christianisme en obligeant les missionnaires à abjurer leur foi, et comme il sait que ceux-ci sont prêts à faire le sacrifice de leur vie,il les met en face d' un autre dilemme plus cruel et plus subtil.S' ils ne renoncent pas à leur foi, ce sont des innocents villageois chrétiens qui seront torturés et mis à mort à leur place.

Nous voici donc plongés dans un dilemme qui confronte le missionnaire face à une dimension absurde de son action évangélique:le fait qu' il propage la bonne parole et la croyance en un Dieu d' amour provoque la mort et la désolation qu' il a le pouvoir de stopper par un simple acte d' abjuration...Notons au passage que ces scènes d' abjuration répétées trop souvent dans le film, et de manière vraiment trop insistante, finissent rapidement par lasser le spectateur( là, Scorsese ne fait pas dans la dentelle...très répétitif, pour ne pas dire assommant...on a envie de lui dire " ok mec ! On a compris ! ").

La vision de la foi vécue et vue à travers les yeux de paysans japonais est très simpliste ( et se résume en une perception très iconographique de la religion).On se dit que pour eux, cette religion doit être aussi exotique que le bouddhisme l' est pour nous. D' ailleurs on ne comprend pas bien dans le film ce qui les pousse à mourir et à se sacrifier.Ça paraît presque incongru...à la limite du crédible ( alors que ça s' est réellement passé).

Le grand inquisiteur tente de convaincre Rodrigues de l' incompatibilité du christianisme avec les valeurs de la société japonaise, et de l' inanité de son projet.

C' est le moment-clé du film qu' on attend, le grand choc de cultures, et là il faut reconnaître qu' on reste un peu sur sa faim.

Même si le grand inquisiteur fait appel parfois à de jolies métaphores pour s' expliquer comme celle des quatre concubines, je trouve que la réflexion reste un peu courte.

Ferreira, lui, a cédé au chantage du grand inquisiteur japonais: il est un peu victime d' une espèce de syndrome de Stockholm avant l' heure et finit par adopter le point de vue des gouverneurs locaux, et décide d' apprendre plus d' eux que d' imposer ses propres croyances.

Ce thème de l' enrichissement mutuel est abordé dans le film mais il n' est pas approfondi...Finalement le film dure 2 heures et 40 minutes et le sujet central du film n' est pas abordé de manière suffisante ( à mon goût).

Franchement, si moi j' avais dû faire un tel film, je l' aurais construit comme une pièce de théâtre avec 3 personnages centraux: Rodrigues, Ferreira et l' inquisiteur.

Une pièce où chacun, tour à tour, marquerait des points  et ferait douter les deux autres...

Au lieu de cela, SILENCE est la terrible chronique d' une mort annoncée et inéluctable. 

Le spectateur reste sur un sentiment de frustration et se dit qu' il manque vraiment un élément important à ce film pour en faire un chef d' oeuvre...pour qu' il ne soit pas qu' une simple illustration d' un tragique chapitre connu de l' histoire.

Evidemment, on m' objectera qu' on ne peut changer le cours de l' histoire réelle pour faire un bon scénario, mais je crois qu' il y avait l' espace pour faire un film qui respecte la vérité historique, et qui laisse aussi à des personnages  comme Ferreira la possibilité d' ouvrir des fenêtres de compréhension, d' intelligence et d' enrichissements mutuels.

Scorsese rate ( de mon point de vue) l' objet principal de son film qui aurait pu être l' histoire de ce choc de civilisations.

Soyons juste et honnête: il aborde bien le thème mais il ne l' approfondit pas assez.Dommage !

On aurait aimé savoir, avec plus de détail et de précision, contre quoi la morale chrétienne si universaliste a buté au Japon ( et pas en Corée ou en Chine).Pourquoi après une première étape d' évangélisation les autorités politiques ont décidé d' éradiquer toute trace de christianisme ? Pourquoi la chrétienté a t' elle été perçue comme un vrai danger politique par les gouvernants de l' époque ? On reste un peu sur ses interrogations même si le film apporte des éléments de réponse.

J' attendais davantage de la confrontation de Rodrigues  avec le grand inquisiteur et avec Ferreira.

SILENCE c' est avant tout  l' histoire ( incomplète) d' un échec.C' est un long film, un bon film mais pas un grand film.

NB: Je ne fais pas la fine bouche et je suis plutôt sympa, car j' ai lu ici ou là des critiques bien plus saignantes qui trouvent que le film est réellement assommant, balourd, trop démonstratif, qu' il donne une image simpliste de la croyance ( avec une fin très naïve): ce qui est un point de vue parfaitement défendable.

http://www.humanite.fr/par-ici-les-sorties-par-vincent-ostria-631777

 

 

 

 

 

 

 

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 09:45

Bonjour les amis,

certains prénoms utilisés en Espagne sont parfois surprenants pour les personnes qui ne connaissent pas bien la culture de ce pays.Comme c' est très souvent le cas, ces prénoms sont d' origine biblique ou chrétienne.Je vais vous en donner quelques exemples .

PIlar: c' est un prénom féminin. Pilar veut dire "pilier" et cela peut paraitre étonnant de prénommer une personne par un élément de structure Génie Civil même quand celui-ci est assez fondamental dans le soutien d' une construction.L' origine de ce prénom provient d' une apparition de la vierge Marie à Saragosse en l' an 39.Elle aurait laissé en témoignage de son passage, un " pilier" sur le lieu de l' apparition...d' où le prénom.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Vierge_du_Pilier

NB:Rappelez-vous qu' un des personnages de " Pour qui sonne le glas" d' Hemingway qui est un roman qui se situe durant la Guerre Civile espagnole, se prénommait Pilar.

Ces prénoms espagnols qui surprennent un peu parfois

Asunción: veut dire élevation, ou alors l' ascension du christ ou de la vierge ( au choix).Diminutif Asu, prononcer assou.

Dolores: littéralement ce sont les " douleurs" notamment ceux de la Sainte Vierge qui perd son fils sur la croix.Il y a les diminutifs bien connus de Dolores comme Lola ou Lolita.

Concepción:traduction évidente qui se réfère à l' immaculée conception de la vierge Marie. Sachez que la vierge le restera après l' accouchement car le christ est sorti de son corps comme une idée sort de notre esprit...Le diminutif le plus habituel de Concepción est Conchita.

NB: la dernière Conchita célèbre a gagné l' eurovision mais sachez, à toutes fins utiles, que le port de la barbe n' est pas obligatoire.

Inmaculada: encore une fois c' est une référence à l' immaculée conception.Diminutif: Inma

Nuria: prénom féminin ( prononcer nouria) en l' honneur d' un village catalan où la vierge est apparue.

Remedios: prénom féminin qui veut " remèdes" en honneur de la sainte Vierge des remèdes, la virgen de los remedios qui, comme son nom l' indique, avait effectué de nombreuses guérisons.

Trinidad:masculin en honneur à la sainte trinité, popularisé par Terence Hill dans le western spaghetti des années 70 " On l' appelle Trinita"

Iluminada: " illuminée" ,qui a reçu la lumière divine, diminutif, ilu ( prononcer "ilou")

Encarnación: Incarnation, diminutif, Encarna ( prononcer ène-carna)

Purificación: diminutif puri, prononcer " pou-ri " avec le r roulé.C' est un mot difficile pour les français qui ont tendance à prononcer " pourri" ce qui , évidemment, n' est pas terrible, terrible...

Amparo: féminin qui veut dire protection mais qui se réfère également à la vierge des desamparés...

RocÍo: " Rosée",féminin qui se réfère la sainte vierge del Rocio dont la célebration en Andalousie donne lieu à des fêtes connues dans le monde entier.Prononcer roci-o avec accent tonique sur le i .

Il y a aussi dans mon entourage une de nos meilleures amies qui se prénomme Jesusa: c' est le seul cas que je connaisse où le nom de Jésus est féminisé.

J' arrête ici la série probablement assez incomplète de prénoms d' origine chrétienne peu habituels outre-pyrénées mais assez fréquents dans la péninsule ibérique.Je ne vous ai pas mis des prénoms tarabiscotés mais pour chaque exemple que je vous ai indiqué, je connais des personnes de mon entourage qui portent ce prénom.

Parmi mes collègues, il y a un professeur de physique-chimie qui se prénomme Hermenegildo mais on le surnomme hermé.L' origine de ce prénom est germaine ( goth, airmenegild) et veut dire " valeur du bétail( bovin) ou "celui dont le bétail a de la valeur".

Il y a bien évidemment en Espagne, et pour des raisons évidentes, beaucoup de prénoms dérivés de l' arabe et vous en connaissez un certain nombre mais ça devrait donner lieu à un autre billet.Je vous donnerai juste un exemple avec Almudena qui signifie " petite cité" ou " citadelle" en arabe.

Voici maintenant quelques illustrations musicales avec, pour commencer, une chanson espagnole bien connue interprétée en l' honneur de la Vierge del Rocío ( le thème de la chanson commence à 1 minute 9 secondes...le fameux olé olé olé...).

Chanson souvent interprétée dans les messes gitanes en Andalousie

Continuons avec un superbe tango célébrant la beauté d' Esperanza ( qui signifie "espoir" comme chacun sait...) Et oui, l' espoir fait vivre les amoureux !

Et pour finir ce billet de manière un peu plus Rock and Roll je vous laisse sur une chanson dont le titre est un prénom fréquemment utilisé en Espagne, d' origine latine, et qu' il n' est pas besoin de traduire...

PS:à la limite du hors-sujet, je ne résiste pas au plaisir de vour remettre ces tendres couplets pleins de grâce que je dédie à mon ex-élève Ignacio....

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